‹ La tyrannie socialisteChapitre 14 sur 119 · CARACTÈRES DU PROGRÈS POLITIQUE · texte numérisé non relu

CARACTÈRES DU PROGRÈS POLITIQUE

le respect était obligatoire. En Allemagne, il y a encore une religion d'Etat, Les programmes de Gotha et d'Erfurt demandent que le culte ne soit plus qu'une affaire privée. Pourquoi le mouvement de Luther est-il considéré comme progressiste, sinon parce qu'il a affranchi la conscience individuelle; parce qu'il a permis à l'individu de décider, dans un domaine plus étendu qu'auparavant, ce qu'il pouvait croire et ne pas croire? Qui donc oserait demander la résurrection de rinquisition, cette effroyable machine d'oppression qui faisait de chaque homme un suspect et lui demandait compte de ses intentions les plus secrètes? qui donc ne considère pas comme la plus épouvantable des tyrannies, l'obligation pour l'individu, sous les peines les plus atroces, de croire ce que lui ordonnait de croire un clergé appelant à son aide le bras séculier pour imposer sa domination?

Qu'est-ce que la liberté de conscience qui, après avoir coûté tant de glorieuses victimes, est devenue maintenant un principe incontestable dans la théorie^ quelques critiques que puisse en provoquer l'application, sinon la reconnaissance à tout individu du droit de décision personnelle?

Où sont donc les socialistes qui repoussent ce droit en matière religieuse ou philosophique? le repoussentils quand ils demandent la liberté de la presse et de la parole? Ils réclament, au contraire, non seulement pour chacun le droit de décider par soi-même ce qu'il doit croire ou ne pas croire, mais encore le droit de propager, par tous les moyens de publicité, ses affirmations et ses négations.

Ils réclament, et nous sommes de leur avis, qu'il n'y

ait plus d'orthodoxie ni d'hérésie en matière politique et sociale.

Qu'est-ce le droit de vote politique dont les programmes que nous avons cités demandent encore l'extension? C'est le droit pour chaque citoyen de décider par soi-même des destinées de son pays, tandis que ce droit était réservé autrefois exclusivement au chef de la tribu, et encore sous l'autorité des coutumes et des dieux, ou à une oligarchie, ou à un despote grec, au César Romain, au basileus de Byzance, au monarque de droit divin.

Et comme les socialistes français, du moins tant qu'ils ne sont pas les plus forts, proclament, comme leurs frères allemands, les libertés que nous venons d'énumérer, ils sont bien obligés d'admettre dans l'évolution politique, religieuse, intellectuelle de l'humanité, que le progrès se constate par Isl subsiituliou des décisions personnelles aux arrangements d'autorité.

CHilPITRE IV

Caractères du progrès social.

L'esclavage. — Absorption de la personnalité. — Le serf de corps et le serf abonné. — Obligations personnelles et obligations réelles. — L'idée de contrat tardive. — Le contrat d'après le Gode civil. — Spécification des services. — Liberté du travail.

— Respect de la liberté individuelle. — Sociétés commerciales.

— Séparation de l'homme et de la chose, — La société anonyme. — Caractères du contrat. — Substitution du contrat aux obligations imposées d'autorité.

En est-il donc autrement au point de vue du droit privé et au point de vue économique?

Dans les civilisations primitives, le travail est fait par la femme et par l'esclave, le plus fort se réservant la jouissance et imposant, sans conditions, l'efTort au plus faible. Un des signes les plus certains du progrès de l'évolution humaine est l'affranchissement de la femme de cet asservissement. Ce qui nous révolte dans l'esclavage, c'est qu'un homme appartient à un autre homme, sans qu'il puisse intervenir dans la direction de sa destinée. L'être tout entier est une pro-

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priété. Nulle distinction entre sa personnalité et les services qu'il peut rendre, les redevances auxquelles il peut êtresoumis.Et voiei les étapes du progrès : Après l'esclavage le servage, après le serf de corps^ le serf abonné, dont les obligations, au lieu d'être illimitées, sont déterminées et, au lieu d'être personnelles, s'appliquent à des services ou à des choses.

Cette distinction entre les obligations personnelles et les obligations réelles, établie déjà par le droit romain, est un des grands faits juridiques de l'humanité, quoi qu'en ait pu dire Bentham.

Dans l'ancien droit, pas de contrat, ni aucun mot qui y corresponde. Le père de famille ordonne : il ne délibère pas; pas de réciprocité de services débattus et convenus, avec une sanction pour l'exécution. Cependant nous trouvons le contrat chez des commerçants, comme les Athéniens ; et c'est le commerce qui en a fait le plus individualiste des peuples de l'antiquité. L'armateur du Pirée traite pour des marchandises, du vin, de l'huile, avec des étrangers. Il se décide par soi-même sans demander permission à son gouvernement. 11 fait des contrais et des contrats réels, pour des services déterminés, pour les choses spécifiées ; et sa personnalité reste en dehors.

A Rome, au fur et à mesure du développement du droite le contrat devient de plus en plus réel et de moins en moins personnel.

Hobbes, Grotius et ajjrès eux^, Rousseau croyaient que le contrat pouvait lier des personnes entre elles; qu'une personne pouvait aliéner une partie de son existence^ de ses jours, de son être à une autre et qu'une

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