‹ La Turquie officielleChapitre 25 sur 67 · Mabéim · texte numérisé non relu

Mabéim

LE Sf RAII. IMI'f. III AL. 117

(iraiHi-Vé/ir,<iiM, ^cu\, avec lui, parmi lesroprésentanls île Sa Majesté, porte le titre d'Alfcsse.

L'iiilliuMice (le ce superbe nioricaud est des plus considérables ; sou train de maison est princier ; ses appointements, sans y comprendre les nombreux bakchichcs (ju'il reçoit, s'élèvent à plus de trois cents livres turques par mois — (>,700 francs.

C'est à lui, c'est à cet illustre seigneur que sont confiées la porte et la garde du harem impérial.

.T' D'un directeur des dépenses de la famille impériale ' ;

4° De dix chambellans;

5" De quinze secrétaires;

G" D'un grand maître des cérémonies, introducteur des ambassadeurs;

7"^ De deux imans ou aumôniers;

8° De deux secrétaires de la cassette particulière de S. M. le sultan;

9' D'un intendant du Trésor impérial et de deux secrétaires ;

1. Cette charge, aussi importante que lucrative, est en ce moaoent entre les mains de S. E. Rachid cffendi, directeur de l'instruction des fils du sultan et de la succession de feu le sultan Abdul-Azis.

10" D'un chef de cabinet politique ou chef de la police secrète;

M" De deux intendants et un sous-intendant du Palais ;

12" D'un directeur du cortège impérial;

13" D'un Barh Mussaîh, ou commandant des Mussaïbs;

1/1° D'un directeur des écuries impériales;

15° D'un chef des portiers ;

16» D'un chef d'office ;

17° D'un médecin en chef et particulier ayant le grade de maréchal et, à ce titre, étant le supérieur de tous les médecins du pays;

18° De vingt-huit à trente médecins ordinaires chargés du service général du Sérail ou Palais ;

19° D'un vétérinaire en chef ayant sous ses ordres plusieurs collègues ;

20° D'un chimiste et pharmacien en chef;

21° De deux fermeurs de porte;

22° D'un chef des eunuques subalternes et de plusieurs valets de chambre ;

23° D'un bibliothécaire;

2Zi° D'un chef des traducteurs des journaux étrangers ;

LE Sf. IIAII, IMIM niAL. MU

55" D'un premier parile-robe;

2tV' D'un clu'f liarliior, et ce n'est pas là le poste le moins important;

*27" D'un (lép-ii>^taleiir en clief, KcKsr/ifJibucJti j

28" D'un directeur des amusements et du théâtre de Sa Majesté;

*2i)" De deux jrrands chefs de cuisine — un pour hi cuisine française et l'aulre pour la cuisine turque ;

30" D'un astrologue et astronome en chef;

31" De seize aides de camp généraux, tous maréchaux ou ministres et de plus de cent autres aides de camp de grades divers ;

32" Enfin d'une centaine d'écuyers, bouffons, escamoteurs, acteurs et chanteurs, etc.

Voilà, sans compter les serviteurs de moindre considération, serviteurs qui ïiQW exercent pas moins souvent une très grande influence sur l'esprit de leur maître, l'ensemble otriciel des membres de la maison du sultan Abdul- Hamid.

Tout ce monde se jalouse et s'espionne mutuellement ! Occupant des places qui les occupent peu, ils passent une partie de leur

temps à tramer des complots contre la personnalité dont ils ambitionnent le poste.

Excepté les aides de camp qui ne sont pas de service ou qui sont en mission temporaire, tous ces serviteurs habitent le palais d'Yeldiz ou ses environs et absorbent une partie considérable des revenus impériaux.

Quant aux serviteurs mâles et femelles du harem proprement dit, serviteurs dont le nombre est vraiment effrayant, je les indiquerai au fur et à mesure que je traiterai les détails de ce sujet spécial.

Si j'ajoute que chacun des personnages que je viens de citer a sous ses ordres plusieurs seigneurs de peu d'importance ; que ces derniers en ont encore d'autres sous leur direction, sans compter la domesticité, mes lecteurs auront une juste idée, toute générale qu'elle soit, tant au point de vue du nombre que des finances, de ce que représente la Cour ou le Mabéim du Chef actuel des Osmanlis.

Mais ce n'est pas tout.

Tous ces croqueurs d'une grosse partie du budget émargent doublement.

Ils sont, en effet, payés par les ministères

LE SÉH VIL IMPKIllAL. l'A

auxquels ils apparliemient el par la liste civile (lu souverain.

Ce deuxièuio appointiMnoiit, celui île la liste civile, est assez rcgulicrenieiit payé.

11 est payé, plus ou moins exactement, suivant (pic le serviteur est plus ou moins en présence • le son souverain. C'est là un point délicat que le ministre lie la liste civile, S. E. Agop pacha, ne maïKpie jamais d'observer avec le plus grand soin. Il ne faut pa>, en ciïct, que le serviteur en faveur, ayant l'oreille du maître, puisse se plaindre du retard que l'on met à lui payer ses appointements.

Eu plus de ces émoluments, dont plusieurs s'élèvent à plus de deux cents livres turques* par mois, chacun de ses serviteurs touche, suivant l'importance de son titre, des vivres et des provisions pour si.x, dix, quinze et vingtquatre personnes.

Les rations pour chevaux sont dans les mêmes proportions.

Ceux ([ui dépendent du ministère de la guerre, les officiers, reçoivent, en plus des

1. La livre turque vaut '23 francs clans le commerce ; en banque, elle varie entre 21 fr. 50 et '22 fr. 75.

vivres et des rations du palais, les vivres et les rations qui incombent à leur grade.

Ces fournitures en 'nature, pain, beurre, viande, sucre, café, bois de chauffage, charbon, orge, avoine, fourrages, etc., sont généralement remplacées par une somme d'argent payée par les fournisseurs, ou par des marchands usuriers ayant la spécialité de ces achats.

Cette vente rapporte une somme qui varie, par mois, entre quatre et cinq livres turques pour un commandant, six et sept pour un colonel, et quinze, vingt et vingt-cinq pour les généraux et les maréchaux.

Les rations pour chevaux ne sont pas comprises dans ces sommes.

11 résulte de ce fait que les officiers, dont les appointements ne sont payés que deux ou trois fois par an sont, au fond, moins malheureux qu'on ne le suppose en Europe.

Les vivres et les provisions fournis par le Palais sont donnés avec une prodigalité dont on ne peut se faire une idée, si on n'a pas assisté à cette opération.

Je les ai vu un jour distribuer et j'avoue

LE SÉIlAll. IMI>l^:iU\L. .53

<\nc j'ai été absolument stiijH'fait devant cette folle largesse ; c'est ainsi (lu'iine caisse nioycnnc de bougies, marque Fournier, fut donnée devant moi, comme éclairage d'une semaine, à trois tufekdjis. Trois paquets auraient largement sulli ; njais il fallait pour cela ouvrir la caisse, et comme chacun de ces braves emj)loyés du palais recule devant la plus petite besogne, celui qui était chargé de la répartition trouva bien plus commode de faire faire le travail par les trois tufekdjis en question.

Ai-je besoin d'ajouler que ces derniers s'empiessèrent de disparaître avec leur caisse?

Le café, le sucre, le sel, les confitures, le beurre, le bois de chaulTage et toutes les autres provisions sont distribuées, ou plutôt dilapidées, dans les mêmes proportions.

Mais ce n'est pas tout :

Chaque matin et chaque soir, il sort plus de trois mille lubhis * des cuisines du Palais. Ces

1 . La tabla est un grand plat de bois du diamètre de 0"',80 à 1"'. 20 environ, dans lequel ou met les plats destines à la nourriture des personnes. Elle est portée sur la tôto par l'employé c! argé de cette distribution. Les plats et la tabla se trouvent recouverts par une étoffe à larges raies vertes sur fond blanc.

six mille tablas contiennent, par jour, la nourriture de plus de vingt mille personnes.

Quelques-unes renferment assez de plats pour nourrir quinze et vingt personnes.

C'est là une question relative à l'importance et au grade du personnage auquel le repas est destiné.

Voici, à titre d'exemple, comment est composée la table d'un de ces personnages. Prenons celle du fameux et si tristement illustre médecin de Sa Majesté .

Mavrogény pacha qui, depuis l'événement tragi-comique que je raconterai plus loin, en décrivant les mœurs des Kadines ^ et des Sultanes, couche dans l'intérieur du Palais, à proximité des appartements du sultan, arrive dans son yali ou maison particulière vers les dix heures du matin à la franque. De cette heure-là à midi, le temps se passe à causer plus ou moins intimement avec madame ; à dicter les lettres les plus urgentes et à recevoir les visiteurs. A midi, le maître du logis et sa toute gracieuse et trop généreuse moitié,

\. Les Kadines sont les femmes reconnues du sultan. Quant aux Sultanes, ce sont les princesses impériales non mariées.

LE SP. H VII. 1 vil'l.i; I M.. i:>5

suivis lies invites, duiit lo iiuiiibre est suiiveiil de six à sept personnes, passent dans la salle à manger.

Cette pièee, très bourgeoise, modestement meublée, à l'européenne, de meubles viennois, est située au rez-de-eliaussée avec vue sur le jardin et sur l'admirable panorama qui s'étend des hauteurs d'Yeldiz jusqu'au ilelà de la Corne d'Or.

Chacun prend sa place, suivant les indications de la maîtresse du logis, et le repas commence par l'absorption d'une variété considérable de hors-d'œuvre plus ou moins acidulés. Bientôt, les plats de viande font place au\ plats de légumes frais ; ceux-ci aux légumes secs, aux sucreries diverses, au gibier, à la volaille, et enfin au plat national qui termine tout repas turc, le piluf.

Soit une douzaine de plats soHdes, au minimum, servis un peu à la diable, pêle-mêle, sans art, sans soin, sans intelligence: les plats doux — sucreries et confitures — au milieu du repas; la salade et les conserves vinaigrées à discrétion; les viandes suivant le caprice des serviteurs. Quatre, cinq et six plats divers sont

apportés en même temps ; on en fourre sur la table tant que celle-ci peut en contenir, et, quand la fin du repas est arrivée, quand on quitte la salle à manger après avoir savouré la blonde liqueur du café-moka ^ servi dans de mignonnes tasses en porcelaine de Chine, on se trouve avoir dégusté ou mangé plus de seize plats, le dessert non compris.

Le personnel mâle et femelle de la maison, personnel composé de sept à huit domestiques, sans compter leurs invités, se nourrit des restes de la table des maîtres, et quand ils sont bien gavés, choisissant avec soin leurs morceaux favoris, il reste encore de quoi nourrir plusieurs personnes et les honnêtes chiens qui, à l'heure des repas, se réunissent en groupes devant le seuil des communs.

Voilà ce que contiennent de nourriture les principales tablas qui, matin et soir, passent des cuisines du Palais aux yalis des grands dignitaires.

Si vous ajoutez à ces deux repas les distributions en vivres et matières premières dont j'ai parlé plus haut, vous aurez un juste aperçu ,

Page 1