PLUS PLISSA M OLK LK SULTAN
parvieinlra peul-ùlre, à force de caustiques, à la (liiuinuer, à la rendre uioiiis envahissante, a lisoler davantag^edes parties saines du corps de « riionime malade » ; mais quant à la sécher, à la cicatriser, à la guérir entièrcmcnl, radicalement, il ne faut pas y songer!
Il ne faut pas y songer parce que, ainsi que je l'ai déjà ilit, le bakchiche, c'est la vie, c'est ralimenlalion, c'est la bime de ce qui constitue le gouvernement turc. Enlevez le règne de cette Majesté corruptrice et tout disparaîtra... tout s'effondrera dans le plus écœurant des cataclysmes. A moins que... Mais n'anticipons pas.
M. de Blowitz écrivit son livre en 1883; il y avait alors, dit-il, six gros canons Krupp dans la cour de Top-IIané... S'il l'écrivait aujourd'hui, au moment où je trace ces lignes — août 1888 — il constaterait que ces canons, qui se trouvent toujours à la même place, sont entourés de 300 pièces de campagne, toujours canons Krupp, pièces toutes montées, débarquées il y a trois mois, et qui restent là, exposées à la pluie, au soleil, sans aucun soin, sans aucune précaution, déjà en voie d'oxyda-
« Un paysan des environs arrive apportant sur quatre chevaux quatre charges d'avoine pour la cavalerie de la garnison.
« 11 délivre l'avoine, on lui remet un reçu.
« 11 passe huit jours à aller de reçu en reçu et de Bakchiche en Bakchiche pour hâter le payement.
« A la fin des huit jours, il n'avait plus ni avoine, ni chevaux, ni sou; il avait tout laissé entre les mains du sultan Bakchiche. Il avait insulté le dernier employé ; on l'avait mis en prison, et c'est de là que Méhémet-Ah le fit tirer pour le rapatrier aux frais du Trésor.
« Après cela on peut tirer l'échelle.
<c Eh bien, ce tyran honteux et dégradant que l'on nomme le sultan Bakchiche, il faut que la Tiirquie s'en délivre, si elle veut prendre rang parmi les nations vivantes de son temps ; cette honte, il faut qu'elle la secoue ; cette pourriture, il faut qu'elle en guérisse; cette plaie, il faut qu'elle la sèche! Le peut-elle? Oui, je dirai comment. »
Hélas!
Quoi qu'en dise notre auteur, cette plaie existera toujours, suppurante et hideuse. On
PLIS TLISSAM Ol K Ll! SILTAN. HT
parvitMidra peul-c^lre, à force de oaiisli(|ues, à la tliniimier, à la rendre moins eiivaliissante, a l'isoler davantage des parties saines du corps de « riionime malade » ; mais quant à la sécher, à la cicatriser, à la guérir entièrement, radicalement, il ne faut pas y songer!
Il ne faut pas y songer parce que, ainsi que je l'ai déjà dit, le bakcliiche, c'est la vie, c'est l'alimentation, c'est la base de ce qui constitue le gouvernement turc. Enlevez le règne de celte Majesté corruptrice et tout disparaîtra... lout s'elTondrera dans le plus écœurant des cataclysmes. A moins que... Mais n'anticipons pas.
M. de BloNvitz écrivit son livre en 1883; il y avait alors, dit-il, six gros canons Krupp dans la cour de Top-llané... S'il l'écrivait aujourd'hui, au moment où je trace ces lignes — août 1888 — il constaterait que ces canons, qui se trouvent toujours à la même place, sont entourés de 300 pièces de campagne, toujours canons Krupp, pièces toutes montées, débarquées il y a trois mois, et qui restent là, exposées à la pluie, au soleil, sans aucun soin, sans aucune précaution, déjà en voie d'oxyda-
tion... Encore deux années de coupable indifférence et ce matériel, acheté au prix de bien grands sacrifices, au prix de la nourriture et de la solde des soldats, sera hors d'usage, ou tout au moins fortement compromis. Mais qu'importe ! le tour est joué. Bakchiche a largement opéré ! Le reste est secondaire. Si ce matériel est détruit par l'incurie de ceux qui en ont la garde, eh bien ! on en achètera un second. Sultan Bakchiche tendra de nouveau ses griffes... Et tout sera pour le mieux dans le plus juste des mondes! Amen!
Les voyageurs qui ont parcouru l'Orient turc ont certainement entendu parler de ce fameux chemin de fer de Moudania à Brousse ; ceux qui sont allés visiter cette ville, si intéressante à plus d'un titre, ont fait mieux que d'en entendre parler, ils ont vu, de leurs yeux vu, ce fameux chemin de fer, cette illustre ligne dont, dans quelques années, il ne restera plus trace. Tous ceux-là connaissent, plus ou moins exactement, l'étrange histoire que j'ai empruntée au livre de M. de Blowitz. En ajoutant à cette histoire, si digne de figurer dans les contes des Mille et une ISuits, que la fameuse ligne
PLUS PUISSANT ni K l.K SILTAN. 139
«.'Il question a élé réellement eonstruitcen partie, et (iirelle n'a élé abandonnée que par suite lie la trop grande largeur du matériel acheté, matériel ne pouvant rouler sur une voie i)lus étroite que lui, j'aurai complété le récit de cette fantastique épopée!
Maintenant pourquoi allonger ce chapitre par rénumération d'autres faits?
Pourquoi montrer à mes lecteurs tout le chapelet des abus, des vols, des gaspillages qui découlent du régne de Sa Majesté Bakchiche ! Si je racontais ici tout ce que je sais dans cet ordre d'idées, mes lecteurs, étrangers au pays, ne crieraient-ils pas à l'exagération, à la médisance voulue?
Je viens de dire qu'il ne faut pas espérer cicatriser entièrement cet ulcère qui ronge la Turquie ; j'ajoute, pour terminer, qu'il est des illusions dont l'entretien est néfaste et qu'il faut à tout prix expulser de la pensée, si on ne veut pas s'exposer à de cruelles déceptions! L'extinction du Bakchiche, étant donnés le milieu où il a pris naissance, les mœurs, les usages et la corruption des habitants de ce beau pays, reste une illusion, une utopie, géné-
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reuse, je le veux bien; homiéte et belle, j'y consens, mais une utopie.
Je dis que c'est une utopie et la plus décevante des utopies, parce que, pour qu'il n'en fût pas ainsi, il faudrait transformer tout un peuple... et quel peuple! un mélange informe d'appétits divers^ de croyances ennemies, de préjugés, d'ignorances, de superstitions et de vices! !
Or on ne refait pas la nature humaine en quelques années. On ne transforme pas, du jour au lendemain, un peuple qui, pendant de longs siècles, a vécu dans l'esclavage, sous l'administration de nombreux despotes n'ayant pour règle que leur bon vouloir et leurs caprices !
Certes, on peut tenter bien des choses en Turquie, on peut y réaUser bien des réformes; mais, je le répète encore une fois, on ne peut détruire et effacer les vices qui sont inhérents aux peuples orientaux. On peut les modifier, les diminuer, les estomper, les civiliser, mais les extirper, jamais ! . . .
Le bakchiche tient à trop de causes, il est lui-même issu de trop d'habitudes transformées
IM.IS PIISSWT OLK l'K SUI.T.W. Ill
(Il nécessités |)uur être ainsi détruit. Même en ailnieltant la réalisation îles plus beaux rêves dos amis de l'empire ottoman, en avlmettant (|ue les fonctionnaires, les administrateurs et l'armée soient réj^nilièrement payés; que la juslice ne soit plus vendue; (jue le patriotisme le plus énergique règne dans le cœur des sujets du sultan; que le loup se fasse mouton; que le pays ne soit plus le pays des intrigues, des malpropretés morales; que les places ne soient |)lus données qu'au mérite et au savoir... Sa Majesté Bakchiclie ne disparaîtrait pas.
Son pouvoir resterait faible, honteux, se cachant en compagnie des usuriers de Galata, se faisant humble et modeste, mais il vivrait. 11 vivrait encore de longues et de bien longues années !
CIIAPITUE VII Le sérail impérial ou maison du sultan.
Fiitouragc et nomenclature. — Les maréchaux, les chambellan» et autres dignitaires. — I>e chef du cabinet politique. — Les dépenses du palais. — La distribution des vivres. — Ce que coûte l'entretien du palais. — Éloquence de quelques chiffres.
La maison de Sa Majestt!^ ottomane est composée d'anciens et de nouveaux serviteurs.
Les uns étaient à son service bien avant son avènement au trône d'Osman.
Les autres sont de promotion plus ou moins récente.
Parmi les anciens serviteurs, serviteurs traités en amis par le souverain, dont la bonté, dans ce cas, est poussée jusqu'à la faiblesse, je dois citer, en première ligne, son vieux médecin particulier et ancien bouffon le D"- Ma- VROGÉNY PACHA ; le premier chambellan Osman BEY, momentanément en disgrâce; le premier
secrétaire particulier, secrétaire ne connaissant aucune langue étrangère. Son Exe. Sureya PACHA, le colonel Hamed-Djelaledin bey, le plus jeune de tous; le chef des portiers, Hadji-Moustapha-Ryha; le second chambellan, occupant actuellement le poste d'Osman bey, Hadji-Alï BEv; et plusieurs autres de moindre importance.
Le colonel Hamed-Djelaledin bey, qui a occupé à plusieurs intervalles le poste de confiance que remplissait, sous Napoléon III, M. Hirvoie est âgé de trente-trois ans.
Élevé par la mère nourrice du sultan, orphelin, sans parents, il jouit au palais de l'estime et de toute la confiance de son maître, confiance et estime qui ne l'ont pas empêché, d'ailleurs, d'être exilé à sept reprises.
Sous le titre de chef du cabinet politique^ il dirigeait et dirige encore actuellement, malgré son récent exil à Alep... ou ailleurs*, exil dont il est de retour depuis six mois environ, la poUce secrète du palais, avec des pouvoirs
1. Rien de moins certain que les lieux où ce serviteur dés'oué est tour à tour envoyé en ex'l. Sa dernière absence était-elle réellement une punition? N'était-ce pas plutôt une mission de haute confiance, relative au décès d'un certain parent du sulian, fort redouté de son vivant? Chi lo sa!
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très étendus sur toulo la police en général.
Aussi aimé des petits qu'il est redouté et détesté des grands, le colonel llamed-Djelaledin bcy ' s'altaquo île préférence aux forts et aux puissants. Audacieux et brave comme le sont en général les Circassiens, il ne se prive pas de critiquer les actes <le faiblesse peureuse commis trop fréquemment par son maître, maître qu'il adore et pour lequel il joue constamment son existence.
Les intrigues du palais lui inspirent un profond dégoût... et c'est avec une répugnance réelle qu'il remplit le rôle auquel Sa Majesté l'a destiné.
— Heureusement, lui ai-je entendu dire bien souvent, que je trouve dans le poste que j'occupe des compensations aux écœurements qu'il me procure. Ces compensations consistent à faire le plus de bien possible, et surtout à faire rendre justice à de pauvres diables injustement accusés par des adversaires haut placés.
— Mais, lui dis-je un jour, votre poste doit
1. Aujourd'hui général, ainsi que je l'ai déjà dit dans une note précédente.
VOUS exposer à bien des périls, car, si vous avez des amis très nombreux, je constate que vos ennemis ne le sont pas moins.
— Sans doute, me répondit-il, et j'ai déjà été attaqué plusieurs fois par des assassins ; mais, que voulez-vous, il était probablement écrit que, jusqu'à ce jour, ces tentatives demeureraient infructueuses.
La maison ^ impériale proprement dite se compose:
1" D'un grand maréchal du palais, poste actuellement occupé par le muchir ou maréchal Ghazi-Osman pacha, le célèbre défenseur de Plewna, celui qui occupe la gauche du sultan quand ce dernier se rend au sélamhk du vendredi ;
2° D'un premier ou grand eunuque, dont on ne peut traduire le titre réel que par ces mots : le grand gardien ou mai ire de la porte de la féliciléUl
Ce haut personnage qui a le rang de muchir ne cède le pas — et encore cela n'a-t-il lieu que dans les cérémonies publiques — qu'au