‹ La Turquie nouvelleChapitre 31 sur 79 · FI M DK LA TAULE · texte numérisé non relu

FI M DK LA TAULE

3fiPlS0BB.

EPlfilODE

Qui 9*j rattache eepesdant en rai ton de ton objet, la dignité

IraBçaite oompromife en Orient.

Vers la (in du printemps de 1838, pendant mon séjour au lazaret de Malte, au retour d'un voyage à Constantinople , j'avais rédigé une pétition que je me proposais de déposer , dès mon arrivée à Paris 9 au secrétariat de la Chambre des Députés.

La session n'était pas close ; mais les travaux avaient cessé au palais du Corps-Législatif, quand je parvins dans cette ville. Je fis ce dépôt au mois de novembre, dans la vue de m*assurer un des premiers numéros d'inscription. M. Du pin me le renvoya, en me faisant savoir qu'il ne pourrait être légalement reçu qu'après ia constitution de la Chambre, indiquée pour le 17 décembre.

4i4 ËPISODK.

Je me eonrorinai à cette indication. Ma requête fut admise. Elle reçut le numéro 34 ; un rapporteur fut nommé et son travail était prêt, quand la dissolution vint annuler tous ces préliminaires.

Je me suis pourvu devant la nouvelle législature. Dieu veuille qu'elle ait une plus longue existence que sa devancière !

Ma pétition a deux objets très-distincts. Le premier , très-honorable pour moi , m'est personnel ; le second est tout national.

Les deux faits pouvaient être disjoints. J'y avais pensé, lorsque, de Malte même, je donnai connaissance du second à M. le comte Mole. Il m'avait paru que s'il prêtait à mes communications l'attention qu'elles méritaient, la Chambre n'aïutiit plus à s'en occuper, et que cette partie de ma pétition serait, sur ses explications, regardée comme non avenue.

11 n'en a rien été , et l'on ne peut s'en étonner de la part d'un ministre du 15 avril.

Mais j'ai appris que les faits que je mets tant d'intérêt à porter à la connaissance de la France ne peuvent lui arriver par Tintermédiaire de ses députés. D'après une singulière interprétation des droits des Chambres, elles ne sont pas aptes, diton, à être saisies d'office, et ce n'est que par l'initiative du gouvernement qu'elles |>euvent être attirées sur le terrain des plus graves intérêts de l'éuil.

Tout cela n'est pas très-clair i>our moi . Quoi qu'il

ÉPISODE. it:i

^1 soil , je profite de l'occasion ([ui se prësenle

'i'ès il propos, pour saisir la nation elle-inènie, ii

défu m de ses députés , de circonstances qui ré-

<^'aj tient de promptes rectifications dans l'altitude

de la France en Orient.

J ^ dois commencer par déclarer que ma démar-

^«^ ^sj désintéressée. Bien que j'aie beaucoup

P^**clu, par Teffet de l'abandon dans lequel sont

*^Î5»sés les Français en Turquie, malgré la pré-

^^^^cîe -d'une ambassade largement rétribuée, je

^^^ ^^éclame aucune indemnité. J'abandonne mes

^^^^^its; je l'ai annoncé à M. le comte Mole dans la

^^ t-x^e d'envoi qui accompagnait le document trans-

'^^*5^ du lazaret de Malte.

^^'est pour la France (jue j'écris. On se plaint de j^^ ^ égradation qui est son lot à l'étranger. Je donne noyen d'en provoquer le redressement.

morceau qui suit est la copie textuelle de la lie de ma pétition qui , m'assure-t-on , ne peut ^ *^ t-enir les honneurs du rapport , au moins quant ^ ^"Client.

J'avais été ap[>elé à Constantinople en octobre ^36, par ordre et aux frais de la sublime Porte. M. l'amiral Roussin , ambassadeur de France , ^^^t absent par congé quand j'arrivai dans celte ^ille. Il n'y reparut que six mois après.

Je m'empressai de me rendre à sa résidence de

Vérapia, village sur le Bosphore, à trois ou quali'e

\ 'ieues de la capitale , oi j'eus tout lieu d etii» sa-

ti6 Érisoi^t:.

tisCail de l'accueil «{ue je re^us. J'avais eu soin (F annoncer, (?n me présentant, que ma visite était toute (le déférence et que je n'avais aucune demande à former.

Notre entretien roula sur la situation de l'empire ottoman, sur les affaires d'Alger, sur d'autres objets généraux. Nous fumes d'accord sur tous les points.

Je n'eus occasion. de revoir M. l'amiral que huit à dix mois après cette première entrevue, et lorsque le refus inouï des ministres turcs de remplir, en échange de travaux entrepris pai* leurs ordres, les engagements solennels pris envers moi , me rendit nécessaire l'intervention que, de la meilleure foi du monde, je croyais avoir le droit d'attendre de l'envoyé de mon pays.

Cette fois, M. Uoussin ne vit plus en moi qu'un client qui recourait h sa protection , et il calcula tout de suite le parti que sa vanité pouvait tirer de nos positions respectives.

Je vis se développer chez M. rambassadeuitoute la suflisanee d'un parvenu étourdi du rôle qu'il est ap[)elé à jouer n)omentanément. J'eus à subir la longue énuméi*ation des ménagements que, dans sa place, on avait à garder pour ne pas user son crédit , et il me fit sentir combien je devrais ui'estimer heureux si on daignait en faire (iuel(|ue peu usage en ma faveur. La conclusion fut qu'il chargerait le dernier de ses drogmans d'agir pour moi au bureau des affaires étrangères.

ÉPISODE. in

Le choix de cet intermédiaire, auquel j'élais loin de m'attendre , fit taire en moi les réflexions amères qui naissaient de cette prolixité et de cette jactance, et retint l'observation très-nafurelle que J allais adresser à H. le baron , que ce n'était pas pour qu'il ménageât son crédit , mais bien {)Our 9^*il en fit usage dans l'intérêt de ses administi'és, 9<ie la France lui accordait un beau palais , dr Sl'aiids avantages et un traitement de cent vingt à ^®m cinquante mille francs.

La France entretient à Constant inople un pre-

"Uer drogman, le sieur La Pierre, qui joint à nue

^^^ naissance profonde des localilés un caractère

•"Oie et conciliant qui le rond agréable aux minis-

^^ turcs; et un second drogman, le sieur Dantan,

^^tié à l'école de son père, premier intcq)rcf("?

*^^l^ la république et sous l'empire, à qui l'on ac-

^^ïXJe généralement des talents de premier ordre.

Vous eussiez eu gain de cause, m'a-t-on dit plu-

^^^Urs fois à la Porte , si votre affaire eût cké

^*^itée par lun de ces deux hommes.

Par quelle fatalité suis-je donc tombé dans les Vilains d'un novice inhabile, présomptueux, sal^hant à peine le turc, dont le ton habituel révolte les négociants qui ont des rapports avec lui, et qui ne vise, d'ailleurs qu'à se rendre agréable aux officiers du divan ?. . .

On m'a expliqué celte anomalie; je n'ai pas seul à m'en plaindre.

WH Él'ISOhK.

M. Uoussin na point à rougir vis-à-vis celtP médiocrité , clr Tignorance qu'il décèle dans certaines affaires. Aussi écarte-t-il ceux dont il redoute les lumières. 11 se propose , dit-on , de présenter son favori pour la place de premier drogman de France. Ce serait porter le dernier coup à la considération déjà à peu près nulle du cabiiièi des Tuileries auprès du divan ; et alors , le mal produit par son représentant actuel survivrait à son rappel quand on en aura reconnu la nécessité.

Je vis cependant ce jeune homme. Tel maître, tel valet. Vous eussiez cru, en l'entendant, que tout le fardeau des affaires de la France reposait sur lui ; et , pour me prouver qu'il était digne de le porter, il condescendit à m'assurer qu'il m'ob- ' tiendrait, p<ir sa seule intervention, une somme de 10,000 piastres, pour avances faites et frais de retour. 11 m'en était rigoureusement dû 60,000 seulement pour émoluments.

Je laissai ce fat se complaire dans sa folle arrogance et ne le revis plus , ni lui ni son patron. Quelques joui*s après, une intervention que je n'avais pas sollicitée , que j'ignorais même , me lit allouer quinze mille piastres, sans l'obligation de (loiuier quittance pour solde, ainsi que le favori de l'ambassade en faisait la condition.

iv suis entré dans ces détails , non certes avec liiitention de poser les bases d'une réclamation,

KPISOhE. iiî»

'nais pour donner un exemple saîllanl de la nultte de la protection que devrait assurer aux individus français l'énormité du coût de la plus inu- ^''e des ambassades. Un simple chargé d'affaires, ^ vec bien moins de dépenses, remplirait convena- Wenaent celte place. Dans sa personne , la portée des atteintes que la dignité nationale reçoit à Con- ^'^ttlînople serait moins sensible que dans celle ^ Un diplomate de premier rang.

I^endant que Familial Roussin faisait ainsi , enmoi, défaut h la première de ses obliga- >y l'appui dû à ses nationaux, le public s'oc- ^Ul>5]iii encore d'un triomphe obtenu quelque ^^tripg avant , par un sujet du duc de Modène^ sur ^ l^inerie et la mauvaise foi d'un dignitaire

Modénais, qui exerçait à Péra la profession

^^ Oiédecin, avait été engagé par ce haut fonc-

^^^Xnaire à le suivre en cette qualité à la cour de

^ï*se, où il était envoyé pour féliciter le shah sur

^ naissance d'un prince.

I^ mission dura cinq mois. Au retour, le do<*- ^^Ur réclama 20,000 piastres qui lui étaient dues t^ur honoraires. Refus du dignitaire, sous le double prétexte qu'il n'a pris aucun engapçement par ^rit, et qu'ayant transporté, logé , nourri le réclamant, et lui ayant en sus fourni l'occasion do faire un voyage agréable, il devait se trouver suffisannnent rétribué.

i'iO ÉPISODE.

Ce n'étail pas là \r conipie du incklecin. Il présenta au sultan une requête, (fue Sa Hautesse renvoya à Tex -ambassadeur pour qu'il eût à s'explî- ({uer. Celui-ci éluda.

Au bout d'un mois, nouvelle requête; mais, cette fois , elle était appuyée par le ministre de Sardaigne, le chevalier Montilho, général au service de France sous l'empire , chargé de la protection des Modénais. Aussitôt, décision suprême en ces lennes : S'il a fait le voyage^ qv^il soit payé , et qw je n'en entende plus parler. Le lendemain les 20,000 piastres furent comptées.

Pauvre France ! on en agit plus lestement avec elle. Que n'êtes-vous, me disait-on, sujet du duc de Modène , cet ami si prononcé de la dynastie de juillet?

Tout cela est peu de chose a côté de ce qu'il me reste îi raconter.

Avant de me présenter chez M. ramiralRoussin, pour réclamer son intervention , j'avais jugé nécessaire d'établir mes droits à ses yeux d'une manière évidente : je m'étais, dans ce but , fait précéder par une lettre tri^s-détaillée sur l'objet e! les circonstances de ma venue et de mon séjour a Constant inople, ainsi que sur mes occupa* lions indiquées parle divan, pendant les dix-huit mois qui venaient de s'écouler.

J'avais joint à cette lettre la copie du dernier Mémoire remis par moi à la sublime Porte, lequel

ÉfMSODE. ir»l

résumait sa situation ^ ses besoins, et les inoyons d'amélioration que j'avais proposés. ^

Ces deux pièces sont textuellement rapportées dans le travail que j'ai adressé du lazaret de Malte à M. le comte Mole. La première est devenue sans objet, puisque je n'élève aucune récrimination contre l'abandon où la légation française m'a laissé. La seconde figure, sous le numéro 11, dans les pièces justificatives insérées dans le présent volume.

M. l'amiral avait lu attentivement celle-ci quand je reparus à sa résidence. « Savez-vous, me dit-il, ce qu'il y a de très-bonnes vues dans ce travail? Il « résume bien les besoins du gouvernement turc, « et il indique clairement les moyens d'y faire face; « mais il restera sans effet s'il n'est pas vu pat* le « sultan. 11 ne faudrait rien négliger pour le faire « arriver sous ses yeux. C'est difficile, c'est presse que impossible ; je le sais. » Je le savais aussi.

Si ce ne sont pas là les paroles textuelles de M. l'ambassadeur, c'est au moins le sens exact de ce qu'il me dit. D'a|>rès une approbation aussi positive, et conforme, du reste, à celle que j'avais obtenue de deux auti'es ministres européens, qui ne se serait imaginé que M. lo baron Roussin, pénétré de futilité de cette communication au sultan, se serait donné du mouvement i)Our la faire réussir? La pensée no lui en' vint |)as, et je u eus pas l'idée de la lui suggérer. J'élais troj»

*:*-i ÉPISODE.

étourdi de racoucil qu'il avait fait à ma rëclainalion, si simple et si raisonnable, \Hyuv oser faire le moindre fond sur son concours dans une affaire de celte importance.

Ma retenue fut approuvée à mon retour h Péra par une personne de qui j'ai constamment tiré de précieuses lumières. Elle me dit, à ce sujet, que la tactique de M. Roussin était d'éviter toute question épineuse vis-à-vis des ministres turcs, pour conserver quelque crédit dans les affaires courantes, et ne pas pai*aitre tout-à-fait nul dans l'esprit du gouvernement près duquel il est accrédité.

A quels pitoyables calculs peuvent être subordonnés les intérêts d un royaume !

C'est une fâcheuse situation, ajouta cette personne, (>our un ambassadeur de France, que celle du cumul des négociations politiques avec les affaires commerciales. Chaque chose est soignée ou sacrifiée, suivant les convenances du ministre.

L'Angleterre a toujours été mieux inspirée. Son ambasscideur n'a pas à se mêler, si ce n'est dans des cas graves, et pour exercer une haute influence, des intérêts de ses nationaux résidant en Turquie. Ses consuls, hors ces cas, sont indépendante.

Il résulte de cette séparation (ratiributions, que les deux branches sont également bien soignées, et que l'attention portée aux unes ne détourne pas (le celle qui est due aux autres.

ÉPISODE, i5:i

Cominent l'airo eiiteiulre au ininistèi;|? français les avantages de celte séparation? A aucune époque la Turquie ne lui fut connue, et en ce moment il semble la connaître moinsque jamais. On en sera convaincu quand on aura lu le présent volume, et l'ouvrage entier consacré à l'exploration du gou-vemement et des mœurs politiques de ce pays.

Un seul ministre de France, aujourd'hui pair, le général Guilleminot , avait bien apprécié une situation et des intérêts que deux de ses devanciers, l'un sous Tempire, l'autre sous la restauralion, avaient prostitués. Une disgrâce a été son lot. Nous aurons occasion , dans certains rapprochements qui ressort iront naturellement du système du présent ouvrage, de faire connaître combien l'on fut injuste à son égard, et mal porté pour les intérêts nés de juillet 1830.

Le grand malheur de notre époque, et la cause do désarroi qui s'est introduit partout dans nos relations extérieures, est cet usage révoltant de diercfaer des places pour le& hommes, et non des sujets propres aux places. M. Tamiral Roussin est bien placé sur son bord , je nen doute pas ; qu'il suive sa vocation. Pourquoi d'un bon marin faire un médiocre diplomate?

Ce n'est point en courant les mers qu'on apprend la science si difficile de la diplomatie , qui , <lu reste, se perd de plus en plus en France par \o choix irréfléchi des représentants qu'on lui donne

i54 ÉPISODK.

à rélrauger : iéiiiuiii ce duc doiil les journaux iiiilépendants ont tant déploré l'envoi en Espagne ; témoin encore ce résident en Grèce, que Ton y confond tellement avec l'envoyé russe, par sa scrupuleuse attention à ne pas le contrarier, que des Français. préfèrent, dans leurs besoins, s'adresser à ce dernier plutôt qu'à celui qui devrait les représenter.

Napoléon faisait quelquefois des ambassadeurs de ses généraux; mais il était en mesure d'appuyer le langage qu'il leur faisait tenir. Le gouvernement de juillet, avec sa couardise si notoire, peut-il imprimer la même force à ses délégués ?

M. le baron Roussin se croit toujours sur son gaillard d'arrière, où, avec un seul mot lancé par son porte-voix, il se fait obéir. Les Turcs, quoique façonnés à la soumission envers tous les cabinets, grands ou petits, qui savent tenir un langage ferme , mais mesuré sur leurs moyens d'action , savent aussi se rire des jactances qui ne sont pas solidement appuyées. Si leur gros bon sens leur faisait faute à cet égard , ils ne manqueraient d'amis intéressés qui leur feraient apercevoir 1 fort ou le faible de démonstrations hasardées.

Que de gens, en France , croient , sur la foi d quelques articles de journaux, que la dignité d lem* pays est maintenue et en grand honneur e Orient, qui tomberaient dans la plus étrange sur prise s'ils savaient combien elle y est déchue !

|u y u-l-il de plus misérable, pour loul honuue voil les choses sous leur véritable asi)ecl, que' préieniîons continuelles de paraître fort visde ce qui n'est rien ?

Cies divisions navales que l'on fait courir chaannée au-devant de l'escadre ottomane , et [quelles on applaudit quand celle-ci a fui devant ^^ justifieraient les frais qu'elles nécessitent, si ^^ars croisières avaient |)Our objet avoué d'in- ••ïmire les équipages et de montrer les ressources ^^^ la France. C'est, au contraire, une niaise ^^*élention que d'en vouloir faire sortir des triom- ^«les sur un ennemi méprisable en tout point.

Quand on aura lu , dans le présent volume , le -fcapitre relatif à la marine turque, on ne conce- ^W pas que la forfanterie puisse aller jusqu'à faire '"•ophée de l'altitude prise devant une flotte qu'un ^ul de nos vaisseaux pourrait affronter avec cei*-^ titude de succès.

Les Turcs ont les plus beaux vaisseaux de Tu-* Hivers, sans qu'ils possèdent un seul l^mme en ëlat de les manœuvrer. Ils ont tellement l'opinion de l'incapacité de leurs équipages, qu'ils frémirent d'effroi à la proposition qui leur fut faite {voir le chapitre de la marine) , en septembre 1837, d'atlaquer avec des forces sextuples une petite division avec laquelle Méhemmet*Âli était venu visiter rtle de Candie.

Un autre fait aussi désespérant (|ue nuisible

Viti EPISODE.

pour les Français résidant dans la niéiropole turque, c'est rétablissement de leur légation à Téra* pia , YÎllage situé , comme je Fai déjà dit , h trois ou quatre lieues de Péra , où ils ont leur habitation. Durant la mauvaise saison, la route de terre est presque impraticable. En tout temps, celle de mer est dispendieuse , et souvent elle est périlleuse par la forme des kaîques turques , mal disposées pour résister aux coups de mer.

Vous arrivez à Térapia, et vous êtes heureux si TOUS pouvez voir M. l'ambassadeur^ qui aime à se donner la satisfaction de pai-ailre très- occupé. N'oblenez-^vous pas celle faveur , vous avez inutilement dépensé votre temps, votre argent^ et compromis vos jours, tandis que vos affaires resr tent en souiïrance.

Je n'ai pas éprouvé un semblable mécompte : ma bonne étoile m'a bien guidé dans les deux seules visites que j'ai eu Thonneur de faire à M. l'amiral. Je ne suis que l'écho de plaintes dont la justice;m'est démontrée.

Les Anglais, dont le ministre réside aussi ï Térapia , n'éprouvent pas le même inconvénient Leur consul est en permanence à Péra, et ton jours à la disposition de ses administrés. Cesainsi que le gouvernement anglais entend la pro teclion des intérêts qui lui sont confiés.

On avait annoncé dans ravant-dernière sessio la demande d'un crédit de 500,000 fr. |>our

reconstruction du palais de France à Péi*a, détruit dans un incendie, il y a une dizaine d'années, 11 n'en a pas été question dans les innombrables crédits sollicités au commencement de la session de 1838, et dont plusieurs sont applicables à l'amélioration des hôtels des ministres dans Paris. Quelle destination plus pressante que celle omise dans ces demandes ? . . .

Il existe, au reste, à Péra, au milieu des débris de Tancien palais, une localité irès-convenable dont la légation fait son pied-à-terre. Qui empêcherait M. l'ambassadeur, s'il écouUût un peu plus les droits et les convenances de ses nationaux , d'y venir une fois ou deux par semaine et d'y entendre ceux qui auraient à l'entretenir? La France lui accorde un bateau à sept rangs <le rames. Avec son fort traitement il peut avoir des chevaux ; c'est une faible dépense à Péia. Sefoitce trop exiger du pensionnaire de Tétat qu'il usât un peu de ces munificences budgétaires dans l'intérêt des contribuables, au lieu de ne songer qu a thésauriser ?

Cette manie d'amasser de l'argent, si en vojçuo aijyourd'hui dans les hautes régions du gouvernement né de juillet, est poussée à un degré rare chez M. l'amiral Roussin. Elle suflirail seule poui* le déprécier^ chez un peuple habitué à n'évaluer l'importance «.des étrangers qui résident sur son sol que par la dépense qu'ils foiil autour d'eux.

Vis KI*l>OI»l..

Un ciu* tlf cel amliussiiilt'ur tics l rails de pr"* '"^i" ijioiiie que je n'oserais rapporler , tant ils m'ccu^ ^' paru incroyables.

Je ne relaierai ni n'analyserai non plus les fai. » ^'^s nombreux que soulèvent les plaintes des Francis- "^^'^ établis à Constantinople contre ce ministre, q^^^' semble ignorer ou ne pas comprendre les devoi •- ^'"^ de sa mission. Quand on voit avec quelle impu9 *^' deur les principaux agents du |K)u voir osent, daM^ ^^ Paris, au milieu d'un public éclairé et altentil ^"' négliger les intérêts publics , violer les lois, dil^^"" pider les tonds de l'état, serait-il étonnant qu-^ 3"*^ leur exemple eut des imitateurs, lorsque Téloign» ^nement des délégués, le défaut de surveillance et L '^ pouvoir qu'ils exercent sur leurs administrés^*"^' compriment les plaintes et les convei'tissent uièni.^ ^^^' quelquefois en louanges?

Je me bornerai à citer trois des griefs dont ]'J^^^^ ^ le plus entendu parler.

On reprochait a l'ambassade d'avoir laissé dé-- ^' pouiller la congrégation de Sîtint-Benoît , placét:::^'^* sous la i)rot(*clion française , d'un terrain légiti — ' mement acquis, pour satisfaire un caprice dii^-^ second gendre du sultan, le crélin Saïd-Pacha, ^ ' qui avait pour agréable de le réunir a un de ses "^ ^ jardins.

On s'élevait hautement contre un tiirif sur les monnaies , ado|)té à l'occasion de rélablissemenl de la poste française , lequel favorisait ccrlaiiis

^pt^eulateurs , au détriment du reste de la nation ^l des passagers des bateaux h vapeur.

On s'étonnait enûn de la direction donnée par l^t diplomatie française à une négociation avec le gouvernement grec, que la Russie soutenait d'at^ord avec chaleur, parce que le succès, en défmi- •^*ve, ne devait profiter qu'à elle seule, mais dont ^Me abandonna le patronage dès qu'elle vit la **'r*ance se charger de faire réussir ce qu'elle dés irait si ardemment.

I>' autres griefs, énoncés avec plus ou moins d'amertume, constataient le mécontentement général des Français contre leur légation, c'est-à-dire contre les deux membres entre lesquels le ma- '^■^îtiient des affaires se trouve concentré.

Je ne suis, je dois le répéter, que l'écho des

P^^ignants, et ces plaignants sont nos concitoyens

^'^ les protégés de la France. Je n'ai pas été per-

^nnellement le confident de ces lamentations.

^enu en Turquie pour y être à la disposition du

gouvernement ottoman, je me suis abstenu, auiant

^e je l'ai pu, pour éviter d'être soupçonné de

prendre part à quelque intrigue, de fréquenter le

quartier européen.

Cette résolution m'ayant mis en rapport plus direct avec les indigènes , j'ai pu , mieux que tout autre, reconnaître la position humiliante que l'on a faite à mon pays. N'est-il pas triste au plus haut degré, de voir une nalion puissante que les sultans

i*\ leurs |N*u|»los t'MaiPiil iuroiiiiiiiu's l\ iH*s|KHltM' «M à considiM'or coinnio leur appui le plus ierino «M \o plus Iraiir , desconduo dans lour esprit audessous d'<'lals dont ils n'avaient jamais entendu [KiHer?...

On a ri. r'est à la leltiv, et l'un des rieurs était ce Rërliild que Ton a t(^t('' aux Tuileries , à son passage à Paris [)our se rendre à Londres, quand j'ai annoncé que j'allais demander l'appui de inon ambassadeur. Ce Réchild m'a fait prévenir par le prince de Samos, ce digne interprèle de ses lâchelés, que je n'obtiendrais rien j>ar cette voie.

Je le mis au défi, en m'adressant à M. le baron Roussin. Il avait dit vrai. Pauvre France! Si j'ai obtenu quelque satisfaction , c'est, ainsi que je l'ai dit , h une intervention étrangèi'e non sollicitée que je l'ai due.

On sait à pi*éscnt quelle est la situation de la France a Ginstanlino[>le : on voit «lans quel avilissement ellr y est tombée : eh bien! Ton s'acconle à re(*onnaitre cpie la même déconsidération est partout son lot à l'étranger. La nouvelle Chambre restera-t-elle insensible à l'opprobre de son pays?...

Paris, oclobre1K38.

i)'\i ri(;nosc.

Le Méiuoii^ qui précède étail dans les mains de le comte Mole quand M. de Baranie , ambasleur près la cour de Russie, quitta Paris pour re son retour à Pélersbourg, en passant par QBtantinople.

1 paraissait que le ministère du 1 5 avril, dans ^ velléité de bon vouloir , s était décidé à faire ifier les fails que je lui signalais et à entrer dans

voies de redressement.

kn m'écrivit de Constantinople que M. de Baie s'y livrait à de sérieuses invesiigalion^ ; qu(' résultats déjà connus de ses démarches avaient

l'arrivée d'un ingénieur chargé de la reconiction du palais de France ; qu'il avait annonce^ 'enouvellement, à la session de 1839, de ladende du crédit de 500,000 fr. pour cet objet; î le commerce avait été engagé à solliciter, de t côté, la constitution complète du consulat içais dans Constantinople, où il n'existe que ivement. On annonçait encore de nouvelles Ures signalant une tendance vers la satision des intérêts nationaux, à laquelle leshom- ^ du 15 avril n'avaient pas accoutumé la tice.

joutons que la constitution du consulat, meî aussi utile que pressée, n'exigeait qu'une onnance royale. Le titulaire existe , il est sur ieux, et il y remplit tous les devoirs de la clian-

erie. C'est un homme très-ostimé. Il a déjà

ai)

géré avec succès le consulat général de Sm Guidé dans toutes mes démarches par Ta du bien^ à l'exclusion de tout motif personi m'empressai de faire mention , à la suite c pétition à la Chambre^ des avis utiles que W transmettait de Constantinople , et j*en re] l'honneur sur M. le président nominal du ce le comte Mdé.

Faut-il le dire? toutes ces bonnes dispos sont restées à l'état de projet.

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