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CHAPITRE III

Le pouvoir exécutif et judiciaire 'et'^ les grèves.

^^lauvais état psychologique. — L"amnistie. — La grâce. — Intervention des ministres. — L'abstention des magistrats. — Les jurés. — La circulaire de M. Lozé. — La force-année. — C'est une provocation ! — Les patrouilles de Carmaux. — Faiblesse du gouvernement. — Mêmes faits pour la grève de la Taupe et du Grosménil. — Les ouvriers des manufactures de l'Etat. — Concessions.

La grève n'étant ni dans la conception ni dans le& actes des grévistes un fait économique d"offre et de demande, immédiatement quand une grève éclate, les patrons ont à craindre des violences sur leurs propriétésetleurspersonnes, lesnon-grévistes ontàcraindre pour leur sécurité ; les gendarmes, les fonctionnaires, les magistrats et les ministres redoutent de& troubles et la répercussion des divers événements qui peuvent se produire sur le Parlement. Si l'état psychologique et moral est mauvais du côté des grévistes, il est troublé chez ceux que la grève peut toucher plus ou moins indirectement.

LE POUVOIR EXECLTIF ET LES GREVES 213

Périodiquement, certains députés bienveillants s'empressent de demander l'amnistie « pour faits connexes à la grève » et d'autres députés, pas révolutionnaires du tout, s'y associent. Ils votent l'amnistie des assassins de Watrin et d'autres grévistes qui ont frappé et blessé des camarades. Par une singulière aberration, ils considèrent que la victime, c'est le coupable ; et ils sont pleins d'indulgence et même de tendresse pour lui. Le 28 octobre 1892 M. Terrier déposait une demande d'amnistie pour les faits de Carmauxqui réunissait 197 voix, dont quatre membres de la droite, contre 323. Le 26 juin 1893, M. Camille Dreyfus déposait une demande d'amnistie totale, qui réunissait 115 voix !

Beaucoup de ministres se figurent que leur devoir est d'intervenir dans les grèves. Par unelettre du9 juin 1886, M. Baïhaut invitait la compagnie de Decazeville à relever la prix de certains travaux de 1 fr. 90 à 2 fr.

Quand la police, la gendarmerie, les fonctionnaires et les magistrats voient intervenir un ministre en faveur des grévistes, ils savent que s'ils font acte de vigueur, ils risquent d'être sacrifiés. Ce n'est pas avec de pareils sentiments qu'on peut avoir de l'autorité pour agir.

Certains magistrat>, désapprouvant les lois de 1881 et de 1884, ont paru prendre le parti de ne plus appliquer aucune loi afin de préparer l'ordre avec du désordre. La circulaire confidentielle de M. Lozé du 2 avril 1888 est un monument qui constate cet état d'esprit.

?lfi LA TYRANNIE SOCIALISTE

Messieurs,

Je vous informe que le parquel n'a pas cru devoir donner suite à certains procès-verbaux dressés ces jours derniers contre des grévistes pour entrave à la liberté du travail.

Il estime que, par suite de l'abrogation de l'article 416 du Code pénal par la loi de 1884 sur les syndicats professionnels, les voies de fait de nature à entraver le libre exercice du travail ne sont punissables que si elles ont été directement exercées sur les personnes et que, par conséquent, ne peuvent être poursuivis ceux qui, comme la plupart des grévistes arrêtés ces jours-ci, se sont bornés à détruire des outils ou à renverser des tombereaux, sans avoir préalablement menacé ou frappé les ouvriers dont ils chercbaientà interrompre ainsi le travail.

Vous aurez donc, le cas échéant, à bien spécifier dans vos procès-verbaux, la nature des menaces ou voies de fait à la charge des grévistes contre lesquels vous verbaliserez et à faire ressortir, s'il y a lieu, que, par exemple, la destruction des outils a été précédée de menaces faites à l'ouvrier entre les mains duquel ils se trouvaient ou que le renversement d'un tombereau n'a eu lieu qu'après menaces ou voies de fait envers son conducteur.

Le pïcfet de police, LozÉ.

D'après cette théorie, les grévistes ne seraient pas de simples citoyens. Ils auraient le privilège de briser et de piller les objets appartenant à autrui.

Il est vrai que, le lendemain, M. Lozé adressait une autre circulaire ainsi conçue :

« Paris, 2 août, 7 h. soir.

« Monsieur le commissaire de police, « Veuillez considérer comme non avenue la circulaire confidentielle qui vous a été adressée le 31 juillet, à cinq

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