‹ La Turquie et la guerre;Chapitre 51 sur 60 · V. Goriainow, op. cit · texte numérisé non relu

V. Goriainow, op. cit

n'obtienne une diminution de l'influence russe à Constantinople.

La Convention de Londres, du 13 juillet 18il, posera, comme principe du droit international européen, la fermeture des Détroits, et les puissances s'engageront les unes envers les autres et le Sultan envers elles, à respecter et à maintenir cette règle. La Russie a les mains liées par ce consortium et aspirera à recouvrer sa politique particulière à Tégard de la Porto. Car en réalité cette convention est dirigée contre elle ; le Sultan n'a plus le droit d'ouvrir les Détroits aux flottes des puissances, y compris celle de la Russie, comme en 1805 et en 1833. Le principe, c'est la fermeture opposée à la Russie qui seule a un intérêt puissant à sortir de sa prison, la mer Noire, dont elle possède les rives dans leur plus grande étendue. D'un autre côté, du fait de cette convention même, le Sultan n'est plus libre; sa souveraineté est atteinte profondément par cette nouvelle charte des Détroits, puisqu'il n'a plus le droit d'ouvrir le passage à son gré. La convention même ne parlait de la clôture qu'en « temps de paix » (art. 1), ce qui laissait supposer, qu'en temps de guerre, le Sultan pouvait, à la diflérence de ce qui existait en 1833, ouvrir les Détroits à une flotte ennemie allant de la Méditerranée dans la mer Noire attaquer la Russie. En fait, c'est ce qui eut lieu en 1854, quand les flottes alliées pénétrèrent dans la mer Noire.

La Russie cherchera à briser ces entraves. Contre les ambitions qu'elle manifeste, l'Angleterre et la France lui imposeront le traité restrictif de 1856 qui, non seulement au point de vue des Détroits, confirmait les stipulations de la convention de 1841, mais les aggravait en excluant delà mer Noire le pavillon russe ; cette mer était neutralisée ; ses eaux et ses ports étaient interdits aux pavillons ; de guerre ; la Russie ne devait construire sur son littoral aucun arsenal militaire maritime (art. 11, 13). Ainsi la

Russie était chassée de la mer Noire où elle avait pris pied depuis un siècle après tant de luttes glorieuses. Elle devenait une suspecte, placée désormais sous l'égide de l'Europe. Elle n'a plus qu'une pensée, reconquérir sa liberté, et c'est ainsi qu'en 1870, elle abandonna la France qui lui avait imposé les humiliations d( 1856, pour reconquérir dans la mer Noire et les Balkans' sa prépondérance passée.

La convention de Londres, du 13 mars 1871, libérait laj Russie des clauses restrictives qu'elle subissait^ et confirmait, en ce qui concernait les Détroits, la conventioi de 'J841, en permettant en plus au Sultan de les ouvrii en temps de paix aux navires de guerre dans le cas oi il le jugerait nécessaire, pour faire exécuter les stipu-^ lations du traité de Paris. La Porte, tout en maintenanf le principe de la clôture, pour s'affranchir d'une clause qui était pour elle une cause de faiblesse, voulait se réserver la faculté d'ouvrir les Détroits selon ses convenances politiques K Ainsi disparaissait l'obligation contractuelle de la fermeture ou de l'ouverture. Le Sultai: pouvait conclure une entente séparée avec la Russie, selon le désir de cet Empire et à son avantage exclusif. C'est ce que les puissances n'admirent pas, et une proposition transactionnelle de l'Italie fut acceptée, d'après laquelle « le Sultan aurait la faculté d'ouvrir les Détroits en temps de paix, aux flottes des puissances amies et alliées, dans le cas où cela serait nécessaire pour l'exécution du traité de Paris du 30 mars ». Mais cette clause accordant au Sultan la faculté d'ouvrir les Détroits aux bâtiments de guerre des puissances, seulement dans le cas d'une infraction à l'une des stipulations du traité du 15 avril 1856, était dirigée contre la Russie, puisque le traité de 1856 avait été conclu

1. « Dans le cas seul où ses inténHs et sa sécurité lui sembleraient l'exiger. » (Contre-projet de Musurus Pacha, séance du 3 février 1871, à Londres).

avec la pensée évidente d'être hostile à ce pays. D'autre part, en acceptant la rédaction de l'article 2, le Sultan ne pourrait plus ouvrir ou fermer à sa guise les Détroits, « il se soumettait à l'engagement collectif de toutes les puissances contractantes de considérer les Détroits fermés, à l'exception des cas spécialement déterminés par le traité K »

Le traité de Berlin de 1878 (art. 63) confirmait purement et simplement les stipulations de 1836 et de 1871, au sujet des Dardanelles et du Bosphore, mais, tandis que le plénipotentiaire russe, à la séance du Congrès du l*'''juillet, déclarait que ces stipulations sont « obligatoires de la part de toutes les puissances, conformément à l'esprit et à la lettre des traités existants, non seulement vis-à-vis du Sultan, mais encore de toutes les puissances signataires de ces transactions », lord Salisbury affirmait « qu'elles se bornaient à un engagement envers le Sultan de respecter à cet égard les déterminations indépendantes de Sa Majesté conformes à l'esprit des traités existants. » En réalité, si on rapproche les textes^ si on relit les débats des Congrès de Paris et de Londres, si on se remémore dans quelles conditions, dans quelles circonstances, les traités de 1841 et de 1836, auxquels se réfèrent ceux de 1871 et de 1878, ont été conclus, on voit que les clauses de fermeture des Détroits ont été la conséquence d'une entente entre les six grandes puissances qui résolurent de les respecter en répondant solidairement l'une envers l'autre en cas d'infraction. Le Sultan est gardé en tutelle, afin que la Russie n'obtienne de sa part aucune concession à son avantage. Et cependant l'Angleterre n'hésitait pas à violer le principe de fermeture des Détroits en y faisant pénétrer sa (lotte pour arrêter les progrès des Russes en marche sur Constantinople. Elle éprouvait alors le besoin de se justifier et proclamait que le Sultan était libre d'accorder, comme

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