‹ La Turquie pittoresque: histoire, mœurs, descriptionChapitre 12 sur 16 · PRÉFACE. XVII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XVII

des bouches semblables à des grenades pleines de perles. — Les arabas, attelés de grands bœufs au pelage ai^enté, attendent à l'ombre ; les caïques amarrés à la berge, bercent le sommeil ou le kief des Caïdjis. — A chaque pas, ce sont des tableaux tout faits, auxquels il ne manque que le cadre ; coinme on regrette alors de n'être ni Decamps , ni Marilhat, ni Chacaton, et de n'avoir à son service, pour rendre ses impressions, au lieu, d'un pinceau aux mille nuances, qu'un bec de plume aride trempé dans une goutte d'encre bourbeuse! Et si, remontant plus haut, on descend en face de Thérapia, sur la rive asiatique, on assiste aux jeux des jeunes Grecques, dansant la romaïque, l'imagination se reporte à des souvenirs classiques devant ces proGls réguliers, ces formes de déesse copiées par Phidias et Gléomène, que nous autres, habitants déshérités des contrées du Nord, nous prenons pour le beau idéal, et qui ne sont que le type de la plus parfaite race humaine : mais qu'avons-nous besoin de retracer ici tous ces tableaux? souvenirs déjà lointains pour nous, quoique toujours vivants, loi-sfju'cn tournant ces feuilles on va les retrouver dessinés en détail , coloriés soigneusement, placés dans leur bordure, exacts, complets, avec les figures, les costumes, les mœurs, les particularités intéressantes, les usages étranges, les fêles, les cérémonies, toute la vie de l'Orient ayant pour fond les mosquées, les bazars, les kiosques, les konaks, les cafés, les cimetières, les rues, les places, les fontaines, les jardins, les villages, les bois de platanes et de cyprès. Nous n'essaierons donc pas de peindre cette population bigarrée et pittoresque de Turcs, de Grecs, d'Arméniens, d'Albanais,

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d'Arnautes, de Syriens, de Bulgares, de Circassiens, de Valaques, de Paiikares, qui fait de toute place de Gonstantinople la salle du bal masqué de Gustave; et nous mettrons seulement au bas de ces pages, puisqu'on nous en prie, notre nom de voyageur, pour attester la vérité du livre, et non pour le compléter. — Aux paresseux qui redoutent une traversée d'une dizaine de jours, ce volume servira de voyage en Turquie, et, après l'avoir lu, ils en sauront plus que nous qui n'avons pas dépassé l'entrée de la mer Noire, et dont le pied n'a foulé que quelques heures, sur la rive de Smyrne, cette terre où marchait le divin aveugle accompagnant sur sa lyre les récits de V Iliade et de VOdyssée.

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