PROLOGUE
^A destinée du présent ouvrage est bizarre. Nous ^"^ons le faire remarquer, et en déterminer les cir- ^^siances et leurs causes.
L'empire ottoman n'est pas plus connu de nos ^^rs qu'il ne Tétait dans les siècles précédents. La '^ison en est simple : les moyens d'information y Manquent totalement.
Les indigènes vivent dans l'isolement; les étranl^ers, nommés Francs, sont réduits à se voir entre ^ux. Les premiers ne savent que ce qui se passe à leur |)ortée. Il faut qu'im fait les touche personnellement, pour qu'il ait le privilège de fixer leur attention : le reste leur est indiflërenl.
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Les seconds» dans Torigine de leur établissement sur les domaines turcs, ont plutôt deviné qu'ils n*ont appris les notions sur le pays , qui composèrent leor bagage historique. Ils l'ont transmis de génération en génération à leurs successeurs ; et ceux-ci » n'ayant pas étendu ces premières données» n'ont pu léguer aux Francs actuellement vivant sur le sol ottoman que des enseignements anciens. Il est vrai que la stagnation en toutes choses^ type caractéristique des habitants indigènes, s'accorde assez avec cette nullité de progrès dans la connaissance des lieux.
Jusqu'à nos jours, l'étranger qui s'établissait en Orient avait borné ses études à la somme de lumières nécessaires à l'exploitation de la carrière qu'il avait
choisie. Elle lui suffisait, avec de l'ordre et de la con-
duite, pour faire ses affaires : pourquoi se serait-il mis martel en tète pour en apprendre davantage? Voici une preuve irréfragable de cette tendance commune aux Francs de l'Orient.
Un négociant français, du nom de Florenville, florissait à Péra à l'époque de la révolution française. Homme de probité, instruit, aimable, il était parvenu à une grande fortune en suivant les errements de son prédécesseur dans la maison qu'il dirigeait, et il comptait bien la léguer à un des siens, lorsque l'expédition d*Égypte , en le soumettant comme ses compatriotes à la spoliation et à d'autres avanies de la part du gouvernement turc, vint rompre ce rêve heureux de toute sa vie commerciale.
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A cette époque» ie sîeurFioren ville avait trente-six innées d'habitation dans le quartier européen. Il n'avait pourtant pas traversé dix fois le port pour aller à Ocnstantinople. Tout entier à son négoce, qu*il exer- V^it sur place, il ignorait, si ce n*est par oui-dire, ce ^ ni se passait hors de son rayon très-circonscrit.
Un janissaire qu'il s'était attaché faisait ses cour*
^«s et le protégeait dans ses rares sorties, bornées à
^es visites à quelques voisins , et à ses promenades
3 usqu'à un jardin extérieur du faubourg de Péra, qu'il
affectionnait beaucoup.
En trente-six ans de séjour, Florenville n'avait pas appris un mot de la langue turque. En échange, 6 prodige qiff étonne encore quand le souvenir en revient ! son janissaire avait appris le provençal, et c'é-* tait dans ce patois qu'ils s'entretenaient ensemble.
Combien de Francs suivent cette méthode, ou, pour mieux dire, combien peu s*en écartent! Ceux qn*un esprit plus aventurier pousse à traverser le port, parcourent les rues de la capitale , font quelques eniplettes de fantaisie ; car ce n'est pas dans ces courses de curiosité ou d'agrément que les affaires se traitent ; ils entrent dans un café pour y fumer et s*y reposer, sans échanger un mot avec ceux qui s*y trouvent, ni les entendre se parler entre eux.
Que Ton juge, si les difficultés d'information sont difriciles et rares à ce point pour les Européens domiciliés en Turquie , combien ces obstacles doivent être plus grands pour les voyageurs de passage ! et cepen-
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dant il se rencontre souvent parmi ceux-ci des tètes exaltées qui , après un séjour de quelques mois en Orient» vous donnent leurs souvenirs comme Tbistoire réelle du peuple et du pays, qu'ils ont à peine entrevus.
C'est ordinairement le résultat d*études approfondies. L'auteur a vu de près les hommes et les choses ; il a pénétré dans les secrets de la politique ottomane, etc. Tout cela s'imprime au retour en France, et se répand avec l'aide de compères ; les gens avides d'instruction , et mieux encore les désœuvrés, achètent ces narrations , et , séduits par quelque charme dans le style de l'écrivain , ils admettent pour vrais les vieux contes que les anciens habitants de Péra ont toujours au service des nouveau-venus.
Pour être juste envers ces écrivains , et rassurer leurs lecteurs sur la dépense de temps et d'argeot qu'ils ont faite en faveur de ces romans, disons tout de suite que Ton peut croire, toujours en se défiant de l'enthousiasme qui les a dictés, les récits des merveilles de la nature, dont beaucoup de sites en Orient sont pourvus. En ceci, les voyageurs n*out pas be^o d'être guidés. Chacun voit par lui-même, et raconte ensuite, avec plus ou moins de grâce et de bonheur, les impressions dont il a été frappé.
C'est justement cette nature d'observations et ce genre de mérite, auxquels nous nous reconnaissons indigne de prétendre. Aussi ne Tavons-nous pas tenté. Tout entier à des objets positifs et d'austère