‹ La Turquie pittoresque: histoire, mœurs, descriptionChapitre 3 sur 16 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

maison, s'enflait, se gprossissait, s'élargissait, et finissait par s'étaler en océan immense, présage infaillible de la prospérité de sa descendance. En effet, parti d'un apanage obscur de la Phrygie, le fleuve de l'Islam répand partout ses flots, inonde Byzance, et va battre les murs de Vienne : il y eut un moment où le Turc inspirait une profonde terreur à l'Europe, qu'il effrayait de son fanatisme, de sa barbarie et de ses façons sauvages de procéder à la guerre ; puis bientôt vint la décadence, l'amollissement; et les sultans, jadis si terribles, ne furent plus que de pâles fantômes créés ou détruits par les janissaires, et qu'on entrevoyait de loin, à travers le grillage doré du kiosque de la Sublime Porte, sous un dais de vermeil constellé de pierreries. Les autres nations avaient progressé, tandis que la Turquie était restée accroupie sur son divan, entêtée dans ses vieilles habitudes, et si le padischah signait encore ses firmans de l'étrier impérial, ce n'était plus qu'une vaine formule ; la bataille de Lépante, où Cervantes, le glorieux manchot, fut blessé, avait dès longtemps dissipé le prestige; le croissant s'était abaissé devant la croix ; l'Europe chrétienne n'avait plus rien à craindre. Mahmoud, le père d'Abdul-Medjid, comprit que la Turquie, pour tenir désormais son rang parmi les peuples civilisés et ne pas être, malgré son courage, à la merci de la première invasion, devait détruire les janissaires, ces prétoriens et ces strélilz toujours en révolte, et imposer les formés de la tactique militaire moderne à des troupes jusque-là plus braves que disciplinées. — Son œuvre rencontra les résistances les plus obstinées de la part du vieux parti turc, partisan des anciennes

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