Second Livre bleu anglais, pièce
3. Second Livre bleu anglais^ pièce 4, et Second Livre orcuii pièces 1,2, 8, 9.
ioire du fait de la Triple Entente. Il a la parole des trois Duissances belligérantes, leurs gouvernants promettent ju'ils resteront neutres. L'intérêt de la Turquie est lonc de respecter la promesse faite. Tout la retient ians une politique de neutralité, les traditions historiques, les sympathies, les intérêts.
Or, le Gouvernement turc, en proclamant qu'il reste leutre, va violer cyniquement, presque chaque jour, îette neutralité. Là se manifestent évidemment, la main ie l'Allemagne toute puissante à Stamboul , l'incohérence, a fourberie des gouvernants turcs, les rêves ambitieux ie ministres acquis à la cause allemande, tel qu'Enver r^acha, qui ont séjourné longtemps à Berlin, qui ont iîonfiance absolue dans le triomphe de l'Allemagne \ et 3spèrent avec son appui, et à la faveur de ses succès, [conquérir les territoires soustraits au drapeau du Prophète.
Disons d'abord que l'Allemagne fera des offres impor- .antes à la Turquie : les îles grecques, une partie de la jrèce, en promettant à la Bulgarie la Macédoine, à la loumanie la Bessarabie, et même à la Grèce les îles urques que lui avait refusées la Triple Entente ^ Et puis înver Pacha, s'il déclare la guerre, espère battre l'Angleterre sur Suez, s'emparer du canal^ et débarrasser 'Egypte du joug britannique, tandis qu'il reprendra aux liusses les territoires du Caucase.
Or, la Turquie agira envers la Triple Entente, comme m le verra par la succession des faits et l'examen des
1. « La Turquie souhaite à part soi le succès de rAllemagne. ■ Second Livre orange, dépêche de M. de Giers au ministre des affaires étrangères, pièce 4). — « Elle saisira la première occasion avorable dont elle pourra faire profiter impunément ses intérêts. » \Second Livre orange, dépêche de M. de Giers, pièce 1). : 2. Le gouvernement turc enverra à Bucarest Salaat Bey qui luparavant s'arrêtera à Sofia pour négocier une entente et un parage. La Grèce déléguera à ces conférences M. Zamaïs, directeur f)olitique aux Affaires étrangères, qui passera d'abord par Nich >our en causer avec les Serbes.
textes diplomatiques, avec une telle désinvolture, parfois avec tant d'hostilité, qu'on peut se demander s'il n'y avait pas là l'effet d'un calcul raisonné, d'un plan méthodiquement suivi.
La Turquie se tient d'abord sur une certaine réserve : elle n'est pas encore persuadée des succès de l'Allemagne. Ainsi lorsque, le 4 août, le Grand Vizir an- i nonce que le gouvernement conservera la neutralité, mais qu'il devra cependant mobiliser ses troupes, il , s'empresse de déclarer que c'est une simple mesure de précaution, afin de ne pas être surpris par une attaque ^ de la Bulgarie, et parce que des bruits circulent d'une action de la Russie K I
Or le 4 août, au lendemain de la déclaration de guerre, on apprenait en France que deux croiseurs allemands, le Gœben et le Breslau, avaient bombardé Bùne etPhilippeville. Poursuivis par des navires anglais, ils étaient entrés, le 0 août, à Messine, et en étaient repartis le 7, conformément aux lois de la guerre maritime, guettés dans la mer Tyrrhénienne par deux divisions navales anglaises. Le 11 août, on annonçait que les deux croiseurs avaient échappé, grâce à leur vitesse supérieure, à l'escadre anglaise, étaient entrés dans les eauXi grecques, paraissant vouloir se diriger vers les Dardanelles. Qu'allait faire la Turquie s'ils cherchaient à franchir les Détroits? Leur donnerait-elle asile, comme le désirait et le lui demandait vraisemblablement l'Allemagne ? Alors se poserait devant toute l'tlurope la redoutable question des Détroits, cause de la guerre de Crimée. On avait tout lieu de croire, après les déclarations du Grand Vizir, (jue la Turcfuic ne s'en laisserait
1. Second Livre bleu atif/lais, pièce 3, 4 août; Second Livri orange, pièces 4, 5.
)as imposer par l'Allemagne, et remplirait non seulenent ses devoirs de neutre, mais de gardienne des Darlanelles, c'est-à-dire, de la liberté économique de TEuope.
Or, on apprenait que, le 10 août, à 8 h. 1/2 du soir, les leux croiseurs avaient franchi les Dardanelles. Sir îldward Grey et M. Sazonorf, adressèrent d'énergiques eprésentations au Grand Vizir : les navires allemands le pouvaient passer les Détroits et devaient, ou les (uitter dans les 24 heur s ou être désarmés '. Les iiinistres anglais et russe posaient la règle que la 'urquie devait observer ; elle était en effet très stricte.
En vertu de la convention des Détroits signée à Paris, 3 30 mars 1856, par la France, l'Autriche, l'Angleterre, a Russie, la Sardaigne, y compris la Prusse, et annexé u traité de la môme date, il était dit que ces puissances,
voulant constater leur détermination unanime de se enfermer à l'ancienne règle de l'Empire ottoman, d'ares laquelle les Détroits des Dardanelles et du Bosphore ont fermés aux bâtiments de guerre étrangers, tant que
Porte se trouve en paix », étaient convenues des articles ■livants :
Art. 1". — Sa Majesté le Sultan, d'une part, déclare qu'il la ferme résolution de maintenir, à l'avenir, le principe ■ivariablement établi, comme ancienne règle de son Etnpire, t en vertu duquel il a été de tout temps défendu aux bâtilents de guerre des puissances étrangères d'entrer dans les étroits des Dardanelles ou du Bosphore, et ce tant que la orte se trouve en paix, Sa Majesté n'admettra aucun bâtiment e guerre étranger dans les dits Détroits. Et Leurs Majestés, l'Empereur des Français, l'Empereur 'Autriche, la Heine du Hoyaume-Uni de la Grande-Bretagne , d'Irlande, le Roi de Prusse, l'Empereurdetoutes les Russies, . le Roi de Sardaigne, de l'autre part, s'engagent à respecter
1. Second Livre bleu anglais, pièce 8, U août, et Second Livre orange èces 11 et 15.
AULNHAU» *^
cette détermination du Sultan et à se conformer au principe ci-dessus énoncé.
Cette convention reproduisait les stipulations d'ui traité avec TAngleterre du 6 janvier 1809, et de la convention de Londres du 13 juillet 1841; elle était confinné( par le traité de Londres (art. 2) du 13 mars 1871 et h traité de Berlin (art. 63) du 13 juillet 1878, qui en consa craient les dispositions. Par cette interdiction de passag» des navires de guerre, on avait créé une véritable neu tralisation, à titre exceptionnel, des Détroits, puisque l pays riverain ne pouvait y permettre la navigation mili taire des autres États, contrairement à son droit normal Ces dispositions avaient été consenties en faveur d Sultan qui les considérait comme une règle invariabl de son Empire, et indispensable à sa sécurité. Cette fei, meture des Détroits des Dardanelles et du Bosphore au, bâtiments de guerre étrangers, tant que la Porte setrouV| en paix, est une obligation d'ordre contractuel assumé et parle Sultan et par les puissances signataires, comm l'indique très explicitement la convention de 1856 '.
Envertu de ces traités, si, d'une part, l'Allemagne, c les avait signés jadis, ne devait pas laisser ses navire franchir les Détroits, la Turquie, d'autre part, devait en faire sortir. Les navires de la Triple Entente avaiei môme le droit d'exiger de la Porte la faculté d'entrer dai les Dardanelles, afin d'en chasser les deux navires fug tifs.
La Turquie était également tenue, et par les devoirs la neutralité, et par la convention de la Haye qu'elle avî signée, d'obliger ces navires à partir dans les 24 heure
1. En septembre 1903, la Turquie u'n permis le passage de torp leurs lussea qu'à la caadilion ryie, dans la traversée des Délro ils voyageraient couimc navires de commerce sans armemeuls,' équipements militaires. Elle a imposé des condilious analogij pour l('s navires de la flotte volontaire russe pendant la gue| rosso-japonaiBe.
OU de les désarmer s*ils ne quittaient pas les eaux turques. (Art. 12 et 24 de la Convention de ta Baye concernant les droits et les devoirs des puissances neutres en cas de guerre maritime. 18 octobre 1907.) Les Alliés pouvaient sommer la Turquie d'appliquer les articles de la convention de la Haye.
' La Sublime Porte n'avait donc qu'à s'en tenir au respect des conventions internationales, à s'abriter derrière elles pour s'opposer aux exigences allemandes. Les puissances de la Triple Entente ne demandaient qu'à lui faciliter l'observation de traités solennellement consentis. On crut môme un instant que la Turquie, avertie, ferait res- )ecter les conventions indiquées, et que les deux croijeurs seraient désarmés.
Mais les difficultés allaient être tournées par TAlIe- Tiagne. On annonçait^ le 13 août, que le Gœben et le Breslau étaient vendus à la Turquie. Ce contrat était nul, îar il était fait visiblement en fraude des droits des tiers, fest-à-dire des puissances signataires des conventions de ^aris et de la Haye : fraus omnia corrumpit. Bluntschli inseigne qu'un État neutre ne peut pas acquérir luinême d'un des belligérants un navire de guerre armé [ui s'est réfugié dans ses ports ^ Le Gœben et le Breslau laptisés turcs restaient allemands.
Du reste, la Déclaration de Londres relative aux droits 'e la guerre maritime j du 26 février 1909, qui porte la ignature de l'Allemagne, et est même due à un de ses lus célèbres jurisconsultes, M. A. de Bulmerincq, pro- 2sseur à l'Université de Heidelberg, traite, dans l'article 56, u transfert sous pavillon neutre d'un navire de comlerce ennemi : « Ce transfert sous pavillon neutre d'un avire ennemi effectué après l'ouverture des hostilités st nul, à moins qu'il ne soit établi que ce transfert n'a as été effectué en vue d'éluder les conséquences qu'en- •aine le caractère de navire ennemi. Toutefois, il y a