Goriainow, op. cil., page
il le voudrait, des permissions de
pouvoir, en cas de nécessité, attaqi
la mer Noire. Mais bientôt elle i
doctrine quand, en 1902, la Russie dei
i^autoriser le passage de contre-torpil
rallier l'escadre de la mer Noire, et e
de la guerre russo-japonaise, lors
voulurent sortir du Bosphore : el
•e droit d'accorder cette autorisatic
aux puissances.
Ces divergences de doctrines mon que le système adopté est ineffu soumis aux intérêts momentanés était vicié à sa base même de ce f puissances voulaient exercer auprè influence dominant'^ et ramenaion ]>rincipes à la satisfaction de leur!
Cette influence, elles en usaient si:
dans l'incapacité de se défendre par flotte de l'Angleterre arrivait, en 18( tantinople, les flottes alliées en 1854 nouveau, le 2 février 1878. Le princi des Détroits ne protégeait même pas emnièteiiients d'autres Ktats. — ce
déplaçait, d'un système désormais désuet ; c' une cause de guerre en Europe. A cette doctr fait son temps, doit se substituer un régime la de la liberté des Détroits, qui préviendra tou conflit en Orient. Le maintien de la paix ne soumis à l'interprétation abusive de textes coi qui variait selon les besoins du moment.
Les Détroits, dont Li fermeture ou l'ouv dépendront plus du caprice d'une puissance fa la volonté des forts, seront libres. Leur seraqué néanmoins un régime spécial, qui ne S£ celui de l'internationalisation, mais qui cor certaines restrictions? On a proposé de les à un régime semblable à celui qui a été étab par la convention du 29 octobre 1888 : « Le « ouvert en tout temps aux navires de tous « il ne peut être mis en état de blocus. A « d'hostilité ne peut être accompli dans le ca « ports d'accès, ainsi que dans un rayon de tr « marins de ces ports, alors même que l'Empir « serait une des puissances belligérantes. Les « de guerre des belligérants ne pourront, dan « et ses ports d'accès, se ravitailler ou s'appr( « que dans la limite strictement nécessaire...
« En temps de guerre, les puissances bel |« ne débarqueront et ne prendront dans le ca
employées. Toutefois, en cas de guerre, comme pai exemple à l'heure présente entre l'Angleterre et la Turquie, la convention de Constantinople ne serait guère respectée.
On a même parlé d'une situation intéressante, celle du détroit de Magellan, où l'on ne peut élever ni fortifications, ni ouvrages de défense militaire, par suite d'une convention entre la République Argentine et le Chili (23 juillet 1881).
En tout cas, d'après les principes du droit international, les détroits, dont les rives appartiennent à des pays différents, doivent rester libres et ont une condition tout autre que les détroits conduisant à une mei fermée dont les deux rives appartiennent à un mêmi pays et qui peuvent être fermés par l'État dont ils relèvent. Telle était la situation des Dardanelles et du Bosphore, à l'époque où le Sultan possédait à lui seul les rives de la mer Noire. Les puissances pourraient donc toujours, pour assurer le maintien des communications, imposer aux Détroits tel régime qui leur semblerait bon. Mais dans les circonstances présentes, serait-il justifié?
Les Russes n'admettent pas que le Bosphore et les Dardanelles puissent être placés d'une façon quelconque sous un contrôle international ou qu'un statut spécial leur soit imposé. Le principe de la liberté commerciale des Détroits, disent-ils, doit se concilier avec la souveraineté de la Russie sur la mer Noire, qui l'oblige à posséder un débouché libre sur une mer ouverte, et à assurer sa propre défense sur le Bosphore et les Dardanelles en cas de guerre avec une autre puissance. Si le régime de la liberté sans restriction aucune au détriment des droits souverains de la Russie, existe pour les Détroits, en quoi la grande puissance moscovite en tirerait-elle avantage pour nuire au commerce des autres nations? Elle ne se refuserait en rien à remplir bonne-
tement, sur ce point, ses obligations internationales. Toutes les difficultés qu'a suscitées la question des Détroits sont venues de ce fait qu'on voulait enfermer la Russie dans la mer Noire. Donnez-lui le libre passage, elle n'en abusera pas. Telle est la thèse soutenue, avec quelque raison, chez notre alliée.
Les autres Ëtats riverains de la mer Noire, la Roumanie, la Bulgarie, qui y possèdent des ports, ont intérêt à pouvoir jouir de la facilité des communications par mer pour la marine. Leur commerce aussi doit être libre par mer en tout temps, et ne plus être entravé par les mines posées dans les Détroits. La liberté du passage est pour elles une question primordiale.
La Roumanie est la première intéressée à la question des Détroits, car elle possède une partie du littoral de la mer Noire. Elle a pied sur le Danube et ne peut admettre que son commerce soit entravé de quelque façon que ce soit. La Turquie, en fermant les Dardanelles sur les injonctions de TAllemagne, a rendu impossible toute exportation roumaine par mer.
Que la Bulgarie et la Grèce entrent en guerre, et une Roumanie neutre, comme dans les circonstances présentes, serait bloquée et dans l'impossibilité de commercer. Et puis, il ne s'agit pas pour la Russie d'acquérir un contrôle sur les Détroits, ni sur la navigation du Danube, et de modifier à cet égard les stipulations de 1836, d'après lesquelles la navigation du Danube est libre jusqu'à son embouchure pour toutes les nations, stipulations que l'Europe a sanctionnées, intéressée qu'elle est à l'entière liberté du commerce sur le grand fleuve. Le commerce sur le bas Danube, comme dans les Détroits, devra rester entièrement libre. Une Russie maîtresse des Détroits ne gênerait pas plus la Roumanie qu'une Turquie gardienne du Bosphore et des Dardanelles.
La Bulgarie a également intérêt à la liberté des Détroits,
3c{-2 LA TURQUIE ET LA GUERRE
puisqu'une certaine étendue de côtes sur la mer Noire est bulgare. L'Italie et l'Espagne ont souffert dans leur commerce de la ferni3ture dos Dardanelles. Lorsqu'à la paix, l'Italie gardera les îles qu'elle occupe, il sera essentiel pou»- elle que la navigation commerciale lui soit garantie par mer avec les pays danubiens.
Avec la question des Détroits, se pose également celle de Constantinople et du retour en Asie des vainqueurs de Byzance. La possession de Gontantinople (Tsarigral) est la conséquence inévitable de la possession des Détroits par la Russie. On a parlé d'un régime international pour Constantinople, semblable à celui de Tanger. Mais Constantinople et Sainte-Sophie sont pour la Russie le symbole de sa grandeur ! Elle veut que les efforts patients de sa diplomatie, qui, depuis Pierre I",ont tendu à la domination du Bosphore, soient enfm couronnés de succès. Constantinople a pour la Russie la fascination de la tra-lition et de l'histoire.
L'Angleterre et la France n'ont plus les mêmes raisons qu'autrefois de disputer à la Russie les clefs du Pont- Euxin, l'une et l'autre puissance n'ont pas la prétention de les garder pour elles. L'Angleterre ne saurait redouter, comme en 1854, une mainmise de la Russie sur les territoires ottomans voisins des Détroits. A cette époque, l'Empire turc et la Russie avaient les mêmes frontières, puisque la Roumanie et la Bulgarie autonomes n'existaient pas. Aujourd'hui, ces deux royaumes la séparent de la Thrace ; il y a donc équilibre sur la mer Noire où la puissance russe est contrebalancée par colle d'autres États. Au contraire, les ambitions do l'Allemagne, qui so sont manifestées à Stamboul, en Syrie, en Palestine, ses projets économiques en Asie Mineure, constituent un d mger, et pour les puissances riveraines de la Turquie,
el pour la liberté du commerce européen en général. M. Sazonoff disait, le 9 février 1915, à la Douma : « Les événements qui se déroulent à la frontière russo turque achemineront la Russie vers la réalisation d'importants problèmes économiques qui sont liés à l'accès de la Russie sur une mer ouverte », et sir Edward Grey, en commentant ces paroles aux Communes, le 25 février, ajoutait : « Ce soiit là des aspirations avec lesquelles nous sommes en entière sympathie ».
La possession de Conslantinople n'a plus le même intérêt qu'aux XVIIP et XIX^ siècles, depuis que se sont constitués les royaumes balkaniques et que le commerce mondial, se déplaçant, après le percement de Suez, a suivi des routes différentes et gagné les mers d'Extrême- Orient ; ce n'est plus la Méditerranée seule qui sert aujourd'hui au commerce de 1 Europe répandu sur toutes les mers. Du reste, pour l'Angleterre, maîtresse de Suez, de l'Egypte, qui a pied en Asie Mineure et possède le terminus du Bagdad, la liberté de passage vers les Indes est assurée. La question de Constantinople, de même que celle de l'intégrité de l'Empire ottoman, présentent un intérêt moindre. Ce qu'il faut à l'Angleterre, à la France, à lEurope entière, c'est avant tout le libre passage des Détroits qui assurera aux grandes voies de la ^navigation méditerranéenne leur prolongement naturel vers les riches contrées de la Russie.
Les victoircsdes Alliés marqueront-elles l'effondrement de l'Empire turc en Europe? La lente désagrégation commencée, il y a deux siècles^ au traité de Passarowitz, aboutira-t-elle à sa ruine définitive, et les peuples encore frémissants sous le joug, verront-ils la fin de leurs souffrances et recevront-ils avec la réalisation de leurs vœux le prix de leurs luttes héroïques?
En Europe, la libération est presque achevée, mais en Asie, gous le canon des alliés, tressaillent des peuples nombreux qui aspirent à l'indépendance. Les Arméniens, auxquels la Russie a consenti des promesses, verraient dans les victoires de la Triple Entente la fin de leurs maux. Les Syriens demandent l'autonomie, les uns sous un prince musulman ou un prince chrétien, d'autres avec plus de raison sous le protectorat de la France administrant sagement le pays et respectant les droits et la religion des indigènes. Certains parlent même d'attribuer à la France la Palestine qui a toujours fait partie de la Syrie, quitte à internationaliser Jérusalem. Les sympathies des Syriens^ de même que celles des Libanais pour la France sont bien connues; nos intérêts sont puissants dans ces pays, jadis libérés par nous du joug turc, et qui méritent de recouvrer leur antique prospérité avec l'indépendance.
D'autres peuples ont des aspirations là-bas et attendent une situation meilleure: les Grecs de la côte et ceux des îles, les Arabes de l'Yémen et de la Mecque qui peuvent poser la question du Khalifat.
Il faudra aussi instituer une exploitation économique de ces fertiles contrées qui, par suite de l'incurie de l'administration, n'étaient pas mises en valeur, en créant des routes, des canaux, des voies ferrées. Le grand transasiatique que TAllemagne voulait accaparer, le Bagdad, devra rester libre.
Bref, tous les peuples, des Balkans aux extrémités de l'Asie, songent à cette vaste liquidation préparée par des siècles d'impuissance et d'indifférence, par l'accumulation des mêmes fautes; et l'on reste interdit en pensant aux luttes passées et aux nombreux intérêts à satisfaire. La question d'Orient, née avec l'arrivée des Turcs en Europe, cessera-t-elle d'exister avec leur retour en Asie? Avant que les chefs des armées alliées aient achevé leur œuvre, peut-on envisager dans tous ses détails le
meilleur système qui assurera définitivement aux Détroits la liberté, à l'Asie Mineure un statut conforme aux aspirations des races? Ce sont les armées alliées qui en ce moment font l'histoire. Mais pour que la paix règne en Europe, il faut que le traite en prépare une reconstitution générale, en réparant les erreurs ou les injustices commises autrefois.
Les trois traités qui ont organisé l'Europe moderne portaient en eux-mêmes les germes des guerres futures. Les traités de Westphalie, sous prétexte de contenir la maison autrichienne, ont trop fortifié la Prusse en Allemagne, et les petits États allemands ; ils ont préparé l'unité germanique.
Les traités de Vienne, «œuvre de réaction contre le principe de la nationalité consentie et celui de la liberté politique » (E. Lavisse), avaient voulu comprimer les espoirs des races; l'Autriche et la Prusse grandies, l'une avec les provinces italiennes, l'autre avec les sécularisations, en avaient été les gardiennes, au X1X° siècle, pour dominer l'Europe. Ces traités, en enrichissant certains États avec les dépouilles de la Pologne, delà Saxe, de la Norvège, de la Belgique et de Venise, consacraient le partage et la domination des peuples.
Le traité de Berlin était une véritable atteinte aux droits des nations et à l'expansion des Slaves, un déni de justice pour les peuples auxquels il s'imposait : ce fut le triomphe du germanisme.
A Berlin comme à Vienne, les diplomates assemblés avaient déplacé arbitrairementles limites rationnellesdes États, pesant, évaluant les populations au gré de leurs combinaisons stratégiques, provoquant les haines et les bouleversements de l'avenir.
. Ainsi, la situation politique de l'Europe centrale et de l'Europe orientale reposait sur l'oppression des races; c'était là une cause incessante de conflits. L'œuvre de Vienne et de Berlin est à refaire ; un État ne doit pas
avoir en Europe la prédominance au détriment des autres, et tous les États doivent compter désormais avec les forces populaires, avec les revendications nationales ; « Il ne faut plus que les Balkans et la flèche de Strasbourg dominent la politique européenne ! »
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TABl.E DES MATIÈRES
Préface i
Introduction 1