CARACTÈRES DU PROGRÈS POLITIQUE
vrer 'de mots et de rêveries, de se laisser aller à des impulsions épileptiformes ou à des rêveries de millénaires, croient que la méthode d'observation doit nous guider aussi bien en sociologie que dans les autres sciences. Si cette évocation déplaît à certains socialistes qui prétendent représenter le socialisme scientifique et se servir de la méthode historique, ce sera une preuve que s'ils invoquent cette méthode, il refusent de s'en servir.
Si nous l'appliquons à dégager le critérium qui distingue la régression sociale de l'évolution, nous constatons tout d'abord que, maintenant, nul n'ose plus placer l'Age d'or derrière nous. Et il ne s'agit pas, en ce moment, du point de vue matériel, quoique dans la discussion qui nous occupe actuellement, il ait bien son importance, mais des rapports sociaux.
Dans les programmes politiques des congrès que nous avons cités, nous voyons invoquer le droit de vote, le suffrage direct, la liberté de parole, de presse, et demander que la religion soit considérée comme une affaire privée : ce sont là autant de négations et de réprobations des états de civilisation par lesquels l'humanité a passé jusqu'à présent.
Non seulement dans les civilisations primitives, telles que celles dont nombre de peuplades australiennes, polynésiennes, africaines nous offrent encore le type, en nous permettant de retrouver, comme contemporains, certains de nos aïeux préhistoriques, mais dans les civilisations indoues, grecques, latines, nous voyons dans toutes les tribus constituées ; la domination omnipotente du chef de la famille, en comprenant dans ce mot les femmes, les enfants,
•ies parents de tous degrés el les esclaves. Il est la seule individualité qui existe dans la tribu, car seul il a le droit de commander; et cependant sa propre décision est subordonnée au culte dos morts, aux coutumes des ancêtres, aux ordres des dieux. En réalité, dans ce type de civilisation, personne ne peut penser par soi-même, agir par sa propre initiative, essayer de diriger sa vie comme il l'entend.
Quand les réunions de tribus ont constitué la Cité, que cette Cité soit gouvernée par une oligarchie, un conseil démocratique ou un tyran, aussi bien dans la libérale Athènes que dans Rome la patricienne, l'individu n'apas d'existence propre. A.ristote, comme Platon, n'en fait qu'une molécule passive. Le scepticisme à l'égard des dieux est puni par la ciguë de Socrate. La Cité est tout: et lorsque devenant l'Empire, Rome s'incarne dans un homme : Tu omnial « Tu es toutl » crie le Sénat en acclamant Probus; et comme héritiers de la même idée, nos légistes décernent cette omnipotence à Philippe le Bel. et Bossuet, au nom de l'Ecriture Sainte, àLouis XIV, si bien que le débonnaire Louis XVI, se figurant encore, à la veille de 1789, qu'il était le maître absolu de ses sujets, de leurs biens et de leurs destinées, disait à Malesherbes : — C'est légal parce que je le veux!
Dans toutes ces civilisations, nous constatons donc l'esclavage de la pensée, l'interdiction à l'individu d'avoir une doctrine qui ne fût pas orthodoxe. Et depuis quand en sommes-nous affranchis? il n'y a pas quinze ans, qu'en dépit des éditions multiples de Voltaire, c'était encore un grave délit de tourner en dérision un culte reconnu par l'Etat. A défaut de foi,