‹ La Turquie pittoresque: histoire, mœurs, descriptionChapitre 6 sur 16 · PRÉFACE. XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XI

la vieille barbarie asiatique s'adoucit sur le sol plus humain de TEurope ; les fratricides politiques vonts'atténuant. Le meurtre même perd de sa férocité et ne se complaît plus, comme autrefois, dans les longues tortures; depuis longtemps la porte du sérail n'a plus sa garniture de têtes, et Ton ne rencontre plus du coin des carrefours des cadavres décapités avec leur sentence clouée sur là poitrine; le respect de la vie humaine vient même aux fauteurs du passé. Les lois se substituent peu à peu au caprice, et, contrairement à l'idée qu'on se fait du fanatisme musulman, nulle part la tolérance religieuse n'est plus largement pratiquée qu'àConstantinople, tous les cultes y ont leur église. — Les moines en costume circulent dans les rues, et nouémême nous avons assisté aux exercices* des derviches hurleurs de Scutari, en compagnie de deux pères capucins, et cela eh plein ramadan, bù les hallucinations du jeûne amènent un redoublement de ferveur. Les Turcs, quoique se croyant en possession de la vraie foi, n'ont pas d'aversion pour les religions difîérentes de là leur; ce qu'ils méprisent, ce sont les athées ou les idolâtres.' L^islamismë, débarrassé de son fatras de commentaires; à la grandeur austère et un peu nue du protestantisme; Allah règne seul dans sa terrible unité au fond d'un ciel solitaire, au-de^ùs des houris vertes, rouges et blanches, concession de l'âpre génie de Mahomet aux sensualités asiatiques \ c'est, en de^ hors du christianisme, la plus pure conception de Dieu. En parcourant les mosquées, il eèi impossible de ne pas être frappé de cette absence de toute image humaine et de cette ornementation géométrique composée de lignes brisées.

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