‹ La Turquie nouvelleChapitre 15 sur 79 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

LIS HOaMn D*ETAT CHEZ LES f URC».

^ux faits ressorlenl des détails rapportés jusqu'à présent : l'un, Tinefficacité des réformes pour "^dre meilleure la condition de l'empire otto- Dïan, et celle des sujets de Sa Hautesse ; l'autre , ^ résistance qu'elles ont rencontrée précisément dans les hommes qui, par honneur, devoir et reconnaissance, devaient les appuyer.

Le premier fait est pleinement établi. Il reste

évident que tout ce que le sultan a conçu et e^^é-

cuté avec une vigueur remarquable, n'a rendu

aux Turcs ni la force, ni la considération, ni la

possibilité de subsister en corps de nation, qu'ils

ont perdues pat* leur obstination à refuser de maris

iTS LES HOMMES hÉTAT

cher avec la raison humaine. Les réforuics à peine ébauchées, tentées sur eux, n'ont servi qu'à déchirer le voile qui masquait leur dégénération, et leur conservait un air de grandeur dont les Russes seuls n'étaient pas dupes.

Le second fait est également constaté par les divers épisodes rapportés dans le présent ouvrage. Chaque chapitre révèle une des infirmités qui affligent le corps social en Turquie. Le remède est presque toujours placé en regard, et toujours l'on retrouve les dépositaires du pouvoir repoussant les projets qu'on leur présente, sans avoir l'excuse» d'un mieux à y substituer, ni l'intention de porter femède au mal qu'on leur signale.

Mais tout n'est pas dit sur ce second point. Ici se résume la question turque tout entière. Le sultan a bien l'iniliaiive de la pensée; en toutes choses, il peiït ordonner. L'action n'est plus de son ressort ; elle passe dans les mains de ses mi — nistres. Là elle est étouffée sous leur mauvai&= vouloir.

C'est de cette situation qu'il importe de con — vaincre l'Europe. Il faut qu'elle sache bien qm.^ toute amélioration gouvernementale est impossw. ble dans le régime ottoman ; ce qui conduit e ^? empire à la dissolution que nous avons annonc' comme inévitable et prochaine , en nous fondai sur les causes multipliées qui la précipitent.

N'est-il pas vrai que, sans armée, sans marine?*.

sans finances, sans aucun élément de force et de stabilité, un état en butte aux accès d'ambition de tons ses voisins ne peut avoir une longue durée? N'est-il pas évident que nul correctif à cette déplorable situation n'est possible, si les volontés qni devraient le produire s'y refusent et lui sont contraires?

Ne résulte-t-il pas enfin du passé connu, que i des mêmes sources il ne peut rien sortir de favorable pour l'avenir?

Eh bien ! c'est là le tableau réel qu'oflre la Tur- ^e. Passons à la démonstration.

Jamais puissance n'est descendue aussi bas. Un d^ré de plus, elle est en dissolution. Où sont ses déments de force et de stabilité? Ses armées de ^®ïT^ et de mer ? On a vu ce qu'elles sont. Ses ressources? Qu'on se reporte à ce qui a été dit de ses ™^ces. Ses moyens de prévoyance et d'obser- ^Uon? Elle n'a pas même de police. Ah! certes, ^ jamais décomposition fut flagrante , c'est bien ^^ Turquie que des symptônies multipliés la si- 8^ent.

Ce qui complète l'état désastreux de cet em- Ï^^^B, c'est que le premier mobile d'amélioration y '^'^^que totalement, et que les préjugés et l'infa- ^tion qui dominent tous les esprits sont un emï^hement invincible à ce qu'il y soit introduit. *^Ons voulons parler de l'instruction.

Le sultan veut répudier les idées et les usages

280 LKS HOMMRS UÉTAT

accrciiilés de loul lemps clans ses états^ el leur .substituer les usages et les idées en pratique en Kurope. Pour atteindre ce but, il faut d'abord être initié à ce que Ton veut adopter. Ses ministres sont y à cet égard, dans l'ignorance la plus co0H plète, et, dans leur ridicule vanité, ils repoussent les leçons qu'on offre de leur donner.

Sa Hautesse entend qu'à l'avenir tout, autour d'elle, s'organise et marche à l'européenne. Mais, en Europe , tout repose sur l'instruction ; elle est généralement répandue. Dans la région moyenne des populations, elle a atteint un degré auquel nul Musulmann'est encore parvenu; dans les ciassessupérieures, elle s'élève aux sommités de la science.

Rien de pareil ne se voit chez le peuple domi* nateur en Orient. Bien plus, il n'existe chez lui au- (mii moyen d'acquérir des connaissances pareilles*

Là, pour les Musulmans , pas d'autre école que celles où Ton enseigne la lecture et l'écriture turques, l'arabe et le persan, les écritures saintes et les premières règles du calcul. Quand un homme a réussi dans ces diverses parties, il passe pour un savant. On le cite , on le dit apte aux plus hautes [onctions; et, s'il y est promu, on proclame en lui un appui précieux pour l'importation des idées nouvelles.

Mais, d'abord, les comprend- il lui-même ce» idées? Où en a-t-il pu prendre les pi^emières notions?

Serait-ce dans des livres? Les Turcs, si ce n'est le Coran et ses nombreux commentaires, et , depuis peu, quelques traités élémentaires mal traduits, n'ont pas de livres écrits dans leur langue. Peutrêtre est-ce en lisant des ouvrages imprimés dans d'autres idiomes? Ils n'en connaissent aucun. Si quelques-uns barbouillent un peu le françiiis ou l'italien, leur science ne va pas au-delà des mots ; te fond de la pensée leur échappe toujours.

Serait-ce enfin dans la conversation d'hommes

flairés? Où en voit-on parmi eux? Les Musul-

''^^ns, dans leurs entretiens, ne peuvent que se

'envoyer le petit nombre d'idées qu'embrasse leur

''^t^lligence. L'échange est bientôt fait , la ma-

"^t^ épuisée. C'est de cette indigence que naît la

'^^rve dont on fait honneur à leur prudence et à

'^Xir éducation.

Au lieu de cette ardeur à acquérir dé nouvelles ^^^^nières qui est le propre des peuples avancés , ^ Turc a de la répugnance pour tout oe qui lui ^t nouveau.

Et c'est en présence de ces dispositions, aussi

^nnues que constatées, que son souverain a en-

%^prisde renverser Tordre ancien, et de le rem-

^^lacer par les principes qui règlent toutes choses

^^ns la chrétienté ! Pour que cette intention eût

"^ s'accomplir, il aurait fallu auparavant que Tin-

^truction eût j)énétrc dans l'esprit des hommes à

^ui la mission on était confiée.

2êr2 LES HOMMES D'ETAT

On ne peut avoir de bons officiers, des marins, des ingénieurs, sans qu'ils soient instruits dans les sciences mathématiques; des administrateurs, sans des connaissances en économie politique ; des ministres et des diplomates, sans que l'appréciation des intérêts de leur pays et de ceux des

nations étrangères leur soit familière.

Ces vérités sont triviales. Essayez de les faire comprendre aux ministres de Sa Hautesse , non* seulement il n'y acquiesceront pas, mais ils élèveront une barrière infranchissable à ce que des étrangers viennent suppléer leur insuffisance.

On a la preuve de cette absurde obstination à vouloir faire eux-mêmes ce qui est au-dessus de leur capacité et de leur intelligence, dans Fattention de ne déléguer aucune autorité aux instructeurs de leurs troupes. Méhemmet-Ali, avec le système contraii*e, s'est donné une armée véritable. Le sultan n'a que des bandes réunies sous ses drapeaux.

' Les Turcs sont bien éloignés, et c'est là leur plus grand malheur, de se rendre justice et de reconnaître leur nullité. Chacun ne balance pas à se croire propre à tout emploi qu il plaît au sultan de lui donner, et Sa Hautesse partage cette funeste erreur, en admettant que ses choix ont le privilège d'inculquer la capacité.

On peut encore de nos jours, comme autrefois, dire, en signe de remerciement, au porteur d'eau

CHEZ LES TUliCS. !2H3

OU à tout honuiie de peine que l'on rencontre dans h ruei et qui vous donne une réponse à la plus insignifiante demande : Dieu le fasse grand vizir 1 Le commissionnaire de Paris auquel , au lieu d'un je tm remercie, vous diriez : Dieu te fasse président du cmseil! serait disposé à croire que vous vous moquez de lui, et même que vous l'insultez. Le Tmt;, nullement surpris, se contente de répondre : Ich Allah ou Allah kerim, ce qui veut dire : Ueu est grand , et s'il plaît à Dieu. Gomment pourrait-il prendre pour une amère dérision le souhait que vous lui adressez , et que le caprice de son maître peut réaliser à l'instant même ?

Les métamorphoses de ce genre n'étaient pas

'^res autrefois. Un sultan du nom d'Amurath

^vait déjà fait étrangler plusieurs de ses généraux,

9^^ les Autrichiens avaient défaits en bataille ran-

S^. Il apprend que son nouveau grand vizir vient

^ ^tre battu. 11 envoie aussitôt l'ordre de le mettre

* «ïiort.

A.près avoir prononcé cette sentence, il rentrait ^'^Hs son palais, incertain par qui il le remplacerai: , lorsqu'il aperçoit un homme qui se livrait ^Vec ardeur à son travail , et fendait du bois pour *^ cuisine impériale.

Il l'appelle, et lui dit : Je te nomme grand vizir, ^t homme s'incline profondément devant son Maître, en signe d'adhésion et de reconnaissance ; '^^aus il se redresse bien vite, en regardant avec

digiiîlé les courlisans du prince, qui semblent hésiter à lui adresser leur hommage. Aussitôt après il suit le sultan , et va recevoir l'anneau qui con-* stituait l'investiture de la plus haute dignité de l'empire.

Ce généralissime improvisé part pour l'armée, et y ramène la victoire sous l'étendard du prophète. Avant sa promotion, il était connu, à cause de sa profession, sous le nom de Baltadji (fondeur de bois ). Il retint et illustra ce nom. Les annales turques, depuis l'invasion des Ottomans en Europe, n'en ont pas conservé de plus célèbre*

Il ne faut, en Turquie , ni naissance , ni éducation, ni connaissance des affaires , nous allions dire ni probité , pour passer du dernier rang aux plus hauts emplois. De la condition d'esclave au rang de pacha, il n'y a souvent qu'un pas. On voit parmi les grands dignitaires plus d'hommes de cette origine que de sujets nés libres.

Hallil, premier gendre de l'empereur Mahmoud, a été acheté en Géorgie, amené à Constantinople et vendu au Vieux séraskier Uzrew , dont il a été longtemps le favori, et qui l'a poussé ensuite aux plus hautes fonctions.

Saïd, second gendre de Sa Hautesse, est fils d'un esclave qui avait fait sou chemin. Celui-ci est une preuve vivante de ce que nous venons de dire, de l'inutilité de la naissance, de l'éducation.

de rinlelligence des affaires. Ses alentours lui reiiisent même le sens conrniun.

D'un crétiiiisme devenu proverbial , nul avant comme après son union avec la seconde fille du soltan, Saîd fut doté, à l'occasion de son mariage, delà charge de séraskier ( généralissime ) d'Asie, do gouvernement supérieur de l'École Polytechnique^ du commandement suprême de la garde impériale.

Après la disgrâce d'Hallil , qui était comme lui

gendre du sultan , exilé à cause de l'empoisonne-

^Qt de deux dignitaires, on ajouta aux vastes

^tributions de Saïd, les charges de séraskier

d'Europe et le gouvernement de Gonstantinople ,

^nt on dépouillait celui-là.

Est-ce avec de pareils choix que le sultan peut P^t^enîr à la régénération de ses peuples? Ce P**Uice, en pourvoyant ses ûUes, a voulu se donner ^s soutiens. Pouvait-il plus malheureusement <^boisirî

la Providence semble vouloir venir au secours *^ Sa Hautesse, dont les intentions sont bonnes, en ^•^ténuant les rigueurs de la fatalité qui le poursuit *^ns tous ses actes. Hallil est hors des affaires t^^r suite d'un crime honteux , et Saïd ne peut ^^rder à être rendu à Tobscurité d'où il n'am*ait limais dû sortir , par l'effet de la mort do la sul-

^^e sa femme , seul lien qui l'attacha à la famille

^'Hpériale.

âSG LES HOMMES D'ÉTAT

Colle alliance avait été Tunique cause d'une élévation qui avait surpris tout Constantinople , quelque habitué qu'on y soit à voir passer les hommes du néant au comble de la fortune.

Observons au sujet dudit Saîd, que la perte énorme , dans toutes les acceptions ^ qu'il a récemment faite^ celle de sa femme, fille du sultan, est encore due au plus absurde préjugé. Les journaux ont annoncé que la princesse n'avait succombé que parce que l'étiquette avait mis obstacle à ce qu'on pratiquât, sur une fille du sang impérial, une saignée qui devait la sauver.

Avant de quitter les gendres de Sa Hautesse, si bizarrement choisis, donnons une idée, par deux faits passés sous nos yeux , de la manière dont le premier entendait ses nouvelles dignités , et dont l'autre comprenait sa position vis-à-vis de la famille impériale dans laquelle il était entré.

11 y avait très^peu de jours (1836) qu'Hallii- Pacha , à l'occasion de son mariage , était investi du gouvernement de la capiUile , lequel donne le droit de justice prévôtale, quand un cas où il crut pouvoir exercer ce droit de ses propres mains s'offrit à lui. Il le saisit avec empressement, et ce fut avec une joie bien vive qu'il l'accomplit à l'instant même.

Ce prince sortait de son palais avec une suite assez nombreuse d'officiers , de kavasses et de valets , au milieu desquels il était seul à cheval ,

CHEZ LES TUKCS. i87

lorsque son cortège est croisé par un jeune Grec de 15 à 16 ans, aussi à cheval, qui débouchait f une rae transversale. Ce ^malheureux n'avait aperça le séraskier qu'en arrivant dans la rue que cdoi-ci parcourait, et n'avait, par conséquent, ps eu le temps de mettre pied à terre , ainsi que le prescrit l'étiquette.

HallU ne s'arrête pas à cette considération. Il bit saisir ce faible enl'ant par un vigoureux kavasse. Ce brutal, accoutiuné à ces sortes d*exécutioDS, hii place les bras sous les aisselles, et, en lui fixant la tète contre son coq)s, le contient, le dos ^té , dans une attitude propice h la vengeance de son maître.

Le séraskier s'était fait remettre un énorme fonet qu'un homme de sa suite lient toujours à a disposition. Se redressant aloi's sur ses étriers pour acquérir plus de force, il frappe sa victime a coups redoublés, jusqu'à ce que la lassitude le contraigne à cesser.

Celte opération terminée, il se remet en route, ^Kfès avoir recueilli autour de lui les* félicitations Uciles qu'il est convaincu d'avoir méritées.

Quant à l'infortuné, abandonné sur le pavé dans fliO état facile à. concevoir, il dut à des passants charitables d'être rapporté chez ses parents.

C'est une tradition qui ne s'est pas perdue chez Jes Musulmans, que celle d'aimer à faire immédiatement jiarade d'un pouvoir qu'on vient d'obtenir.

â68 LES HOMMES D'ÉTAT

Le baron de Tott rapporte dans ses Mëmoi (fu'çtant en première visite chez un Turc d( amis , promu la veille au poste de grand vizi eut, en le quittant , l'explication d'un geste. I zontal fait de la main par ce dignitaire , à un qu'un de ses gens lui avait dit do la porte , entrer dans l'appartement où se passait leui tretien. En sortant , il aperçut neuf tètes Irai ment coupées rangées sur son passage. Son avait été bien aise de lui faire voir quelle éta nouvelle importance.

Si la conduite d'Hallil-Pacba suffit pour faire naître comment la dignité est comprise dan hauts emplois , celle de Saïd va révéler , av< même évidence, de quelle nature sont lef lations d'homme à femme , quand celle-ci ei sang impérial.

Cet autre beau-fils de Sa Ilautesse parco Un jour h cheval la longue rue de Galata, faut de Gonstantinople. Il était suivi de trois donc ques à pied.

Les passants sont surpris de le voir tout à s'élancer à terre et se précipiter dans une hi que, où il se blottit dans le coin le plus retin se couvrant d'un mauvais tapis qui gisait sur h

Dans le même moment, ses gens, qui Tav; deviné ou à qui il avait glissé un mot, rétr daient rapidement jusqu'à une petite ruelle ils entrèrent avec le cheval de TÂltesse.

CHEZ LES TIJHCS. :2K9

Chacun s ëvertuail à deviner le Uiolii' de cette singulière in;inœuvre d'un personnage aussi éminent, lorsqu'il leur fut expliqué par la vue d*un kartm venant du côté opposé à celui que suivait Said-Pacha, quand il avait si subitement interrompu sa course.

On nomme harem , dans ce cas , le train d'une sultane sortie de son palais pour affaire ou (K)ur son plaisir. H est composé de plusieurs arabas (chan^ettes) traînées par des chevaux, quelquefois parles bœufs, et plus ou moins ornées de dorures, sculptures, rideaux , etc.

La princesse est toujours dans la première et la pins brillante des voitures du cort^e, assise sor des tapis et des coussins avec ses principales daines. Les autres femmes occupent les arabas de suite.

Des kavasses précèdent le train et font arrêter ' ou écarter les passants, et deux eunuques noirs à dteval.sont aux portières de la voiture de la sul- ^ne. Si la largeur de la rue ne le leur permet pas, ils se placent derrière.

A leur tournure martiale on les prendrait pour

'c nain Bébé, du roi Stanislas de Lorraine, sortant

^ ^ pâté, vêtu en cuirassier, et armé d'un sabre

^ quelques pouces de longueur, pendant à son côté.

Nous avons laissé Toi^eilleux Saïd , s'annihi- •^ni dans- une l)outique de raja, caché sous une

2iK) LES liilMMKS irÉTAT

cuuverlure crasseuse. Dès que le convoi eut dépasse la ruelle où ses gens avaient cherché un asile, ils lui ramenèrent son cheval. Il sortit alors de sa retraite , enfourcha son palefroi et se remit en route , aussi satisfait de lui-aiènie que s'il eût remporté une victoire.

Ce gendre de Sa Hautesse avait reconnu de loin réquipa{{e de sa belle-sœur, la princesse Hallii, trop tard pour pouvoir rélrc^rader. Il avait évité, en s'eflaçant, d'être contraint à descendre de cheval à son approche, à se prosterner sur le sol el à faire le simulacre du baisement des pieds. II est facile de juger par cette perpétuation d'usages aussi avilissants, que les réformes n'ont pas encore passé par là.

Nous nous sommes déterminé à parler en première ligne, dans le présent chapitre, des gendres du sultan, quoique à proprement parler ils n'aient jamais eu de [iortefeuille ministériel ; mais ils n'en étaient pas moins chefs de départements, ayant voix et entrée au conseil. Notre discussion, d'ailleurs, doit. atteindre tous les hommes, quels que soient leur rang et leur titre, dès qu'ils ont une influence directe et supérieure dans les affaires.

Il faut d'abord les signaler tous comme ignorants à un égal degré , présomptueux au même numéro , et aussi éloignés les uns que les autres de riiitoution de seconder les vues régénératrices de leur souverain.

CilRZ LES TURCS. *il)|

Ce sont là des obslacles qui subsisteront tant que la direct ion des aiîaires restera dans les inains de la génération, qui n'a pu acquérir les lumières qui lui manquent, ni surmonter les préjugés dans lesquels elle a été élevée.

Il n'y aura de chances de progrès chez les Turcs, que dans le concours d'une génération nouvelle, laquelle aura été instruite en Europe, ou dans des écoles locales dirigées par des professeurs francs, choisis avec discernement et ai'uiés d'une autorité effective sur leurs élèves.

Nous avons dit avec quelle insuffisance l'instruction était distribuée dans le petit nombre d'écoles fréquentées par de rares écoliers, que Ton trouve à Constantinople. Elles peuvent produire quelques élèves propres à remplir les besoins du culte, tels que les comporte une religion presque matérielle.

Il est encore possible que la dose de connaissances que l'on peut obtenir dans ces institutions puisse suflire, rigoureusement parlant, a Texer-' cice de certaines professions privées.

Mais prétendre que des hommes destinés aux fonctions publiques puissent s'y former, c'est comme si l'on soutenait que des aveugles peuvent arriver à distinguer les couleurs.

S'il y avait de bons maîtres à Conslantinople ; si Ion y trouvait des livres choisis ; si les Turcs pouvaient les lire ; s'ils rencontraient sur leui* sol

»1 LLS HOMMES D'ÉTAT

desliouiiiies iiistruiis^ parlant leurlaiigue, el qu'ils t'n recherchassent sérieusement la conversation t't la société, on concevrait, non qu'ils devinssent tout à coup d*habiles hommes d*état ( ils patient de trop loin pour pouvoir de longtemps s'élever à ce niveau \ mais qu'ils pussent réussir à prendre des idées plus saines, et à se rendre aptes, sous de bons chefs . aux fonctions secondaires.

On chercherait vainement dans cette ville * el dans le reste des états de la domination du sultan, quelqu'une des sources d'instruction que nous venons d'indiquer. Les Turcs qui ne sortiront pas de leurs pays sont destinés à croupir dans l'ignorance où ont vécu leurs pères ; et ceux qui voyageront, même avec fruit, auront trop peu appris pour devenir utiles à leur retoiur, si on les emploie comme chefs de services.

Et, cependant, si vous écoutez ces écrivains officieux ou enthousiastes, par imagination, qui ont passé quelques mois en Orient, avec Tintention arrêtée d'avance de n'avoir des yeux que potur admirer el des oreilles que pour saisir les chimères qu'a leur retour en Europe ils donneront jK)ur le résultat de profondes recherches, les domaines du sultan seraient peuplés d'hommes d'état d'un mérite transcendant.

C'est sur la foi de ces récils mensongers que les leuilles publiques sont prodigues de louanges ei>vers tout moufflard nmsulman, qui se présente k

Pâoris OU à Londres avec un tilre diplomatique.

Cest toujours un homme supérieur. On rappelle avec complaisance ses études j ses connaissances acquises, sa grande expérience des affaires. Nous ne parlons pas de ses vertus, de sa courtoisie , de son affabilité, qu'on exalte à l'avenant. Enûn, l'hyperbole est si soutenue dans ces fades tableaux , <iue des gens débonnaires peuvent être conduits à l'c^tter que la France n'emprunte pas au sultan quelques -mies de ces immenses capacités, en échange des instructeurs qu'on lui prête.

Que l'on serait surpris et honteux si on savait combien il y a de vide dans les cerveaux otto- '^^^^y et que de niaiseries et d'inutilités y tiennent 'a place d'idées saines !

^, ensuite, on pouvait lire dans le cœur de ces ^voyés, et que l'on y aperçût le mépris qu'ils I^fessent en toute sincérité pour tout ce qui n'est P^ né musulman , ces égards qu'on a pour eux ^changeraient bientôt en dégoût et en sentiments * pitié, les seuls qu'ils méritent.

^dns la suite du présent ouvrage, nous met- ^<te les plus incrédules dans la position de con-

^®*^îr de la bonne foi et de l'exactitude de nos ré-

^*^* Nous nous bornerons, pour le moment, à ^*^lir, par un exemple saillant, combien l'on est *^*X| de la réalité dans l'appréciation que Ton fait ^ dignitaires turcs venant résider en Europe, et <^mbien est épaisse la barrière qui s'oppose à ce

que de longtemps encore ils méritent la plus laible partie de l'admiration qu'on leur porte.

Chacun a pu voir un ambassadeur turc du nom de Réchild, qui vint à Paris en 1835, y résida pendant quelques mois , passa ensuite en la même qualiié à Londres, fut rappelé à Constantinoplo pour y remplir le poste de ministre des aflaires étrangères, et, après huit mois d'exercice , fat renvoyé à Londres , où il se trouve encora en ce moment.

C'est, en tout, environ trois ans et demi que ce ministre a passés, à bâtons rompus, dans les deux centres de la civilisation ; et c'est pendant ce temps , assez court , qu*il a dû faire son éducation et acquérir ces talents aussi étendus que variés qui l'ont fait présenter à la chrétienté comnie le génie réparateur promis à la dolente Turquie.

Pour partir d'une base certaine, dans l'appréciation des progrès faits par ce ministre-modèle, établissons, par im seul fait, ce ^u'il était à son début à Paris, en 1835.

On rencontrait alors dans cette ville un Levantin d'une tourniu*e et d'une figure agréables, d'une mise orientale recherchée , parlant bien l'anglais et le français, et abordant avec facilité toutes les questions politiques que l'on portait devant lui.

Ce Levantin se nommait Hassuna de G'hiez. Il était de Tripoli de Barbarie , où sa famille tenait un rang élevé , son frère étant premier ministre

iu bcy rouant, lequel «ivail épousé leur sœur. Habitant tantôt Londres, tantôt Paris, Hassuna tf aTait aucun caractère officiel. Il était cependant chargé des affaires de son prince dans les deux royaumes , et cette lâche était bien au - dessous , tons ceux qui le connaissaient en convenaient, de l'expérience qu'il avait acquise pendant son long séjour en Europe.

Réchild, averti par quelqu'un de la rare capacité de ce Levantin musulman, se le fit présenter, ^> bientôt après , rengagea au service de la su- «fime Porte, et le fit partir pour Constantinople ^janvier 1836. Disons , en passant , que c'est le ^ choix rationnel que ce ministre ait fait dans ^ ^Jîfférentes missions.

P^Ur en finir avec Hassuna de G'hiez, ajoutons V^ la peste l'enleva en décembre , même année *'^S, lorsqu'il commençait à avoir une grande P^ dans la confiance du sultan. Ce fut une perte '^He pour Sa Hautesse et pour son gouveme- ^^l. Elle n'a pas été réparée , et le sera diffici- '«nient.

l^ans son premier entrelien avec Réchild, Has- ^a hii avait fait comprendre, non sans beaucoup ^^ peine , combien il serait essentiel de faire rec- ^fier dans les journaux les erreurs propagées par les admirateurs du vice - roi d'Egypte , qui reporbient sur ce prince toute la gloire des innovations introduites en Orient , sans attribuer aucune part

d'éloges à rhomme qui avait entrepris les mêmes travaux sur le Bosphore, Tempereur Mahmoud.

Réchild ayant goûté cette idée, Hassuna lui conduisit un écrivain, que d'anciennes sympathies rendaient favorable aux Turcs.

On lui expliqua la pensée de Tambassadeun qui , de l'avis sensé du Tripolitain, était passé à la prétention de faire exalter son maftre avec celte redondance d'expressions vides de sens si fami* lières aux Orientaux.

Il Jut difficile de faire entendre l\ Réchild qu'un pareil style n'était pas de recette en Ekirope; qu'aucun journal n'accepterait, que nul Français no lirait sans dégoût l'éloge ampoulé d'un homme, quels que fussent son rang et se& mérites.

Tout ce qu'on lui fit espérer, ce fut, s'il s'enga^— geait à communiquer des nouvelles vraies sur les afTaires courantes du Levant, de les faire suivre d^ quelques phrases d'appréciation des efforts de Se Hautesse pour la régénération de ses peuples.

Réchild, obligé de se contenter de cette pitanc-v qu'il trouvait peu substantielle , promit un caneis vas politique poiu* le surlendemain. Hassuna Y\ porta en effet le jour dit à l'écrivain , et le h traduisit de l'arabe , dans lequel il l' avait écrit pendant que l'ambassadeur le lui dictait en ttm^ langage peu familier à cette époque au Tripolitaii

Ce fond , pour un article de journal , curieui

CHEZ LES TURCS. â97

S* il eo fut jamais, el que quelques [>ei*soimes se i-appelleront avoir lu, sans qu'on leur en ait révélé Torigine , commençait ainsi : « Le sultan est Ti- « mage de Dieu sur la terre. C'est le cousin de la «( lune. Ses paroles sont de miel, et la saveur de « son haleine est comparable à celle des plus doux « parfums de l'Arabie. » — Â la bonne heure , dit récrivain à Hassuna. Passez tout cela; c'est du protocole de firman. Arrivons au fait.

— Mais, répondit celui-ci, il n'y a dans tout ce projet que des sentences pareilles. — ^Et votre Turc veut , répliqua l'écrivain , que Ton écrive sur un semblable canevas ! Dites à ce brave homme que le public français ne se paie pas de telles billevesées. Qu'il apprenne à mieux le juger, s'il ne veut être fivré au plus amer ridicule.

Réchild passait à Constantinople pour un savant très-remarquable, quand il fut choisi , en 1 834 , pour l'ambassade de Paris. Son bagage scientifi-* que se composait alors de ces notions premières que nous avons énumérées, et qui sont tout ce que Ton peut puiser dans les écoles musulmanes.

11 y joignait vraisemblablement des connaissances diplomatiques à l'usage des nations orientales, lesquelles consistent à lutter de fausseté avec ses adversaires, à savoir temporiser, et à regarder comme un triomphe , quand , à l'aide de quelque subterfuge, on a éludé une explication ou escamoté un avantage bien insigniûant.

298 LES HOMMES DÉTÂT

C'est avec de tels précédents, et la dose d'intelligeuce qu'ils font supposer, que Réchild parut dans Paris, en 1835. On a pu juger, par l'anecdote . racontée ci-dessus, combien peu le monde qu'il venait étudier lui était connu.

La première nécessité de la position qu'il allait prendre dans cette société, c'était la connaissance de la langue qu'on y parlait. Il se mit à son étude, et la continua à Londres, où il fut bientôt envoyé. 11 s'explique facilement en français. On tomberait dans une étrange erreur, si l'on admettait qu'il saisit le vrai sens de ce qu'il lit ou de ce quon lui dit.

On peut apprendre lestement la valeur ordinaire de chaque parole. Mais il faut connaître la chose à laquelle s'applique le mot pour entrer dans l'acception de son emploi. L'ignorance de» Musulmans dans les sciences les plus usuelles est un obstacle majeur au développement de leurs. facultés.

Nous persistons dans notre habitude : pour êtr^ bien compris, nous allons citer.

Depuis les réformes, au lieu d'un interprète unique, qui était toujours Grec de nation , et pa&. * sait de l'emploi de drogman de la Porte à la digniK.^ de prince de Moldavie ou de Valachie, on a créé i Constantinople, auprès du divan, un bureau drogmans, tous musulmans. Ils ont près d' quelques élèves, aussi musulmans, qui se formerai sous leurs auspices.

CHEZ LRS TURCS. 299

Coosignons ici que nulle part, en Turquie, on ne trouve plus de connaissances acquises de celles que l'on peut se procurer à Gonstantinople , plus Je penchant et plus de zèle à les étendre, plus de bonne foi dans la manière de servir, et plus de dévooement au souverain et au pays, qu'on n'en rencontre dans le bureau des drogmans.

Cette déclaration part d'une conviction intime et d'observations scrupuleuses pendant une fréquentation de dix-huit à vingt mois de durée.

Nais ces bonnes dispositions ne suffisent pas

P^r remplir l'absence d'une instruction première

^^ conoiplète , des notions que partout ailleurs on

^ des communications entre particuliers , de la

*^ure des journaux , de celle des livres anciens

^' liouveaux, des débats des assemblées délibé-

'^^les, etc.

l>e Français , qui avait pour mission de fournir ^ enseignements sur les parties du service en ^Uiîrance, imagina, pour éclairer la marche du p^^vemement qui l'avait appelé , de lui remettre **5UTivée de chaque courrier un bulletin établis- ^^^t la situation de l'Europe , d'après les nouvelles *'^^Çiies.

thns le premier de ces tableaux, dont le nombre ^ été considérable , il était question de V adresse ^^s chambres, qui occupait beaucoup les journaux ^ toutes couleurs.

W est' ce que l'adresse des pAamôre* ? demanda

Sarim-Effendi , depuis ambassadeur ordinaire a Londres, et qui, à cette époque, recevait ces bolleUns pour Pertex-Pacha, ministre dirigeant, tenu loin des affaires par une maladie grave.

Le bureau placé près de ce ministre s'agite Ysdnement pour trouver une solution à cette questicm Un de ses membres , qui avait vu Paris , soutenait qu'il devait y avoir erreur dans l'emploi du mol adresse. Gomment, disait-il, pourrait-on ignora: l'adresse des chambres , lorsque j'ai vu , tenu el parcouru des almanachs publiés tous les ans , qui en contiennent des 20,000, des 30,000, dac 100,000? Celles des chambres sont trop essentielles pour qu'on ait pu les oublier.

De guerre lasse, on députa au Français, qui fil connaître que par l'expression adresse j on entendait les réponses des chambres au discours di roi à l'ouverture de chaque session. Il leur apprit, pour compléter leur instruction sur ce point, que ce mot était emprunté aux Anglais, qui savent fain tomber la tète des rois félons , mais qui, en échange environnent du plus profond respect les prince fidèles à leurs serments.

Dans ce même bureau, on accablait ce Françsi de questions semblables à celles-ci : Qu'enteikd on par les Sarrasins ? qu'est-ce que la Lapom^ où est située Lisbonne ?

Il faut bien se garder de blâmer les drogmaa turcs qui font de pareilles demandes. Us mériteD

biett plutôt des éloges pour cet eiiipressenient k s'insiruire. On ne le trouve guère que chez eux et diez leurs élèves. Mais on peut partir de cette base pour évaluer la somme de science des ministres turcs, si leurs conseils, bien autrement Wrés qu'eux , en sont encore au point où nous fcs voyons.

L'émulation de quelques jeunes Musulmans à ac- V^éïir des lumières promettrait de bons sujets à Ji Porte, si les ministres turcs, convaincus de leur l^pre insuflisance , étaient assez généreux pour ^der l'élan de ces jeunes cœurs. Loin de là, on les **is8e manquer de livres et de bons maîtres. Les processeurs que Ton emploie sont tous, moins un, que "^usson intérêt nous ne nommerons pas, à peine ^'ï état de donner une idée superûcielle de la lan- 8^e française. Leur pénétration ne va pas jusqu'à ^^Unaître la véritable valeur* des mots. Nous avons PïOuvé les quiproquo possibles à l'occasion de ^Xpjression adresse. En voici un autre d'une na- ^^e non moins gaie.

On avait conseillé à un élève plein d'intelli- K^Oce et de boime volonté, d'apprendre quelques ^^^ français , en lui promettant des explications ' *"^ ce qui pourrait l'embarrasser.

Le morceau choisi était la déclaration d'Orosî^tie dans la tragédie de Zàire. Dans ce morceau " ^st parlé d'un Bouillon , qui fut un des chefs des ^""oisades.

30â LES HOMMES [KETAT

Les livres étant rares eu Turquie, il avait fallu prier un négociant qui possédait le théâtre de Voltaire, de faire prendre une copie du morceau que rélève devait apprendre.

Malheureusement, le commis chargé de le transcrire avait négligé d'écrire Bouillon avec une lettre majuscule. Le jeune homme ne sut pas deviner que c'était un nom propre.

Dans son embarras , il demande timidement à quelqu'un, et sans s'expliquer autrement, ce qu'en français veut dire bouillon. On lui répond que dans son acception la plus usuelle , ce mot signifie le produit d'un pol-au-feUy d'une viande bouillie dans un vase avec assaisonnement de sel.

Cette expression de pot-au-feu lui parut apparemment plus sonore que celle de bouillon, et tellement synonyme que Tune pouvait être employée pour l'autre. Aussi quelque temps après l'entendit-on déclamer très-sérieusement :

« Eux (les sondans) qui seraient encore, ainsi que leurs aïeux , H Maîtres du monde entier, s*ib Teussent été d'eux. tf PotHith'fbu leur arracha Solime et la Syrie , <c Mais, etc. »

Revenons à Réchild. Nous l'avons vu, à son arrivée en France, neuf et plus arriéré que les sujets dont nous venons de parler. 11 allait se livrer à l'étude de la langue française, et, nous l'avons dit, il y a passablement réussi.

Il faut lui tenir coinplo de ce succès, car il n est

pas commun parmi ses semblables. Nourry-Effendi, par exemple, qui a alterné avec lui dans les ambassades turques à Paris et à Londres, y a échoué complètement. C'est cependant un homme de sens, avec une tôte bien oi^anisée, et jouissant d'une haute réputation de probité.

Hais Récbild n'a pas réussi sans avoir consacré beaucoup de temps à l'étude si diflicile de cette langue, surtout ayant dû la continuer à Londres , où s^ oreUlës étaient sans cesse frappées des sons d'un autre idiome et d'une prononciation bien <Mërente.

Jusqu'au moment où il a été assez avancé dans « connaissance du français pour pouvoir profiter ^ ce qui est écrit dans cette langue, il a dû ajourner '^ autres enseignements dont elle devait lui fa- ^ler l'acquisition. On peut voir qu'il a eu peu de ^^ps à donner aux études nécessaires à tout '^Oune appelé aux hautes fonctions, et surtout à ^ direction principale d'un grand empire.

Cependant, Récbild est en ce moment le mi- Qistre sur lequel on compte pour l'accomplissement des hautes vues du sultan, et c'est au milieu des ténèbres qui l'environnent, des mauvais vouicHTS qui le circonviennent, des incapacités qu'il doit faire agir, qu'il est appelé à remplir une mission de régénération que n'accepterait pas sans effroi le génie le plus étendu et le plus exercé dans la direction des affaires d'état.

aoi LES HOMHËS b^ÉTAT

Ces difficultés ue l'aiTètent |>as. Elles n'on jamais retenu un Turc dans Facceptation des ph hautes fonctions, quelque incapable qu'il se n connût lui-même.

Celùî-ci se croit au-dessus des conditions de ao élévation. Sa fatuité lui ferme les yeux , comm elle produit des illusions autour de lui. Dès so retour à Constantinople (décembre 1838), on n' pu se méprendre sur la présomption qui Êiit 1 base de son caractère. Lorsqu'on lui pariait i choses dont la définition même lui était inconnw il s'empressait de répondre , avec une assuraiu risible, nous savons tout cela y et il changeait ci conversation.

Cet homme n'a recueilli, dans ses ambassadei que des noms et des mots , il faut le redire à sa tiété, et il se croit en possession des faits. Tout c qui se fonde ailleurs avec lenteur et difficultés quoiqu'on s'y appuie sur des bases solides et qn Ton y ait l'aide de l'expérience et des lumières, prétend l'improviser siu* le sol ottoman , où Um ces auxiliaires manquent absolument.

Depuis sa rentrée en Tiurquie, mille projets a été conçus ; quelques-uns ont même reçu des ces mencements d'exécution , mais toujours en faa sant les premières bases.

Ce n'est pas, au reste, sur des erreurs coi mimes à d'autres, et auxquelles il peut avoir été e traîné par des coopérations forcées^ qu'il doit éU

CHEZ LES TURCS. 3a5

jugé. Signalons seulement des fautes qu'un homme moins prévenu en sa propre faveur eût évitées.

Rien ne lui importait plus, dans sa position, que ces bulletins décadaires delà situation de l'Europe, que le Français rédigeait dans la forme et avec la méthode qu'il avait suivies, pendant cinq ans, dans un travail pareil pour l'empereur Napoléon. Il y aTail plus d'un an qu'ils étaient fournis exactement à la sublime Porte quand Réchild parut. Il les refusa.

A leur place, il faisait traduire des passages de trois ou quatre journaux français, auxquels il avait abonné l'ambassade turque à Vienne, laquelle^ après en avoir usé , les faisait passer à Constantfiîople par le courrier suivant.

Quel à-propos et quelle intelligence dans cette économie, qui retardait de quinze jours ou d'un mois l'arrivée de nouvelles déjà vieillies quand elles parvenaient à Vienne ! Et ensuite qu'ils étaient bizarres les choix des morceaux traduits ! qu'ils devenaient plaisants dans leur métamorphose ^ et combien s'éloignait du but le résultat obtenu ! Si par hasard quelque Turc les lisait, comme il n'y comprenait rien, il en concluait logiquement que Réchild , pour qui ce travail était élaboré , devait être un génie bien supérieur , puisqu'il en avait l'intelligence.

Un homme est depuis plus de vingt ans le fléau de son gouvernement. Il y a eu constamment

unanimité dans les fonctionnaires pour proclamer ce fait , et il ji'est pas un d'eux qui ne dise : Mon premier soin, si j'arrive au pouvoir, sera d'en débarrasser mon maître et mon pays. Cet homme, c'est rindividu décoré du titre de prince de Samos, que nous avons fait connattre dans le chapitre Police.

Réchjld a peut-être prononcé vingt fois le même ' anathème contre ce perfide Hellène, et il n'a pourtant rien eu de plus pressé, en entrant au ministère, que d'en (faire son confident, en attendant qu'il s'aperçoive qu*il est sa dupe.

Ce prince de Samos a déjà entraîné Réchild dans les rêveries d'un charlatan très-dangereux, lequel a fourni à ce Grec un moyen d'enlacer le gouvernement et de paralyser des plans qui pouvaient devenir féconds, s'ils étaient dirigés par des mains probes. Mais il n'est pas temps de mettre à nu le fil de celte intrigue , qui n'est encore connue que par un article mensonger inséré dans un journal du Midi , débonnaire écho de toutes les impertinences qu'on lui adresse de l'OrienU

C'est pourtant là ce Réchild que, sur l'étiquette du sac et des dehoi'S trompeurs, on a proclamé à Paris un diplomate remarquable, et que l'on a accueilli à Constantinople comme le sauveur d'un empire incliné sur la pente du goufire où il doit s'engloutir.

Nous l'avons vu à son retour de Londres. Trois

CIIKZ LES TURCS. :U>7

fois nous ravons entretenu , et nous pouvons as* surer que nous l'avons trouvé viei^e de toute acqoisilion utile.

Sa mission et son séjour dans les deux mélropoles de la chrétienté ne lui ont procuré qu'une gauche imitation des usages du monde. Ses allures hypocrites font contraste avec la rudesse musulloane : c'est là ce qui a séduit ceux qui ne l'ont pas bien observé.

Bien n'est plus comique que de voir ce petit homme avec sa figure envinée, et les exlrêmein^nt petites dimensions de ses bras et de ses jambes, répudier l'ancienne gravité, qui ne lui siérait guère mieux , mais qui aurait au moins l'avantage de masquer sa gaucherie pour singer 'i^^roitement Faisance française.

Réchild n'attend plus , comme autrefois , nonchalamment couché sur son sofa, l'homme de V^^lque poids qui vient lui faire visite. Il se dresse ®^ pied sur cette ottomane. Quelquefois il en "^end; cela tient à l'importance du personnage. On doit lui savoir gré de cette déférence, quoi- V* elle ne parte pas d'un sentiment d'estime pour ^^x qui ne professent pas l'islamisme.

Mais où cet homme redevient plaisant, c'est lorsque, reprenant sa place au coin d'honneur du ^fîi officiel , il se tortille , et cherche à cacher ^ extrémités sous les plis de sa redingote. Il ne P*>^ient à retrouver l'attitude qu'il avait avant

»oii dëplaconiont . qu*apre$ avoir Fait plusieurs tours sur lui-même.

Ce no sont là que des ridicules. Peut-être sera-t-on tenté de trouver leur citation indigne de la sévérité de l'histoire. Que Ton considère ce- I)endant qu'il s'agit d'<ipprécier un peuple encore inconnu , au moment où il va peut-être cesser d'avoir une existence politique ; qu'il convient de détruire les éloges donnés à de pœtendus progrès dans sa situation morale et physique, et de prouver, en rectification des opinions de l'Europe , au sujet do la nation turque, qu'elle n'est ni propre, ni préparée à la régénération qu un homme supérieur, sans nul doute, a essayé de lui imprimer.

Sous ce dernier rapport , les détails minutieux qui précèdent établissent que dans les petits faits, comme dans les plus sérieux, Timitation de l'Europe n'a pas été heureuse pour les Turcs. Ou i n'étaient pas assez mûi*s pour la saisir, ouNleuK7 instinct est trop borné pour qu'ils puissent s'ap^ proprier les choses qui n'ont pas pris naissance chez eux.

Une vérité constante, qui est plus grave et plt: intolérable , c'est la supériorité insultante qt: cette race dégénérée s'attribue sur tout ce q pi'ofesse un autre rit que le sien.

Bien que depuis soixante ans et plus, les Tu^ aient été fustigés par toutes les nations avec l quelles ils se sont mesurés , même par celles

reconnaissaicfil depuis des siècles leur suprémalie , telles que les Grecs , les Égyptiens , les Arabes, etc.; qu'ils no soient plus que tolères en Europe; qu'ils ne fassent pas un pas, ni n'éprouvent un besoin, sans être forcés de recourir aux lumières des chrétiens, on les voit professer en- ^re pour eux le plus profond mépris.

Ces insoutenables prétentions sont bien plus •

apparentes et plus développées dans les classes

^Périeures. Les membres du divan, ceux de

' ^''énia , les hommes en place qui ignorent ce qui

^ Passe hors do leur pays, et qui n'apprennent

9** incomplètement ce qui arrive chez eux, en se

^^yant toujours environnés d'hommages, se

^**oient encore au temps où ils en imposaient à

**Urope. Ils se dissimulent l'excès de leur igno-

^^ce, que chaque instant devrait leur rappeler,

* ^ laquelle ils doivent leur abaissement actuel.

Cîe n'est pas à la supériorité intellectuelle des

^**éliens qu'ils attribuent leurs défaites, le uior-

^Hcment de leur teiritoire , la perte de leur in-

^^nce politique ; leur orgueil se plaît à en trouver

autres causes, telles que le relâchement des

P^*^tiques religieuses, l'adoption des usages des

^^dèles, la suppression des janissaires ; ce sont

^^ réformes, enfin^ qu'ils accusent de les avoir

^^eradés.

^aucoup de ces fanatiques des vieilles idées se ■Citent encore qu'un changement de règne, en

ramenant le régime renversé, rendrait à leur pays son ancienne splendeur. Ce langage nous a été tenu par un homme influent comblé des faveurs du régime actuel. Avis au sultan Mahmoud.

Les Russes, tout ennemis qu'ils sont et doivent l'être de la nation musulmane, en même temps qu'ils la battaient et la dépouillaient, lui ont rendu le service signalé de rabaisser souvent les fumées d'une jactance qui n'était plus que ridicule, quoiqu'elle fût encore dans toute son effervescence.

Il y a quarante ans que tous les Francs éclairés, établis depuis longtemps à Gonstantincple , convenaient qu'avant les deux guerres qui amenèrent , la première (1770) , la séparation de la Crimée des domaines ottomans; la seconde (1790) , la réunion définitive de cette belle contrée à l'empire des tzars, lesquelles guerres virent aussi l'incendie de la flotte du sultan à Tchesmé, et les déroutes continuelles de ses armées de terre par les troupes moscovites, toujours inférieures en nombre; ces Francs, disons-nous, convenaient que ce peuple était révoltant par ses insupportables prétentions , tant dans ses rapports officiels avec les gouvernements européens, que dans ses rapports privés avec les sujets de ces puissances.

Les yeux de la chrétienté étaient, à cette époque, fascinés au point que, loin de voir dans cette conduite l'outrage qui coulait à pleins bords, on se faisait fête et honneur des humiliations que les

Turcs infligeaient à ceux qui traitaient avec eux.

Pour que tout doute disparût à ce sujet , on racontait la singulière autant que dégradante découverte faite, en 1796, par le général Âubert du Bayet , second ambassadeur de la république française auprès de la sublime Porte. Le premier reconnu, le citoyen Yerninac, n'avait fait que passer à Constantinople.

Âubert du Bayet devait avoir sa première audience du sultan, le bon et infortuné Sélim III. Il fut curieux de connaître les circonstances et les formalités de cette cérémonie, pour s'assurer qu'elle n'avait rien de contraire aux principes nouvellement adoptés par la France.

LiCS oJDficieux auxquels il s'adressa ne manquèrent pas d'exalter lès honneurs qui l'attendaient. Il devait, avant sa présentation, diner avec le grand YÎzir, Âlter-Ego de Sa Hautesse, et paraître ensuite devant ce prince, revêtu d'une pelisse d'honneur, et soutenu sous les bras par deux chambellans intimes, disposition placée au rang des plus hautes faveurs.

Tout cela ne parut pas très-clair au général républicain. On eut beau lui assurer que , depuis plusieurs siècles , les ambassadeurs avaient recherché les mêmes faveurs, il voulut remonter à leur origine. Qu'apprit-il? Que ces prétendus honneurs étaient les affronts les plus sanglants que Von pût faire à une nation dans la personne

312 LKS IimiMES irËTÂT

(1(^ son représentant, et que jamais .hommage plus apparent ne cacha d'injure plus monstrueuse.

D'après l'opinion consacrée chez les Musulmans, de la suprématie du sultan sur tous les rois de la terre, ceux-ci ne sont à leurs yeux que des chefs d'esclaves, qui lui doivent foi, hommage et tribut. Ils i^vensent, que si leur prince n exige pas la manifestation positive de celte servitude, c'est :i sa seule générosité qu'il faut l'attribuer.

En partant de ces prémisses, l'ambassadeur admis devant Sa Hautesse n'était envoyé par son maître que pour renouveler un hommage- lige , baiser la poussière de ses pieds, et solliciter la continuation de sa protection.

C'était ainsi que le grand vizir faisait à son maître l'annonce de la présence de l'envoyé , et sollicitait son admission.

Le sultan, tout entier h son rôle, laissait tomber du haut de son trône les paroles suivantes : « Cet esclave vient de loin ; il doit avoir froid et faim ; fais-le vêtir et manger, et tu notis le présenteras. ^

Quant à l'honneur d'être soutenu par deux chambellans pendant la comparution devant le monarque, il était dû à la supposition la plus injurieuse. On paraissait craindre que l'envoyé ne fût un assassin expédié par son maître , comme Ton dit que, dans des temps plus anciens, le Vieux de la Montagne en commettait pour aller mettre fin aux jours des princes qu'il avait con-

CHEZ LES iUHCh. :il3

damnés. Les cliainl)ellans ii'élaierit autres que des surveillants des mouvements du minisire ehrétien.

On connaît avec quelle hauteur l'ambassadeur

de la république refusa cette présentation. Il

exigea une invitation formelle du grand vizir pour

te diner; déclara qu'il paraîtrait devant le sultan

^n uniforme français, et qu'il ne revêtirait la pe-

lissc qu'après l'audience; enfin, qu'il ne souflri-

'"iiil pas que les chambellans l'approchassent.

Il fallut six mois et les négociations les plus ne-

^■îves, pour faire consentir le gouvernement turc

^ oe renversement de l'ancienne éticpiette. Heu-

**^U5ement que les Russes l'avaient déjà accou-

é avec des formes assez brutales a céder de

prétentions.

envoyés des autres puissances ont, depuis , profité pour eux-mêmes des concessions nuespai* l'ambassadeur de la république fran-

un oavragc récent sur la Turquie (1836), résultat de neuf ande séjour à Constaniinople , le docteur firaycr s'exprime ainsi qu'il ( pages SyO et 297 ) :

C^ette froideur des Musulmans envers les Francs a lieu, non-sculent de particulier à particulier, mais encore de gouvernement a gou- ^^■"■lement.

ien de plus méprisant que la réception d*un ambassadeur étran-

, de quelque rang qu'il soit. Lorsqu'il entre avec sa suite dans la

^^l>le d'audience encombrée de curieux, il s'avance à travers la foule,

IviAqu'auprés du grand angle du sofa où est assis le vizir. Ceiui-i'i ,

**Hs se lever, lui fait ^ignc de s'asseoir. A cet effet, un Tauteuil et

31 i LES HOMMES D'ÉTAT

C'esl pourtant en présence de couti révoltantes, connues depuis près d*und( que leà souverains de l'Europe, faisant i de toute dignité , continuent avec cetu jecte, sur le même pied qu'autrefois, de que, tant le sultan que ses peuples, per considérer conune des hommages si lég dus, que les états les plus forts n'oseï franchir.

« des escabeaux ont été préparés. Des senritears appoili ce le café; puis le ministre répète son discours. Son premi « lit la traduction en langue turque. Le premier drogm « en turc une réponse qui est ensuite traduite en tnoçt « ^Qnies, l'Européen salue le Musulman, se retire, et ce

« bile , ne le suit pas même des yeux

« La réception chez le Grand Seigneur est un peu plus .' « aussi plus ennuyeuse. Obligé , suivant Tétiquette o « temps, d'arriver à la porte impériale au lever du so « deur attend Jusqu'à midi environ, dans la première or a du palais, que le vizir arrive. Il dîne avec lui tète à « personnes de sa légation avec les ministres secondai) « tièrement â la turque, est bientôt fini. Peu d'instao « sager vient annoncer que Sa Hautesse est prête à « Celui-ci se rend avec sa suite auprès de la troisièm « tous revêtus de pelisses plus ou moins riches, si (f respectifs. Puis, les kapidji de service, prenant i « chaque personne qui a droit d'entrer à l'audience, « vaut le Grand Seigneur, et en pesant le plus pos' « ministre, le forcent à s'incliner profondément.

« La lecture du discours, la réponse et les tradu « chez le grand vizir. La séance dure à peine ving

Nous avons cité textuellement. L'écrivain ne bri par f exactitude des détails ; cependant rensembk cet avilissement du caractère diplomatique don l'Burope.

Cllli:Z LKS TURCS. 315

Les ambassadeurs de la chrétienté en Turquie

ne font pas un pas , n'ont pas le moindre contact

^vec les ministres turcs^ qu'ils ne soient conduits

à s'apercevoir de la supériorité que ceux-ci se

«'écement, du dédain qui perce à jour à travers

'^ dehors d'une politesse affectée, du mépris

^Vident pour leur personne que les valets profes-

^ut aussi bien que leurs maîtres, et qu'ils dissi-

<>Kulent beaucoup moins qu'eux.

^'est-il pas accablant de dégoût , que l'envoyé d'iu état assez puissant pour faire disparaître d tin souffle, s'il n'en était empêché par des rivait ^ dans lesquelles les Turcs n'entrent que comiaie cause sans y apporter aucun poids, ce co- *^^îS8e aux pieds d'argile, que l'on daigne encore con- **f3érer ou souffrir comme état indépendant ; que envoyé, disons-nous , ne puisse voir le sultan tête-à-tête lorsque de grands intérêts mutuels "^requièrent ; qu'il soit contraint d'admettre pour ^^moins de ses communications officielles , des Conseillers dont la probité lui est plus que susl^ecté , et que , pour obtenir ces périlleuses autliences , il doive descendre à d'humbles supplications et subir tout ce qu'il y a d'humiliant dans les circonstances qui les accompagnent ?

Les Russes marchent à grands pas pour soitir de cette ligne honteuse. Ils ont déjà fait beaucoup de chemin et obtenu pour eux des ménagements dont on n'use pas visrà-vis des autres nations. Réchild

nous a fourni la preuve, à son retour de Londres, que son orgueil était déjà façonné à ces exigences moscovites.

Trois jours après son arrivée, il y avait grande audience dans son palais. Beaucoup de gens de tous rangsattendaient leur tour d'admission auprès de lui, lorsque tout à coup un grand mouvement se manifeste parmi les gens de service, postés depuis la porte de son cabinet jusqu'à la grande porte de l'hôtel. Il semblait évident qu'un personnage de la plus haute importance était attendu. Quel pouvait-il être î

Bientôt on vit paraître un homme de petite taille et d'assez mince apparence. Sa tête était couverte d'un bonnet de soie noire, et le reste de son accoutrement à l'européenne , très- négligé , était celui d'un habitué qui traite sans façon le maître du logis qu'il visite.

A voir la précipitation avec laquelle on se rangeait sur le passage de l'arrivant et le soin que l'on mit à l'installer dans le salon d'attente, chacun pensait que c'était un de ces princes de maisons souveraines , qui avaient paru à Gonstantinople au retour du camp de manœuvres de Wornesenk, ou tout au moins l'ambassadeur extraordinaire d'un^ grande cour.

Réchild, qui avait été prévenu, s'était empressé de donner l'ordre qu'on iuiroduisît sur-le-champ le visiteur auprès de lui. A peine celui-ci avait-il

eo le temps de s'asseoir , pour la forme , dans te

salon d'attente, que déjà la portière du cabinet

mimslériel se levait pour lui donner entrée et

^'il y marchait, ayant à sa suite le cortège des

P^es occasions, chargé de pipes superbes et de

''assortiment relatif au café.

L'entrevue fut courte. Il en est toujours ainsi

^Qtre les agents russes et les autorités ottomanes,

P^'ce que ce sont des ordres que ceux-là trans-

' mettent et quç celles-ci reçoivent avec soumission.

Réchild , qui était venu quelques pas au-devant ™ visiteur à son arrivée, le reconduisit à la même "istance quand il partit. Il n'aurait pas fait plus P^^'^ le plus éminent personnage. L'objet de tant «e laveurs n'était autre que le premier interprète de la légation russe, né raja (sujet du sultan).

On voit que la morgue musulmane ne fait nulle ™Sculté de s'incliner devant qui sait la réduire à ^ juste valeiu*.

Eh bienl ce sont là ces hommes vains, si flexi- "'^s devant les Russes, si hautains devant les au- "^s nations ; que l'on reçoit avec une déférence '^^'"quée dans les cours de l'Europe; à qui l'on rend "®s honneurs qui devraient les étonner, s'ils se ren- ^*^Ut justice, et dont les joiu*naux, sans les confire , célèbrent la haute science , la grande prati- ^^ des affaires, l'urbanité et les bonnes manières. ^ ouvres gens qui viennent à peine d'appron-

3f8 LES UOMM£S DÉTAT CHEZ LES TURCS.

dre à distinguer leur main droite de la gauch< Nous nous sommes appesanti à dessein s cette peinture des hommes d'état ou réputés U en Turquie , parce que Terreur où Ton est à le sujet est des plus graves. Nous nous sommes a taché à mettre en scène de préférence Réchil< Pacha, parce qu'il est présenté à FEurope corne le type du savoir et de Turbanité ottomane, i peut apprécier par les détails que nous venons donner 9 et qui ne sauraient être démentis que p des plumes vénales^ combien il importe aux i térèts généraux et à la dignité des nations chr tiennes, que des idées plus vraies prévalent s l'estimation obséquieuse que Ton est dans W bitude de faire des diplomates turcs.

Quelques voix s'écrieront que nous exagéitH A Constantinopte on dira que nous nous maint nous toujours au-dessous de la réalité. Où pei on mieux juger de la vérité de nos assertions, q là où l'on a sous les yeux le tableau des homn que nous avons décrits ?

Nous cherchons toujours en vain, dans les ii tières que nous analysons, le bienfait des réforn conçues par le suhan Mahmoud.

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