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LE POUVOIR EXÉCUTIF ET LES GRÈVES 2 I

qui avait proclamé la grève, c'était le général. En 1886, le maire de Decazeville, M. Cayrade avait renvoyé grossièrement les gendarmes au moment où M. Watrin fut assassiné, et le 10 octobre 1892, M. Duma}' ne trouvait rien de mieux, pour terminer la grève de Carmaux, que de demander le renvoi des troupes. Il trouvait quatre-vingts députés pour appuyer cette lumineuse idée.

Ainsi soutenus, les généraux, commandants, officiers, soldats requis pour cette besogne fatigante et ennuyeuse à tous les points de vue, doivent avec la patience recommandée par certain évangile, accepter les injures, les outrages et recevoir des projectiles variés sans protester.

Loin que cette faiblesse soit un moyen de prévenir les conflits graves, elle peut avoir les plus funestes conséquences; car il arrive toujours un moment où l'audace des manifestants, croissant en raison de la mansuétude qu'on leur témoigne, les troupes sont obligées de se dégager et de se défendre. Le meilleur moyen d'éviter TefFusion du sang, c'est d'habituer, par des ordres précis et formels, non dissimulés, les hommes qui se trouveraient en contact avec l'armée àlarespecter: et j'ajoute qu'au point de vue de notre dignité nationale nous ne devons admettre aucun fait qui soit de nature à affaiblir la considération à laquelle elle a droit, quand le gouvernement est forcé de faire appel à son intervention.

Depuis le 13 août 1893, des patrouilles de mineurs circulaient à Carmaux, ayant à leur tête M. Bnudin, député, qui, montrant un revolver aux gendarmes et aux soldats, les injuriait et les sommait de céder le

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pas aux grévistes. Elles hurlaient la Carmagnole, proféraient des menaces et avaient pour but d'empêcher toute tentative de reprise du travail. Au 10 octobre, M. Loubet, le président du Conseil, s'aperçoit que ces patrouilles ne représentent peut-être pas l'ordre et le préfet fait afficher un arrêté pour interdire « sur la voie publique de Carmaux,Blagc, Rosières et Saint-Benoit, toutes manifestations^ tous attroupements et rassemblements, réunions ou formations de groupes de nature à faire naître des conflits ou à entraver la circulation. » Y avait-il donc besoin d'un arrêté ? et les manifestations^ attroupements, etc., étaient-ils donc autorisés sur tous les autres points du territoire français, sauf les territoires des communes citées ? Et pourquoi cette interdiction, après cinquante-cinq jours de faiblesse, pour ne pas dire de connivence, pendant lesquels le ministre de l'Intérieur laissait, sans un seul démenti, publier des notes, des récits d'entrevues avec certains députés, dans lesquels il était affirmé « qu'il interviendrait en faveur des mineurs. » Et cet arrêté pris, fut-il appliqué ? M. Baudin cessa-t-il ses promenades ? Est-ce que les maires des communes désignées n'y répondirent pas par des injures et des outrages? Le ministre de l'Intérieur compléta sa politique de faiblesse et d'incohérence en acceptant l'arbitrage ; et ceux qui l'avaient sommé de l'accepter et à qui il avait subordonné toute sa politique pendant deux mois déchirèrent la sentence! C'était un châtiment mérité; car M. Loubet aurait dû savoir qu'un ministre doit non pas intervenir dans le conflit d'intérêts particuliers, mais maintenir l'ordre public par le respect delà loi.

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Malgré l'expérience si décisive de Carmaux, nous voyons M. Charles Dupuy suivre les mêmes procédés; pour la grève de la Taupe et du Grosménil (Haute- Loire), et le sous-préfet de Brioude, se met à la suite d'un délégué de la Bourse de Paris, M. Dufour, pour exiger que la Compagnie verse. une indemnité à deux ouvriers qu'elle avait renvoyés parce qu'ils avaient l'habitude de faire 20 ou 25 0/0 d'ouvrage en moins que leurs camarades ; que le travail ne soit repris que vingt-quatre heures après qu'il les aura replacés dans une mine voisine, et promettre que tous les grévistes condamnés pour faits de grèves seront mis en liberté (1).

Le gouvernement a des ouvriers dans les manufactures d'allumettes et de tabac. Ils reçoivent des pensiorfs de 600 francs pour les hommes, de 300 pour les femmes et divers avantages. Ils se sont mis en grève (20 mars 1893), pour demander une augmentation de salaires de 15 0/0, la suppression des punitions, le renvoi de certains contrôleurs. Le ministre des finances accepta l'augmentation demandée par les grévistes, mais maintint l'exclusion de Deroy qui s'était mis à la tète de la grève et qui était membre d'un syndicat, de sorte que si la loi Bovier-Lapierre eût été en vigueur, le ministre des finances eut du être condamné en police correctionnelle : et le 28, il finit par accepter la réintégration de Deroy, donnant ainsi l'exemple de la faiblesse à l'égard des prétentions et des exigences des grévistes !

Pendant que Deroy rentrait dans l'atelier, un direc-

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