LK SULTAN AUDI' I.-H A M
aux mains tie l'exécuteur? l'a^ ilii tout. Il faut inaiiitiMianl «jue celte alTaire suit jiij5'éc en dernier ressort par le chiri ou loi religieuse.
Le dossier est donc envoyé à un tribunal du chêrinl, institué ad hoc et présidé par S. A. le Cheik-ul-IsIam, entouré de quelques ulémas ou docteurs en théologie.
Ce dernier tribinud confirma la sentence prononcée par la Cour martiale.
C'était bien, cette fois, la mort pour le brave eunu(iue!
Sept jours s'étaient écoulés depuis la consommation du crime. Le Palais était dans un complet désarroi. Tout, par le fait de ceNédim agha, était suspendu. On ne parlait que de ce crime.
Le coupable allait-il payer de sa vie celle de Firouz agha?
Le sultan, qui n'avait jamais prononcé une peine de mort, se montrerait-il encore cette fois inébranlable? Son esprit encore fortement impressionné par la dernière émeute des zouaves de sa garde* et le récent assassinat,
\. Le lecteur en trouvera le récit dans le chapitre relatif au Palais proprement dit.
dans un bouge de Galata — encore une histoire de femmes — d'un de ses Tufekdjis^ par un autre garde, se décidera-t-il à donner un exemple, en laissant la justice suivre son cours ?
Et pendant ce temps-là, pendant ces longues journées d'arrêt de tous les rouages administratifs, diplomatiques et gouvernementaux, que faisait le padischah, le maître de l'Empire ottoman, le vicaire de Dieu sur la terre !
Pendant que l'emprunt de 1,500,000 livres traité avec la banque ottomane, emprunt dont l'État avait un si grand besoin, attendait la signature impériale ; pendant que la concession de la ligne Ilaidar-Pacha-Angora, cette fameuse ligne dont on parlait tant et qui semblait devoir être acquise aux capitaux français, attendait également la même sanction ; alors que d'autres affaires, d'une non moins sérieuse importance, quoique de plus faible envergure, attendaient les oui ou les non suprêmes, le sultan, retiré dans ses appartements privés, au fond de son harem, gémissait, brisé par
\. Les Tufekdjis sont en général des Albanais, gardes particuliers du Palais et espions.
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une violente crise, ;ii)\ieii\ et iiiéliîiiit, ne croyant même plus au dévouement de ses lidèles serviteurs, ne voulant recevoir personne, le système nerveux horriblement tendu, passant par des accès hyslériipies qui se terminaient par d'abondantes larmes, pour le laisser plus triste, |)lus découragé, plus mélancolique que jamais.
Enlin, à force de sollicitations, de prières, d'adjurations et même de menaces, déguisées sous la nécessité de faire une bonne fois justice, si l'on voulait sauvegarder la sécurité de l'avenir, Sa Majesté se décida, pour la première fois depuis le commencement de son règne, à laisser la justice suivre sou cours.
Un l'nidé de mort fut rendu!
Celte première concession de sang faite à son entourage et à ses ministres sera-t-elle la dernière?
Ne doit-on pas craindre qu'une fois sur cette pente de justice inexorable et sanglante, Abdul-Ilamid ne puisse plus écouter, comme jadis, les plaidoiries philanthropiques de son cœur?
Et ce premier pas ne peut-il devenir le pré-
Ii2 LA TURQUIE OFFICIELLE.
lude d'un règne, non de justice humanitaire et miséricordieuse, mais de terribles représailles?
That is ihe question!
Turkum aggli son radan giiclior. Le Turc ne s'avise qu'après coup, dit un proverbe célèbre dans tout l'Orient.
Le fetfa rendu par S. A. le Cheik-ul-Islam, concluant à la peine de mort du coupable, conformément à la loi du chéri, ayant été sanctionné par iradé^ impérial, on s'occupa vivement de son exécution.
Ce ne fut ni long ni compliqué.
Le samedi 22 septembre, le condamné futconduit de la prison d'Yeldiz au corps de garde — Karacole — Le Béchiktaclie, celui qui est situé un peu avant d'arriver à la montée qui conduit au Palais. Là, il fut déshabillé, revêtu d'un linceul en toile grossière, enveloppant tout le corps, et solidement ficelé; on attacha sur sa poitrine un écriteau sur lequel était inscrite, en gros caractères, la sentence de mort ; puis,
1. L'irat/e n'est pas, comme le pensent beaucoup de personnes un décret ou un ordre écrit; c'est la parole même du souverain et cette parole, considérée comme sacrée, a force de loi absolue.
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après qu'il eut exprimé combiciiil se repentait tPavoir tué sou aiirieu ami, ou le dirigea sur la petite place qui se trouve derrière ledit corps de garde, sur le bord du Bosphore.
11 était alors près de huit heures du soir à la franque.
Ou avait élevé l'échafaud un peu avant le coucher du soleil: cet échafaud, des plus primitifs, se composait de deux poutrelles hautes de trois mètres, solidement plantées en terre et reliées, dans la partie supérieure, par une troisième poutrelle un peu plus mince que les deux premières ; au milieu de cette barre se trouvait une corde ordinaire, grosse comme le petit doigt, graissée avec du beurre de Sibérie et ayant un nœud coulant à son extrémité.
Adossée à la barre, une échelle commune, empruntée pour les besoins de la cause au marchand de bois d'en face.
Sur la terre, humide et froide, on plaça, juste sous le nœud coulant, en guise de plate-forme, une cage à poules, comme on en voit tant sur les paquebots qui font la traversée de la mer îS'oire à Marseille; sur cette cage on posa une vieille planche de sapin.
Quand le condamné arriva sur le lieu du supplice, il était pâle, pâle de cette pâleur étrange que l'on rencontre chez les nègres: mais il faisait bonne contenance, regardant fixement, sans forfanterie, les apprêts de sa mort.
La foule était relativement peu nombreuse sur la petite place : quelques Levantins et une douzaine de Turcs, assis sur les bas tabourets du café qui en fait l'angle, buvaient tranquillement leur tasse de café ou fumaient leur cigarette, absolument comme si rien d'insolite ne se passait près d'eux. Une douzaine de j^//?/2V.v, soldats du poste voisin, commandés par un sous-lieutenant, gardaient les alentours de l'échafaud.
Ce dernier, éclairé par une vingtaine de lanternes vénitiennes, se détachait, fantastiquement, dans l'obscur de la nuit.
La scène était étrange... sans grandeur.
Nédim aglia, placé près de la cage à poules, s'écria par trois fois :
— Que Dieu me pardonne!
Après lui avoir recouvert la tête d'un grand morceau de toile, attaché sous le menton, on le hissa sur ladite cage ; le cou fut placé dans