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CHAPITRE III

L’Anatoxine.

Tel était l'état du problème en 1923 : résolu, mais sans élégance. Par une voie singulièrement détournée, la bonne solution arrivait pourtant, et voici les étapes qu'elle eut à franchir.

Nicolle (de Paris) découvrit un phénomène curieux, la floculation des mélanges d’antigènes et d'anticorps. Il fit, en 1920, quatre communications à l'Institut Pasteur sur ce sujet, en collaboration avec Mme-Cesari et Debains.

En 1923 Ramon reprend la question au point de vue de la toxine et de l'antitoxine diphtérique. Il constate la floculation, et il peut préciser que pour des toxines fraiches, la floculation survient d’abord dans les tubes à essai où toxine et antitoxine fraiches se neutralisent exactement.

On dispose donc ainsi d’une méthode simple et sûre pour apprécier la toxicité des toxines fraiches. Mais si l’on suit la puissance toxique et le pouvoir floculant d’un bouillon de culture diphtérique, on constate que les 2 courbes, exactement superposables jusqu'au huitième jour, divergent à ce moment, le pouvoir toxique baissant lentement à la glacière, rapidement à l’étuve, tandis que le pouvoir floculant reste sensiblement identique à lui-même,

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De toutes les propriétés de la toxine diphtérique, la plus intéressante est évidemment le pouvoir antigène. Que devient-il, dans l’involution de cette toxine? Tombet-il comme le pouvoir toxique ? Reste-t-il stable comme le pouvoir floculant? C’est cette dernière éventualité qui se réalise, comme le démontre une nouvelle expérience de Ramon : des chevaux sont préparés par des doses de toxine, égales au point de vue de leur pouvoir floculant, inégales quant à leurs pouvoirs toxiques, car les unes sont fraîches, les autres vieillies par un séjour de deux semaines à l’étuve : les chevaux sont tous éga lement immunisés. Tous les sérums obtenus ont le mêmes qualités neutralisantes.

Mais alors, poussant les choses à l'extrême, il est possible de préparer une toxine diphtérique rendue complètement atoxique. La chance venant à point à l’aide du travail et de l’observation, Ramon trouve sur sa table de laboratoire le neutralisant si longtemps cherché de la toxine diphtérique. Alors que l’iode, le lugol employés jadis par Behring et Babès abimaient la toxine en bloc, atténuant la toxicité mais détruisant aussi le pouvoir antigène, Ramon s’aperçoit que le vulgaire formol du commerce à 35 % dont il ajoute un deux millièmes à ses bouillons pour les conserver hâte la disparition du pouvoir toxique de la toxine diphtérique sans diminuer — en ralentissant à peine — le pouvoir floculant. La toxicité disparaît encore plus vite si au formol on ajoute l’action vieillissante de la chaleur.

Ramon perfectionne l'expérience. Voiciune toxine dont un huit centième de centimètre cube tue en quatre jours le cobaye-type de 300 grammes. On l’additionne de 31)/1000 de formol et on la chauffe quelques jours à 40 degrés.

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Maintenant, 5.000 doses mortelles : soit 6 centimètres cubes sont devenues inoffensives pour le cobaye ; elles ne déterminent aucun trouble. Cependant le pouvoir floculant est intact et si ce que nous avons appris précédemment est exact, le pouvoir immunisant doit l'être aussi ; par conséquent le cobaye doit être immunisé.

En effet, Ramon injecte à une série de cobaye 4 centimètres cubes d’anatoxine : c’est le nom de la toxine traitée par le formol. Il attend quinze à dix-huit jours, et leur injecte 1, 2, 3 doses mortelles : les cobayes résistent. Un mois après la vaccination par l’anatoxine 50 à 100 doses mortelles ne les tuent pas. Bien mieux, une nouvelle injection de 1 centimètre cube d’anatoxine les rend capable de résister dix jours après à 1.000 ou même à plusieurs milliers de doses mortelles. Etil s’agit du cobaye, animal sensible entre tous à la toxine diphtérique, chez lequel réussir une vaccination par les mélanges TA constitue une curiosité de laboratoire.

Enfin, le cobaye ainsi traité est devenu réfractaire à l'inoculation de la diphtérie, et cela pour une longue période.

Chez le cheval, l’anatoxine se montre équivalente à la toxine pour la production du sérum. Ramon met même en évidence un fait curieux : si on reprend par la toxine un cheval traité par l’anatoxine, le pouvoir antitoxique de son sérum ne recommence à croître que lorsque l'injection de toxine est devenue égale ou supérieure (au point de vue de la floculation) à la dernière injection d'anatoxine.

« L’anatoxine se montre d'autant plus immunisante qu’elle exige pour floculer une plus grande quantité d’an-

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titoxine, et, à égalité qu’elle flocule plus rapidement .»

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