PRÉFACE
Si jamais livre vint à son heure, c'est celui dans lequel M. Aulneau condense, en un volume, l'histoire de la Turquie et celle des peuples des Balkans. Aucune question n'est plus actuelle que celle de TOrient proche, aucune n'est plus complexe et, à certains égards, plus inquiétante, aucune par conséquent ne mérite davantage de fixer l'attention de quiconque observe le développement de la crise qui ensanglante l'Europe et passionne le monde.
C'est de l'Orient qu'est né le conflit provoqué par les prétentions austro-allemandes, c'est, en particulier, par une transformation de l'Orient qu'il se résoudra. L'auteur de l'un des meilleurs écrits qu'on ait publiés sur la Turquie — le meilleur de tous peutêtre — M. Gabriel Charmes rapporte que M. Thiers avait l'habitude de dire : « La Turquie peut mourir, mais son cadavre empestera l'Europe durant cinquante ans. » Et, en citant ce mot, il ajoute : « Rien
AULMKAU. a
de plus vrai. La Turquie n'est pas encore morte; mais ses convulsions dernières ne sont pas moins dangereuses que ne le serait l'infection de son cadavre. » — Nous nous en apercevons, hélas!
Tout ce qui s'est passé depuis trente ans dans l'Empire ottoman ou dans ses anciennes dépendances a coûté cher à la tranquillité du monde européen. Et l'histoire des ambitions et des rivalités qui ont déterminé finalement l'explosion où s'entassent tant de morts et de ruines n'est guère que celle de la décadence turque et du partage des dépouilles des Osmanlis. S'il n'y avait eu pour cause de guerre générale que la question d'Alsace-Lorraine, si tristement posée parla conquête allemande de 1871, on peut dire que la catastrophe aurait été ajournée longtemps encore; mais d'autres problèmes avaient surgi, qui avaient été mal résolus ou môme ne l'avaient pas été du tout, et qui devaient susciter des antagonismes irrémédiables. Ces problèmes se rattachaient soit à l'exploitation de la Turquie, soit au sort des populations enlevées à. son empire, soit aux compétitions des grands pays destinés à se rencontrer dans leur marche concurrente vers la Méditerranée, le Bosphore et la péninsule des Balkans.
Le jour où la Roumanie, la Bulgarie, la Serbie, la Grèce prétendaient achever la constitution de leurs nationalités (et qui donc pouvait s'inscrire en faux contre une aspiration si légitime?) elles mettaient inévitablement aux prises des intérêts contradictoires d'une telle importance que leur conciliation apparais-