‹ La Turquie et la guerre;Chapitre 41 sur 60 · Le Droit international codifié , art · texte numérisé non relu

Le Droit international codifié , art

présomption absolue de nullité : 1° si le transfert a été effectué pendant que le navire est en voyage ou dans un port bloqué; 2» s'il y a faculté de réméré ou de retour >>. Or c'était bien exactement le cas qui se présentait . La Turquie se déclarait de bonne foi . Son ambassadeur à Paris Rifaat Pacha, ancien minisire des Affau-es étrangères, disait à un rédacteur du Temps, le 13 août, que «"cette opération ne comportait aucun acte de complicité, ni de duplicité, ni la moindre intention hostih ou môme inamicale de la part de la Turquie, ce qu

serait une insigne folie. » <^ Nous n'avons pas b

moindre prétention de nous mêler à la guerre euro

péenne, ni de faire avec ces deux croiseurs ce qu

rAllem'agne n'a pas pufaire... ». « L'arrivée de ces deu

croiseurs a été pour nous une aubaine, nous l'avon

saisie avec empressement, et l'Allemagne y perdra plutc'

qu'elle n'y gagnera, car vous pouvez être certain que cf

croiseurs, que nous aurions dû lui rendre après la guern

après les avoir désarmés resteront entre nos mains »

Ces déclarations étaient puériles; la Turquie garda

les croiseurs, malgré les protestations des ambassadeui

de la Triple Entente. A ces protestations, elle répondo

que les croiseurs restaient devant Constantinople, ' i

sortiraient pas de la mer de Marmara, qu'ils avaient

pavillon ottoman sous le commandement d'officiers turc

Elle affirmait, d'autre part, que ces navires ne seraie

point employés contre les Alliés. Le Grand Vizir môr

déclarait àl'ambassadcur d'Angleterre, sir L. Mallet.qu

regrettait la violation indéniable de neutralité qui s'et

produite, mais que le gouvernement resterait neuli

l'Allemagne, en agissant comme elle le faisait, compj

mettait la Turquie. Et l'ambassadeur écrivait à ^

1. Consultation de M« Cliinct, Temps du 14 août 1914. 2 Voir le rem;)S dn 15 août 1914.

3. Second Livre bleu anglais, pièce 18, 16 août, et Second I^ grange, pièce 34.

Edward Grey qu'il ne pouvait douter en la circonstance de la sincérité du Grand Vizir*.

La Turquie invoquait bien comme prétexte la privation des deux navires en construction, réquisitionnés par l'Angleterre, alors que la Grèce avait deux cuirassés aux États-Unis ^ Mais le fait d'acheter deux navires ennemis qui ont combattu et se sont échappés constituait un acte peu amical envers la Triple Entente , tandis que l'Angleterre n'avait fait que saisir des navires qui n'étaient pas payés; les deux actes n'étaient pas comparables.

Dire encore pour sa défense qu'elle n'avait pas signé la déclaration navale de Londres était pour la Turquie un mauvais système, carlesobligationsdelaneutralité s'imposaient à elle, ou tout au moins la convention de 1856. Enfin, l'Allemagne avait signé cette convention, et voici que la Turquie l'aidait à la violer; c'était un acte antiimical à l'égard des autres puissances.

II y avait plus. La vente n'existait pas, elle était toute îctive. On avait bien, disait-on, remplacé le pavillon illemand par un pavillon turc, débarqué à terre des équipages, mais ces fourberies étaient cousues de fil )lanc;les faits étaient là, malgré les protestations solenlelles du Grand Vizir. En réalité, les deux navires avaient raversé les Dardanelles en arborant leurs couleurs, m conservant leurs équipages, et avaient été convoyés ar des torpilleurs allemands. Ils s'étaient conduits !n maîtres, avaient rançonné, sous l'œil bienveillant es Turcs,, les navires français, anglais, italiens, grecs t russes, avaient enlevé et brisé, à bord du paquebot rançais le Saghalien, où leurs oflîciers étaient froidelent montés, les appareils de télégraphie sans fil, menaant de tuerie télégraphiste qui voulait protéger ses ap-

1. Second Livre bleu anglais^ ip'ièce 20, 18 août, et Second Livre 'û/i^e, pièces 9, {'S, 36.

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