‹ La tyrannie socialisteChapitre 42 sur 119 · L EXCES DE PRODUCTION · texte numérisé non relu

L EXCES DE PRODUCTION

surabonde donc pas, pour cette dame, ni pour ces jeunes filles, puisque leurs besoins dépassent leur puissance de les satisfaire. La production ne surabonderait que si chacun était si bien rassasié que personne n'eût plus rien à désirer : chimère évidente, car la capacité du désir est illimitée.

Le délégué. — Vous parlez de choses de luxe.

L'ÉCGxoMiSTE. — Tu appelles dulaxeplus de viande et plus de vin?,.. Mais crois-tu que les chaussettes soient du luxe pour les hommes?

Le DÉLÉGUÉ. — Elles sont considérées comme telles pour les militaires.

L'économiste. — Cela prouve que l'armée qui est cependant un si bel exemple d'organisation collectiviste... ne présente peut-être pas l'idéal du confort. Mais crois-tu que les bas soient du luxe pour les femmes? crois-tu que les mouchoirs de poche soient du superflu? Penses-tu que la chemise doive être reléguée parmi les objets inutiles?

Le DÉLÉGUÉ. — Parbleu! non.

L'ÉCONOMISTE. — Eh bien !]sur les 330 millions d'habitants qui peuplent l'Europe crois-tu que tous aient des mouchoirs de poche, des chaussettes, des bas, des chemises en quantité suffisante? Il y en a pour qui ces objets sont encore un luxe. Et sur les 110 à 120 millions d'habitants des deux Amériques, combien n'en usent pas encore! Si nous passons aux 200 millions d'habitants de l'Afrique, aux 800 millions de l'Asie, aux 40 millions de l'Océanie, nous constatons que sur les 1.500 millions d'êtres humains, en chiffres ronds, qui s'agitent sur la surface de la terre, il n'y en a pas 300millions,moinsd'un sur cinq, qui aient une nourri-

ture régulière, des vêtements et une habitation représentant ce qui est pour toi le minimum de confort indispensable î Et tu dis que la production surabonde quand la grande majorité de Thumanité est encore dans la misère la plus noire, et n'a ni chemises, ni bas, ni chaussettes, ni mouchoirs de poche !

Le délégdé, — Cependant les manufactures de Manchester sont encombrées. Celles de la Seine-Inférieure et des Vosges ne trouvent pas à écoulerleurs produits.

L'Économiste. — Pourquoi? parce que les gens qui ont besoin de ces produits n'ont pas de produits à livrer en e'change. Ce n'est pas le désir de consommer qui fait défaut,c'estle pouvoir de consomme/*. Et qu'est-ce que le pouvoir de consommer, sinon le pouvoir d'échanger des produits cantine d'autres produits Ce qui fait la pléthore des marchandises sur un point, ce n'est pas l'excès de production de cette marchandise, — pourvu qu'elle corresponde à un besoin, — c'est l'impossibilité pour ceux qui le voudraient, de se la procurer. Ce n'est pas de l'excès de production dont il faut se plaindre, mais de l'insuffisance de production qui empêche l'échange des équivalents.

En un mot, la pléthore de certains capitaux circulants sur un point ne provient pas de leur abondance, mais de la rareté de leurs équivalents, résultant soit du coût de la production de ceux-ci; soit des obstacles naturels, comme V espace ', artificiels, comme le protectionnisme et le fisc.

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