‹ La tyrannie socialisteChapitre 71 sur 119 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le travail servile et le travail libre.

Travail aux pièces. — Flétrissure. — Contradiction. — Ti-avail à la journée. — Apologie de Tapathie. — Le malthusianisme professionnel. — Union de destruction. — Le droit au vol. — Le vol au détriment du patron est une restitution.

Le congrès de Bruxelles dans sa séance du 22 août 1891, a flétri, dans les termes suivants, le travail aux pièces :

« Le congrès est d'avis que cet abominable système du surmenage est une conséquence du régime capitaliste, qui disparaîtra en même temps que celui-ci. II est du devoir des organisations ouvrières do tous les pays de s'opposer au développement de ce système. »

Le vœu a été voté à l'unanimité. Il a été renouvelé au congrès de Tours de 1892, et l'horreur du marchandage, ou travail à forfait, date assez loin pour que la loi du 9 septembre l<Si8 l'ait interdit.

Si nous n'étions pas habitués aux contradictions

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des socialistes, cette réclamation pourrait nous surprendre ; car elle est en contradiction avec le but final que les mêmes congrès poursuivent : <-< l'abolition du patronat et du salariat. » Qu'est-ce donc que le marchandage, sinon une première étape vers la substitution de l'entreprise au salaire ?

Les ouvriers qui marchandent un travail deviennent les maîtres de l'a'uvre qu'ils font. Ils gagnent plus ou moins, selon la justesse de leurs calculs ; ce sont des entrepreneurs qui ne sont plus des ouvriers astreints à la surveillance du patron ; ils ne relèvent plus que d'un seul contrôle : celui de la livraison de leur travail dans les conditionsdéterminées.llen est de même, à un moindre degré', pour le travail aux pièces.

Dans le travail à la journée, l'ouvrier est soumis à la surveillance incessante de l'employeur. C'est là que véritablement celui-ci est patron. Il a le droit de voir si l'ouvrier flâne ou travaille. Il a le droit de lui rappeler qu'il ne doit pas bâiller aux corneilles puisqu'il est payé pour s'occuper. Le travailleur à la journée est donc sous la direction personnelle et brutale de celui aux ordres de qui il se trouve. L'esclave non plus ne travaillait pas aux pièces. Il travaillait à la journée; et le fouet et le rotin du commandeur s'abattaient sur ses épaules, s'il flânait. Aujourd'hui, c'est le reproche injurieux qui peut atteindre l'ouvrier et, comme sanction définitive, le renvoi.

Avec le marchandage et le travail aux pièces, les travailleurs acquièrent l'indépendance qui résulte toujours pour l'homme delà substitution d'un contrat réel — visant la chose, l'objet — à un contrat personnel — ayant pour objet la personne.

De là, notre stupéfaction quand nous voyons des socialistes, des hommes qui prétendent avoir le plus haut souci de la dignité des travailleurs, proscrire la forme de travail qui l'assure et réclamer la forme de travail qui reste le vestige du travail servile, au moment même où ils réclament l'abolition du salariat.

Ils prouvent, par ces contradictions, combien ils se soucient peu de coordonner leurs revendications et combien ils sacrifient à des sentiments qui ne font pas grand honneur à ceux qu'ils prétendent défendre.

Parmi les travailleurs, ceux-là, qui réclament contre le marchandage et le travail aux pièces, considèrent, en général, qu'ils doivent en faire le moins possible, ne veulent pas « se fouler », sont des ouvriers médiocres au point de vue de l'habileté et de l'énergie et préfèrent à la partie d'aléa que contient toujours le marchandage ou le travail aux pièces, un salaire gagné tranquillement, doucement, avec le moins d'efforts possibles. Ils savent que le salaire à la journée est forcément plus faible que le salaire à la tâche, parce que le rendement est moindre^ le travailleur n'ayant pas son intérêt pour mobile d'action; mais ils préfèrent cette médiocrité à un salaire plus élevé. Cette réprobation du travail aux pièces, c'est l'apologie de l'apathie.

Les socialistes qui la demandent préfèrent plus de subordination et moins de gain à plus d'indépendance et plus de travail ; mais sont-ils bien venus ensuite à invoquer le titre de travailleurs? Et oîi mettent-ils donc leur dignité?

11 y a dans cette réclamation du travail à la journée la tendance naturelle de l'homme à la paresse, son

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