LE POUVOIR EXÉCUTIF ET LES GRÈVES
heures du soir, les individus coupables d'enlèvement et de bris d'outils, ou ceux qui auraient renversé les chargements contenus dans des tombereaux, étant l'objet de poursuites judiciaires ».
Mais quelle autorité a une magistrature et une administration susceptibles de pareilles variations?
Certains magistrats appliquent le Code Pénal avec une douceur et une indulgence qui donnent toute latitude aux tyrans d'ateliers et de syndicats. Au mois de février 1883, sur vingt grévistes de Rive de Gier, inculpés d'entraves à la liberté du travail, avec menaces, coups, deux seulement furent retenus et condamnés à 25 francs d'amende et cependant ils avçiient frappé un vieillard de soixante-quatorze ans. Quelquefois ils vont jusqu'à des condamnations à quinze jours, vingt jours de prison; rarement ils dépassent quelques mois. Les courtes peines ne servent qu'à faire des récidivistes. Les longues peines seules sont efficaces au point de vue de la répression.
Lesmagislrats du ministère public vous répondent, plus ou moins ouvertement: — Si je prends laresponsabilité des poursuites, il ne peut en résulter que des désagréments pour moi, Je ne me sens pas soutenu, Je suis attaqué dans les journaux et au Parlement. Si j'obtiens une condamnation, on lui opposera l'amnistie; et si le gouvernement repousse l'amnistie, il promettra et il donnera de larges grâces. Pourquoi envoyer des gens en prison, si je suis obligé de les remettre en liberté et de leur faire des excuses? »
Il faut ajouter que les jurés n'encouragent pas les magistrats et se montrent parfois d'une faiblesse ({ui touche à la complicité.
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qui uvuil proclttun\ lu jîriNve. c'était lo général. Kû lS8r>, UMuaiie de DtH^r/ovilU'. M. Cavnule avait renvoyé grossiôiouient les gendarmes au niouuMit oCi M. Walrin fui assassiné, et le 10 oetobi^e 181)2, M. Duuiay ne trouvait rieiuU' niiouv. pour terniintM-Ui grève de Carn\au\, (luo do demander le renvoi de^ troupes. U trouvait quati-e-vingts députés pour appuyer cette lumineuse idée.
Ainsi soutenus, les généraux, commandants, otliciers, soldats requis pour cette besogne latigaiite et ennuyeuse à tous Us points de vue. doivent avec la patience recommandée par certain évangile, accepter les injures, les outrages et recevoir des projectiles variés sans protester.
Loin que cette faiblesse soit un nïoveii de prévenir les contlits graves, elle peut avoir les plus funestes conséquences; car il arrive toujours un moment où l'audace des manifestants, croissant en raison delà mansuétude qu'on leur témoigne, les troupes sont obligées de se dégager et de se défendre. Le meilleur moyen d'éviter Tertusion du sang, c'est d'habituer, par des ordres précis et formels, non dissimules, les l»ou>mes qui se trouveraient en contact avec l'arnu^e jilarespecter: et j'ajoute qu'au point de vue de noti-e dignité nationale nous ne devons adnuilre aucun fait qui soit de nature i\ atVaiblir la considération ji laquelle elle a droit, quand le gouveriuMuent est forcé de taire appel ù son intervention.
Depuis le 15 aoi"»! IS03, des patrouilles de nutunrs circulaient à Carmanx. ayant à leur tète M. lîaudin. député, qui, montrant un revolver aux gendarnies et aux soldats, les injuriait et les sommait de céder le
21 s LA TYRA^ME SOCIALISTE
Dans la réunion du 3 fjuin 1886, destinée à célébrer la grève de Decazeville, sous la présidence de M. Albert Goullé, alors évadé de prison et aujourd'hui collaborateur de M. Goblet à la Petite République Française, MM. Jules Guesde, Pablo Lafargue prononcèrent des discours où était invoqué « le fusil libérateurs» ; où ils disaient que le moyen de résoudre la question sociale était d'envoyer « les Rothschild, les d'àudiffret Pasquier, les Léon Say, à Mazas ou au mur! » Ils furent traduits devant la cour d'assises. M. Pablo Lafargue terminait sa défense en disant : « Quand nous serons le gouvernement, les financiers nous les exécuterons! » Le jury, en les acquittant, sembla approuver cette manière de voir.
Dans les affaires des explosions de dynamite, les jurés de Paris acquittent Chaumentin, Beala, la fille Soubiere, complices de Ravachol, et admettent les circonstances atténuantes pour cet aimable personnage : et ils ont semblé, depuis, continuer ces^ménagementsdans diverses circonstances.
Quand une grève éclate, des menaces de mort sont proférées ; une triste expérience prouve qu'il est utile de protéger les établissements industriels. Les incitations qui précèdent le 1" mai démontrent que la paix ne sera assurée, ce jour-là. que si les farceurs qui imposent le chômage, sont bien convaincus que la prudence est obligatoire. On est, dans ces diverses circonstances, obligé de recourir à l'armée. Aussitôt éclatent des protestations. A propos de la grève de Bessèges.M.de Lanessan accusait M. Goblet d'avoir commis « une provocation » en envoyant des troupes garder le ventilateur. A l'entendre, ce n'était pas Fournière