I. Voir les Bas-fonds de Constantinople
-. La stambouline est uac rediugote noire à co! droit, sans
56 LA TLEQUIE OFFICIELLE.
Dans le kiosque, qui leur sert de corps de garde, se trouvent des carabines à répétition et des sabres de grosse cavalerie.
Dès que la nuit est faite, on rencontre de ces tufekdjis un peu partout : derrière les gros arbres, sous l'ombre des grands murs, dans les allées désertes, partout... Ils veillent silencieusement et discrètement, sur leur souverain, le glorieux padischah des Ottomans.
Sur un des plus grands plateaux d'Yeldiz, en haut d'Ortakeuy et longeant la grande muraille nord-ouest du parc, on a construit trois grandes et belles casernes, séparées par une élégante mosquée d'un fort beau style. La première de ces casernes est habitée par le régiment albanais des zouaves de la garde : la seconde par les zouaves arabes, ou zouaves à turban; la troisième par des troupes d'infanterie ordinaire.
C'est également au début de ce vaste plateau que se trouve la fameuse ambulance
revers, doublée éfalemenl en soie noire, semblable au vêtement des pasteurs anglais, mise à la mode par le Sultan actuel, mais dont l'usage tend à disparaître pour faire place à la redingote française, à revers, aujourd'hui préférée par le souverain.
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il \ol<liz, amhiilaïu'O conslriiilc d'après le syslèiiie ainérieaiii, n'en déjilaise à M.M. les médecins tlu pays (|iii veulent, à tout [mIx, «(u'elle soit bâtie suivant la méthode allemande. Simple question de cuurlisanerie à l'égard des médecins de Berlin.
Le plateau, sur lequel ont été construites les casernes, l'ambulance, les écuries, les vastes cuisines et toutes les dépendances du Palais, était naguère des plus arides et des plus dénudés ; l'eaU ne s'y trouvait nulle part. Il en était de même du parc d'Veldiz et de ses environs. C'est à la Compagnie française des eaux de Conslanlinoplc que l'on doit la prospérité de ce plateau. C'est grâce à elle que l'eau du lac de Dercos circule partout, abondante et limpide, dans l'immense parc, dans les kiosques, les palais en miniature, le grand lac et ses dérivés, les casernes, les mosquées et toutes ses nombreuses constructions sorties du sol, depuis une dizaine d'années, comme par enchantement.
Et pourtant, que d'obstacles, que de difficultés, que d'infamies cette pauvre Société des eaux, aujourd'hui si vantée, si célébrée sur
tous les tons, n'a- 1- elle pas dû franchir pour en arriver à rendre les services incalculables qu'elle rend chaque jour à la population constantinopolitaine !
Je ne citerai qu'un fait, choisi entre mille de la même force.
La canalisation était terminée, du lac de Dercos, situé sur la mer Noire, au plateau d'Yeldiz. On allait commencer celle du parc, de ses yalis et de ses kiosques, nord et sud, quand, soudainement, la Compagnie fut informée qu'elle devait suspendre ses travaux jusqu'à nouvel ordre.
Que se passait-il donc ? Une chose des plus bouffonnes et des plus banales, dans cet étrange pays de l'imprévu et des songes éveillés.
L'entourage du Sultan lui avait fait concevoir l'idée que des conspirateurs pouvaient pénétrer dans le Palais par les tuyaux en fonte que l'on allait poser; qu'il était possible d'introduire de la dynamite et des bombes explosibles par cette même voie... et mille autres balivernes, plus saugrenues les unes que les autres.
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Sous rinlUieiice de ces idées déplorables, eiiraiilines, inouïes, on eonstilua rapidement une eoinmi^sion d'enquèle, présidée par Sa Majesté Al)dul-nainid. .M. Lelalle, directeur de la Compagnie, l'nt mandé à Veldiz... On examina avec le plus grand soin le diamètre des tuyaux, leur épaisseur, leur construction; on fit subira M. Lelalle età ses principaux employés interrogatoires sur interrogatoires... Le ministre des travaux publics et ses ingénieurs élaient sur les dents !... La panique et les racontars les plus insensés atteignaient des proportions inconnues jusqu'alors.
Vingt-cinq jours s'écoulèrent sans résultat. Vingt-cinq jours, pendant lesquels la Compagnie ne put faire aucun travail... tout était suspendu, aussi bien au Palais que dans les •nvirons.
Il fallait en finir.
Sultan Bakchiche s'interposa; les membres du comité d'enquête comprirent alors la puérilité de ces craintes et de ces accusations si malveillantes. Les travaux reprirent leur marche si curieusement interrompue.
Aujourd'hui il n'y a pas d'éloges assez cha-
leureux pour exprimer les sentiments de gratitude que chaque pacha, ministre et autres dignitaires, honorés des bienfaits du maître, adressent à l'intelligent directeur de la Compagnie française des eaux de Constantinople. Ne lui doivent-ils pas, après leurs souverains, les yahsS les charmantes demeures et les beaux jardins qu'ils possèdent sur ce superbe plateau d'Yeldiz.
Et cela est justice, car, sans cette Compagnie des eaux, naguère si décriée, il n'y aurait sur ce sommet, si remarquable par sa situation stratégique et la grandiose vue d'ensemble qu'il présente, ni palais, ni yalis, ni konacks, ni casernes, ni lacs, ni verdure, ni pachas, ni courtisans, ni maître, ni chiens, ni routes; ce serait encore une solitude aride et sans végétation, comme on en trouve tant au nord et au nord-ouest de Constantinople.
C'est à la situation stratégique de cette extrémité du parc d'Yeldiz, qu'est dû le choix qui en a été fait par Sa Majesté ottomane pour sa demeure, celle de son entourage et de ses
1. Les yalis sont les maisons de campagne des grands personnages, comme les konaks en sont les maisons de villes.
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iniMlleures troupes. De ce soinini'l, on doiniiie en ellot les «jualre roules par lesquelles on ar- Hve au Palais soit île l'éra, soit de lîéchikt.iche, soit lie Stamboul, soit d'Ortakeuy.
Il eonimaiide, non seulement ees points imj»orlants, mais toute la Corne d'Or et l'entrée sud-ouest du Bosphore, y compris Scutari et la rive asiatique.
Une armée de 15,000 hommes, bien commandée, pourrait y tenir longtemps contre des forces considérables. Quant à y parvenir par un coup de main, militaire ou révolutionnaire, il ne faudrait y songer que si l'émeute possédait des complices dans la place. Mais cela n'est pas à craindre dans un tel pays.
La seule révolution possible n'existe que dans le Palais même.
Tout y est à redouter du dedans, rien du dehors !
Ceci dit, il faut reconnaître que le padischah, apeuré par la mort tragique de son oncle Abdul- Azis, a admirablement choisi l'emplacement de sa demeure. Ce choix, tout à la fois stratégique et pittoresque, dénote chez lui un coup d'œil juste et éclairé. Yeldiz est bien le lieu
que devait choisir un sultan effrayé par les leçons de l'iiistoire de sa race et de celles d'un passé très récent.
Rendu encore plus méfiant et soupçonneux par sa nature mélancolique, par les complots chimériques et burlesques que son entourage s'applique à découvrir chaque jour — découvertes qui constituent une véritable rente pour leurs auteurs — le maître de l'empire ottoman s'est enfermé volohtairement dans cette magnifique forteresse d'Veldiz dont, chaque jour, il augQiente les charmes et les splendeurs, par 'de nouveaux travaux et de nouvelles créations.
Des quatre voies qui conduisent au Palais, celle de Béchiktache est la plus fréquentée ; c'est également la plus belle, la plus commode et la mieux entretenue. Quand Sa Majesté se décide à assister à la prière du vendredi dans la mosquée de Béchiktache, ce qui lui arrive de plus en plus rarement depuis l'érection, en face du Palais, de la mosquée Hamidiée et celle des derviches Ghazli — mosquée Ertoghroul — qui occupe le premier tournant de la route précitée, à moins de mille mètres de la première, c'est par elle, c'est par cette voie
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iliie passe le cortège impérial, dont les costumes militaires et les rielies chamarrures forment un si singulier Qt si pittoresque contraste avec la simple et sévère tenue civile du ( hef des Ottomans.
Ces jours-là, le coup d'teil ne manque ni de grandeur ni d'éclat. L'allure martiale, superbe et IVoidement déterminée des troupes, qui. forment la haie depuis les portes du Palais jusqu'à celle de la mosquée dont, au dernier moment, le souverain a fait choix; la foule des curieux, aux costumes et aux coifl'ures si bariolés, si divers, si chatoyants, près duquel ceux des Européens semblent aussi élriqués^, aussi sombres que ridicules ; les nombreux agents de policL! et les plus nombreux agents secrets qui fouillent et refouillcnt chaque coin, cha^u? demeure, chaque issue de chemin ; toute cette fourmilière humaine, où grouillent tant de passions et de folies, éclairée, animée et poétisée par cey^ ne mis quoi, communiqué aux moindres objets par cette magique lumière orientale, forment l'ensemble d'un spectacle merveilleux, auquel les touristes ne manquent jamais d'assister, et avec raison.
64 LA TURQUIE OFFICIELLt;.
En somme, Veldiz est une élégante et somptueuse forteresse : forteresse inaccessible au public, gardée par une armée choisie de près de 20,000 hommes, dont les alentours sont parcourus par une nuée d'espions, — qui n'est pas un peu espion dans cette étrange Turquie? — et dans laquelle le Commandeur des croyants est, volontairement, aussi prisonnier que l'est, à Rome, cet autre Commandeur des croyants, le Chef suprême, le Souverain Pontife de la religion catholique!
Si, maintenant, mes lecteurs veulent savoir ce que coûte l'entretien de cette forteresse et des A, 000 personnes environ qui forment le personnel d'un seul homme; si, encore plus curieux, ils désirent connaître la composition de cette véritable population, son existence, ses moeurs et sa vie intime, je les prierai de passer aux chapitres suivants, oùilstrouveront,j'aimeàrespérer, la juste satisfaction de leur légitime curiosité.
Mais ce cadre demande son sujet. Sa description faite grosso modo exige que nous en colorions la toile.
11 faut la vie, le mouvement, la raison d'être des pages que je viens d'écrire.
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Nous connaissons l'externe de la cliosc, voyons-en l'interne: faisons eoiniaissance aveile niailre de céans, l'étrange et, nialiirré tout, synipathi(iue sultan Abdul-IIaniid-Khan II.
Voyons-le d'abord au moment de son avènement au pouvoir suprême. Nous examinerons ensuite ce que treize années de règne, règne avec un pouvoir sans contrôle, sans limite, absolument autocratique, ont fait du troisième lils du sultan, l'élégant et si remarquable Abdul-Medjid.
CllAl'lTHE IV
Une révolution à Constantinople.
Sécuriié d'Abdul-Azis. — La panique à Pôia. — Le» trois mois lie règne df Muurad V. — Est-il réellement fou? — Sinsulière et étranLre conduite de deux médecins. — Aviuement du sultaD Abdul-llaniid-kban II.
Au moment où allait éclater la révolution du Palais qui devait le perdre, le sultan Abdul- Azis, sultan dont la mémoire est restée très populaire dans la nation turque, semblait, même aux yeux des esprits européens les plus clairvoyants, absolument maître de son empire.
Populaire, respecté par la nation, qui entourait sa personne d'une auréole de courage indomptable, par ses soldats, qui, alors comme aujourd'hui, savaient supporter les plus grandes privations sans oser formuler leurs trop légitimes plaintes, le Commandeur des croyants
avait sur sa puissance, la richesse de ses trésors et la grandeur de ses ressources, des illusions partagées et entretenues soigneusement par son entourage.
Affolé de constructions plus coûteuses les unes que les autres; dépensant sans compter; jetant l'argent à pleines mains, pour satisfaire le plus simple de ses caprices; assoiffé de jouissances grossières et crapuleuses; véritable hystérique couronné, ne connaissant que son bon plaisir et les impérieux besoins de ses sens névrosés, Abdul-Azis, malgré l'assurance qui semblait s'être incarnée dans son esprit, marchait à grands pas vers la sanglante catastrophe dont les suites devaient ébranler si profondément l'empire ottoman.
Jamais, en effet, la Turquie ne s'était trouvée dans une phase aussi difficile.
Sa ruine semblait imminente! Depuis deux mois la banqueroute était déclarée... La révolte était partout. Les rumeurs les plus étranges circulaient dans toutes les classes de la société levantine... La Serbie, le Monténégro, étaient sur le point de déclarer la guerre à leur suzerain... La Bulgarie mourait sous le sabre des
l \K nf.VOLLTlON A CON STAN TINOPLE. 01»
liachi-Bouzouks égorgeur>> et, présages plus graves, les puissances européennes, ne croyant plu< le gouvernement turc capable tie maintenir l'onlre ciiez lui, froissaient cruellement l'orgueil ottoman, en lui dictant sa conduite envers ses sujets chrétiens.
La Russie, cette ancienne ennemie de la Tunjuie, aujourd'hui son amie par la force et la logique des choses, préparait, dans l'ombre, ombre pourtant bien transparente, les événements qui devaient se terminer par la néfaste et terrible guerre que tout le monde connaît.
Seuls, au milieu de cet horizon si menaçant, le Sultan et ses créatures conservaient leur superbe et méprisante trancjuillité.
Et pourtant, en moins de onze années, la dette publique avait augmenté de plus de 3 milliards et demi. — De 375 millions de francs, elle s'était élevée à plus de A milliards.
La dette flottante atteignait près d'un milliard.
Aux emprunts avaient succédé de nouveaux emprunts. Et de toutes ces sommes fabuleuses, un quinzième à peine avait été employé pour le bien et l'utilité de la nation.
Abruti par les plaisirs matériels du Harerti, rendu insensé par l'exercice d'un pouvoir sans contrôle et sans limite, le sultan avait gaspillé le reste.
Plus encore que de nos jours, un monde de fainéants, de courtisans, d'adulateurs et d'infâmes favoris, s'engraissaient des dilapidations de leur maître. Tout était livré aux désordres et aux caprices des créatures du Palais, toujours en lutte d'influences et de prestiges, absolument comme aujourd'hui, avec les ministères et tous les rouages de la machine gouvernementale.
Mais l'or circulait dans Galata et Péra!... Des marchands, fournisseurs du Palais et des Harems, faisaient de rapides et scandaleuses fortunes... La \ie était large et facile... Les orgies de nos pachas étaient nombreuses et toutes ruisselantes de lumière, de vins et de mastic'. Si l'armée n'était pas mieux payée qu'elle ne l'a été depuis, si le peuple et le cultivateur gémissaient sous la pression des
1. Le mastic est l'absinthe des Orientaux ; c'est une eaude-vie blanche qui rappelle de très près l'anisette forte des Espagnols.
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loiinles cliarj^'os qui raccablcnt eiu'oi-e; si la misère des couclies profoinlcs contra^^tait péuiMement avec le luxe braillani et insolent de la couche supérieure, (ju'est-ce que tout cela pouvait bien faire à nos enfiévrés jouisseurs?
Tout ne paraissait-il pas pour le mieux dans le plus étrauire et le meilleur des mondes névrosés?
Mais, au milieu de ces folies hystériques, de ces illusions si étranp^cs, la partie la plus saine de la population musulmane, les étudiants, les imans, les marchands, etc., s'elTrayait en songeant à l'abîme oii toutes ces dilapidations devaient conduire l'empire.
L'horizon s'assombrissait... Le mécontentement, longtemps contenu, allait éclater.
Une première manifestation se produisit. Elle eut pour effet le renversement de l'incapable complaisantdu sultan, le Grand-Vézir Mahmoud, l'auteur responsable des massacres de la Bulgarie.
Dès le mois de mai 187(5, quelques semaines après la chute du Grand-Yézir, des rumeurs sinistres circulaient dans les quartiers de Péra- Galata. Les racontars les plus étranges étaient
colportés de maisons en maisons; des groupes se formaient dans les cafés, les brasseries et sur le seuil des logis. Ces rumeurs, singulièrement exagérées par l'esprit poltron et si /?oiinier des Véroles, donnèrent bientôt naissance à une véritable panique. 11 ne fut plus question que de regorgement en masse de tous les chrétiens! On s'armait, on tremblait... Grecs, Arméniens et Levantins divers attendaient, anxieux, la nouvelle du pillage des établissements de banque et de crédit, pillage qui, au dire des bonnes langues, devaient précéder le fameux massacre.
Des hommes importants, des personnages qui, par leur situation, auraient dû être au-dessus de ces craintes chimériques, de ces cancans de Levantins affolés, furent les premiers à donner de la consistance à ces bruits par leur étrange conduite. M. Deveaux, un des directeurs actuels de la Banque ottomane*, fut un de ces personnages.
1. C'était vrai à l'époque où j'écrivais ce chapitre. Il n'en est plus de même en ce raoment, fin novembre 1889 : M. Deveaux n'est plus un des trois Directeurs de la Banque. Cette dernière est aujourd'hui tout entière entre les mains allemandes et anglaises.
LNK Uf.VOLUTlO.N A CONST V \ T I \ O l' r. K. 73
Les choses en étaient là quand, le 30 mai |s70, nos braves C.onstanlinopolitains furent l>ius(|uenient réveillés, dès six heures du malin, par des salves (l'artillerie.
Pour leeoupja panique arriva à son comble!
Pense/ donc, les vaisseaux ancrés dans le Bosphore et dans la Corne d'Or elles batteries de terre tiraient à la fois!
Allah ! Allah ! est-ce que tout allait finir ainsi?
Le dernier jour était-il arrivé?
Était-ce la fin?
Est-ce que l'heure suprême du grand règlement des comptes avait sonné?
Jéhovah! Dios! Dieu!... Et chacun de trembler pour sa peau et... ses écus...
Heureusement pour la cervelle de nos braves gens, les crieurs publics courant, les uns au triple galop de leurs bons petits chevaux, les autres à pied, dissipèrent les vives inquiétudes, les folles terreurs soulevées par cette canonnade, en annonçant, w^bi et orbi, la déposition du sultan Abdul-Azis et l'avènement de son neveu Mourad V.
La révolution, redoutée par les uns, désirée par les autres, était un fait accompli.
Voici ce qui s'était passé.
Épouvantés du spectacle qu'ils avaient sous les yeux, craignant de voir leurs conseils, leurs remontrances payés par l'exil... ou... par la bienfaisante tasse de café, les chefs du parti de « la jeune Turquie » alors au pouvoir : Ruschid pacha, Grand-Vézir ; Hussein- Avni pacha, ministre de la guerre, et le célèbre Midhat pacha, en ce moment-là ministre de la justice, décidèrent la chute de leur Padischah et son remplacement par son neveu Mourad, deuxième fils d'Abdul-Mcdjid, qui jouissait de la réputation d'un prince ami du progrès et d'un sage libéralisme.
Pour être plus certain du succès de leur entreprise, les instigateurs de cette conspiration adressèrent les questions suivantes au Cheikul-hlam, le chef des ulémas chargés d'expliquer et d'interpréter le Coran. — En fait, c'était une véritable consultation sur la légitimité de leur projet.