‹ La Turquie officielleChapitre 27 sur 67 · Deux de ces domaines fournissent le fourrage nécessaire · texte numérisé non relu

Deux de ces domaines fournissent le fourrage nécessaire

LE SÉHAII. IMI'l'IUAF.. 159

Ajoutez à ces ressources k' ilioit ijuc le souverain possède, en dépit des lois du Tan- /imat, de mettre la main sur tous les revenus de l'empire, dont il est non seulement le maître, mais le propriétaire absolu, et vous arriverez plus facilement à résoudre le problème qui consiste à dépenser plus de cent cinijuante millions par an, avec une liste civile ollicielle de vingt-cinq millions!

En dehors de ce chiffre énorme de cent cin- (juaute ujillions, mes lecteurs voudront bien ne pas perdre de vue que ne figurent ni les dotations de la famille impériale, ni celles des femmes du Harem, princesses, etc.

aux chevaux; ir.)is autres produisent le tabac que l'on fume au palais et une partie des provisions ménagères. Le riz, n'étant pas eultivi' en Turquie, s'achète chaque mois. L'eau consommée en b 'isson arrive chaque jour de plusieurs sources situées sur la cote asiatique du Bosphore. Quant aux tentures et étoffes d'ameublement, elles sont fournies par la fabrique impériale d'Eréké, située près dismidt, Asie. Cette fabrique, qui n'a pas moins de 120 métiers toujours en activité, est dirigée par un compatriote, M. Martel, de Lyon.

CIlAl'lTKi: Vlll

Diplomatie ottomane et diplomatie française

l'i-ogrès (le la langue française en raison do la perte de notre influence politique. — Le clergé français en Orient. — Les Turcs de la décadence. — Excursions dans les ministères et dans le « mal d'Orient ». — Repassez dans quelques jours. — >'e bougeons pas. — Les écuries d'Au^'ias.

La Lliplomalio turque s'est acquise, à juste litre, en Europe, une grande réputation de finesse et de subtilitt'*.

Nulle mieux qu'elle, en effet, ne sait user l'énergie de ses adversaires par un esprit de bienveillance apparente et par cette force d'inertie qui est bien certainement la plus terrible des forces.

J'ai vu les diplomates turcs de très près ; j'ai eu personnellement à lutter pendant de longs mois avec eux; eh bien ! je les déclare plus forts que ne le sont nos madrés Normands.

Le Turc officiel, à l'enconlre du Normand, qui ne dit ni oui ni non, répond toujours oui à tout ce que vous lui dites, à tout ce que vous lui demandez.

Les promesses ne lui coûtent rien et, de ce côté, il est d'une générosité sans exemple.

Il possède des qualités maîtresses dans l'art de tromper les autres, car il n'a ni la conscience, ni le sentiment des échéances et de l'exécution de la parole donnée. Ce sont là des qualités humaines ou des défauts diplomatiques si l'on veut, dont les cases font totalement défaut dans la structure des cerveaux turcs — cerveaux du monde officiel, bien entendu.

Les diplomates ottomans ont /'<?î</^ plus d'un diplomate européen et, pour les vaincre, pour les amener à tenir leurs promesses, je ne connais qu'un moyen : c'est de parler haut et ferme.

C'est là une recommandation qui s'adresse tout particulièrement à MM. nos ambassadeurs, dont la diplomatie, toute charmante et élégante qu'elle puisse être, n'en laisse pas moins diminuer chaque jour l'influence séculaire que,

DIIM.OM VTIKS OTTOMVNK KT I f. \ N (, V ISK. IC3

CDinme iialion, ik»us |)u>st'(li(»iis en Turquie et dans kiut le bassin nitHlilerrauéeii.

N'est-il pas douloureux pour nous, Français, de voir des nations comme ritalie, les Étatsl'nis et rAllemagne, naguère si peu inlluentes Cl» Orient, dont les ambassadeurs et les consuls étaient si peu écoutés, en arriver à s'implanter victorieusement dans tous les lieux où, jusqu'à ces dernières années, la France avait maintenu intact le drapeau de la civilisation et du progrès?

Mors que les ambassadeurs et les consuls de ces nations obtiennent tout ce que demandent et tout ce que veulent leurs nationaux : indemnités, justice, firmans, concessions, etc., nos agents diplomatiques et consulaires ne veulent ou ne peuvent plus faire obtenir justice à ceux de leurs nationaux lésés et ruinés par les agissements du gouvernement turc.

Encore quelques années de ce régime et la France qui, après avoir occupé le premier rang en Orient, occupe maintenant le quatrième, ne sera plus considérée par les Turcs olTiciels que comme un facteur impuissant et négligeable.

Et pourtant, étrange contraste qui prouve

bien la supériorité du génie français sur celui des autres peuples, notre langue, nos habitudes et nos mœurs progressent en raison directe des échecs subis par notre diplomatie, et l'on voit chaque jour notre bel idiome se répandre de plus en plus, remplaçant avantageusement ce mauvais jargon italien qui était la langue universelle du Levant.

Nos écoles se multiplient au fur et à mesure que notre influence politique diminue ; notre langue devient accessible à tous et, entraîné par l'intelligente propagande des membres du clergé français et en particulier par celle des Frères de la Doctrine chrétienne, on vient de voir le sultan édicter un firman, en date du mois de septembre 1888, rendant obligatoire l'étude de la langue française dans toutes les écoles ottomanes. C'est ainsi que l'esprit de la France pénètre partout et s'affirme hautement en dépit des échecs, malheureusement trop nombreux, de sa diplomatie.

Et cependant que de sympathies réelles tout ce qui est français ne rencontre-t-il pas en Orient!

Quand on voit le peu qu'il y aurait à faire,

DIPI.OM VTIES OTTOMANK Ki FHANÇAISK. 105

pour reeonqik^iir le premier ranj? ou, tout au moins, marcher île pair avec les influences russe et anglaise, on ne peut (pré|)rouver un vif sentiment d'inilignation et <le colère contre le gouvernement que nous a légué le h septembre, avec, semble-t-il, la triste mission d'anéantir le prestige d'honnêteté et de puissance que nos pères avaient su acquérir dans l'Orient musulman.

Je déteste trop la politique pour vouloir en faire ici ; je constate ce qui est, et je le constate avec l'àme d'un Français, doublement Français par sa naissance algérienne, sans me préoccuper si je plais ou si je déplais à messieurs nos gouvernants, quelle que soit la couleur dont ils affublent leur masque et leur personne.

Il faut reconnaître que, si les diplomates turcs savent user la patience de leurs adversaires par des promesses sans cesse renouvelées, dont ils ne tiennent une partie, partie la plus petite possible, que lorsqu'ils sont acculés dans leurs derniers retranchements, ils sont pourtant bien éloignés de posséder les qualités qui font les grands diplomates.

Les vues larges et saines, inspirées par le

bon sens le plus vulgaire, leur font complètement défaut. Leur diplomatie est, comme leur existence propre, toute au jour le jour; ils ne s'inquiètent pas d'un lendemain auquel, eu général, ils ne croient pas. Tout consiste pour eux à gagner du temps et à reculer leurs échéances.

Quand ils ne peuvent gagner une année, ils se contentent de plusieurs mois, de quelques semaines et même d'un jour!

Est-ce là la diplomatie qui assure l'avenir et la puissance d'un pays?

Le mot que les Turcs officiels savent le mieux prononcer, celui dont ils font le plus grand usage est yarrem, c'est-à-dire demaîji.

Demain ! ce mot résume toute cette grande finesse diplomatique à laquelle les puissances européennes se sont toujours laissé prendre.

Promettre beaucoup... tenir le moins possible... et le plus tard possible, tel est le mot d'ordre du gouvernement et de sa diplomatie.

Malheureusement, bien peu, parmi ces fins diplomates, leur maître, le sultan Abdul-Hamid excepté, voient ou se préoccupent des conséquences déplorables de cette politique au jour

DIPLOMATIKS OTTOMVNi: KT HIVNÇVISK. 107

U' jour, sans suite, sans prévoyance, sans ciwcv'jiurc.

Ils n'aperçoivent ni le cléincmbremcnt de l'empire; ni la décadence — décadence qui marche pourtant à pas de géant — ni la ruine et le déshonneur qui galopent, en croupe, sur liMir-^ conceptions aussi étroites que misérables!

Mais fjue leur importe à eux, cet empire tpii croule de toutes parts, sous leurs fautes répétées, malgré une vitalité des plus considérables !

Que leur importe ce peuple qui succombe sous le faix des charges accablantes qu'on lui impose; qui succombe malgré des qualités et des vertus faisant de lui un des peuples les plus remarquables de la terre ! Qu'est-ce que tout cela à côté delà nécessité de conserver un poste lucratif, dû, le plus souvent, à des platitudes et à des complaisances que ma plume se refuse à «[ualiller!

Se garer des envieux et de ses adversaires; vivre le plus largement possible même en escomptant l'avenir; reconstituer une fortune perdue par les bakchiches distribués pour

arriver au pouvoir, telles semblent être les premières, les seules préoccupations des grands dignitaires et des diplomates ottomans.

L'amour de la patrie, tel que nous concevons ce sentiment; le dévouement à la chose publique; le sacrifice de sa vie à ce qui est vrai et juste, sont autant de mythes pour ces messieurs.

Et, pendant que l'égoïsme les conduit fatament à leur ruine, ils ne s'aperçoivent pas, ou plutôt ne veulent pas s'apercevoir des progrès réahsés par les petits États voisins, en voie d'organisation, naguère leurs vassaux.

C'est ainsi qu'ils ont laissé faire la révolution de la Roumélie orientale, aujourd'hui, quoi qu'on en dise, inféodée à la Bulgarie, Cette révolution, le Commandeur des croyants pouvait l'empêcher en envoyant 5 ou 6,000 hommes, maximum, dans la partie insurgée. Mais il fallait pour cela un moment d'énergie, un moment d'exécution, et ne pas redouter une guerre des plus courtes et des moins sanglantes. L'idée de cette expédition, conseillée par plusieurs maréchaux, échoua devant les agissements de la diplomatie turque, heureuse

DII'I.UMATIKS OTTOMV.Nj; KT FllANÇAISK. 109

de satisfaire au \a'u secret du maître et à son liorreur pour la ^'uerre.

Quel contraste avec les agissements des anciens Turcs!

Si encore cet étal de ciioses ne datait <|ue d'Iiier, les amis (juaiid même de la Turquie pourraient espérer en son relèvement. Mallieureusemenl, il n'en est pas ainsi. Ce laisser faire et ce laisser aller remontent à l'époque oii les Turcs cessèrent d'être les conquérants que l'on connaît, \m)uv ne plus soutenir que des guerres défensives.

Ce qui se passe sous le règne du sultan Abdul-llamid se passait sous ceux: d'Abdul-Azis et d'Abdul-Medjid. Voici, à ce sujet, ce que raconte M. Léon Verhaeglie de Naegu, aujourd'hui ministre de Belgique à Pékin dans son Voyage en Orient, édition de 1865.

L'auteur est sur un paquebot faisant route pour Smyrne, et il passe en revue ses compagnons de voyage. Après avoir montré les vieilles idées turques sous la forme d'un gros pacha, entouré de son harem, il les présente, sous leur forme nouvelle, dans la personne d'un jeune colonel ottoman.

« Le colonel ottoman, dit-il, vit à l'européenne, mange à table et lit des livres français. C'est un homme sérieux, aux manières pleines de cette gravité aimable qui distingue parfois les Turcs. Il ne se fait guère illusion sur la situation de son pays. Il dépeint amèrement l'état des choses, et, grief nouveau aux yeux des Européens, il se plaint de l'arrogance des chrétiens vis-à-vis des musulmans. Il voit la Turquie sous la tutelle des puissances étrangères, qui intriguent sans cesse parmi les sujets chrétiens de l'empire, et rendent illusoire à leur égard l'action des autorités musulmanes, A l'intérieur, l'administration est toute livrée à l'arbitraire et dépend du caprice des sultans. La destruction des janissaires a ôté le dernier contrepoids à leur pouvoir. L'armée n'est point payée ; il est dû vingt-deux mois de solde aux troupes de Syrie, tandis qu'on prodigue le trésor de l'empire pour la création d'une flotte inutile. Le colonel demande une loi, égale pour tous, et qui règle d'une manière invariable les droits du prince et ceux des peuples; c'est un peu là, je le crains bien, ce que nous appelons une Constitution. »

uirL()MMii:s oiiomvm: \:i t n\\^^.\l-i\.. i.i

Voyons maiiitiMKiiil (juello csl roif^'anisalion (11' (OS lamoiix iiiiiiisli'ros qui, sous la liaiiti; et suprùnic directii)n du iiadiscliali, iL'i^Msst'ut les alTaires intérieures et extérieures de la Tur<|uie.

Le conseil des ministres présidé par le (îraud- Vézir qui, aux yeux du uiusulnian, est au sultan ee que celui-ci est au Prophète, c'est-àdire que Son Altesse est l'ombre, le vicaire du padischah, comme ce dernier est le vicaire de Mahomet, l'omijuk di: Diki sur la terre.

Jusqu'à l'avènement du sultan Mahmoud, l'éntij^ique réformateur, les Grauds-Vézirs exerçaient un pouvoir tout-puissant et à peu près sans contr(!)le.

Le luxe de leur maison, la composition de leur maison correspondaient à ce pouvoir presque souverain.

Chacun des règnes qui ont succédé à celui de Mahmoud 11 semble avoir eu pour mission de diminuer le prestige et l'intluencedu graudvézirat.

Aujourtriiui ce poste n'a plus l'importance qu'il possédait et le Grand-Vézir actuel est un simple instrument, plus ou moins docile, entre les mains d'Abdul-Hamid.

Ce grand personnage n'est plus qu'un président du conseil des ministres, sans responsabilité.

On peut dire de lui, comme des souverains constitutionnels : il règne, mais ne gouverne pas.

Il ne faudrait pourtant pas conclure de ce qui précède, que le Grand-Vézir n'exerce aucune influence sur les décisions du souverain. Son influence est réelle, trop réelle, mais elle n'est plus ce qu'elle était au temps de la puissance ottomane.

Sous les ordres directs de ce premier représentant du sultan se trouve :

1° Le ministre des afl"aires étrangères (Kharidjic-JSuzarctî), dont le titulaire actuel est S. E. Saïd pacha.

Son ministère se compose du Divan impérial, ayant à sa tète S. E. Munir pacha, grand maître des cérémonies, premier drogman pour la langue française et introducteur des ambassadeurs ;

Le BUREAU DES CÉRÉMONIES ;

Le SOUS-SECRÉTARIAT d'état, dont le Mmtéchar *

1. Les Mustéchars correspondent à nos sous-secrétaires d'État.

Page 1