PÉRA
Arrive là, on jouit de la vue la plus étendue et la plus variée. Si vous vous placez en face de la métropole des Turcs, vous avez derrière vous une riante campagne, trop négligée par une indolente population ; sur votre droite, l'arsenal et le délicieux site des eaux douces, qui coulent vers le port et viennent s'y mêler avec la mer ; devant vous, Constantinople, la mer de Marmara, et les Iles des Princes ; à votre gauche, la côte d'Asie, Scutari, ville de 60,000 habitants, Touverture du canal de la mer Noire , deux villages d'un aspect pittoresque, les palais d*été de Sa Hautesse, et les gracieuses maisons de campagne qui tapissent les deux continents d'Europe et d'Asie, presque réunis sur ce point.
Non, jamais pareille agglomération de merveilles ne se vit nulle -part. La nature s'est pour ainsi dire surpassée dans ces créations; ei sou plus admirable ouvrage est livré h des intelligences qui ne savent pas l'apprécier. L'automate turc en jouit machinaiemenl ; ses sensations sont inertes ; il ne snit tirer aucun parti d'une situation qui , en d'autres mains, enfanterait des prodiges.
A Péra, l'air est pur; et, à défaut d'une bonne police, l'instinct des habitants préserve ce point des encombrements d'immondices qui, dans tous les autres quartiers de la capitale, vicient l'atmosphère et occasionnent des maladies. Mais , pourtant, la peste, quand elle règne, quoique combat-
tue par des précautioos privées, D*y fait pas luoins^ «le grands ravagea que partout ailleurs.
Ce faubourg a été presque eodèremeaut détruit, deux fois y par des incendies 8ku*venus à trente ans d'intervalle l'un de Fauire. Les résidences des légations européennes ont disparu dans les désas^ très ; ^les ne sont pas encore reconstruites.
On a rebâti les maisons des. particuliers dans de meilleurs principes. Un assez grand nombre le sont en pierre, avec des fenêtres munies de voleta en fer. Elles sont ainsi garanties des alteiaies du feu, qvant aux murs; mais lorsqu'elles se trouât vent environnées d'édifices en bois, et c'est sou^ vent le ca^ elles restent exposées à l'incandes-^ cence de ce qu elles renferment ; leurs murailles s'échaufiani et devenant brûlantes, les meubles^ les papiers, les provisions quelconques, sont bien^ tôt envahis et consumés.
La surface du sol sur lequel Péra est assis étant très- resserrée, et la population tendant sans cesse à s'accroître en raison des ÎBMmmités dont on y jouit, il n'a pas été possible de donner, à l'occa-* sion des reconstructions, une largeur convenable à la voie publique. Une seule rue est praticable pour les voitures, qui, au reste, y sont fort rares.
Celle rue prend naissance dans un petit cimetière, traverse le faubouiig d'un bout à l'autre, et va se terminer au grand champ des morts, promenade haMiuelle de la |>opulaiion européenne. T. II. ao