INTRODUCTION
L’admirable sérum antidiphtérique de Behring et de Boux ne constitue pourtant qu'un pis aller dans la lutte contre cette maladie, Il s’en faut que les résultats de la sérothérapie antidiphtérique soient pleinement satisfaisants, malgré l'immense progrès qu’ils ont apporté : si 1.40 personnes mouraient tous les ans à Paris de la diphtérie vers 1890, 150 en meurent encore à l’heure actuelle. Aux Etats-Unis, c'est 1/100 des décès soit 10.000 par an qui sont provoqués par elle, et ce chiffre représente le 1/10 de celui de la morbidité,
On voit donc l'intérét majeur de ce but : l'extinction de la diphtérie, intérét qui paraîtra encore plus grand lorsqu'on aura remarqué la résistance croissante du bacille diphtérique à la sérothérapie qui exige pour être efficace [des doses sans cesse accrues de sérum. Nous sommes fondés à craindre qu’un jour prochain, le sérum antidiphtérique devienne inefficace, comme cela s'est passé pour le sérum antiméningococcique.
On a pourtant réussi dans une certaine mesure la prophylaxie de la diphtérie par l'injection préventive de sérum, En cas d’épidémie ou bien dans les services hospitaliers, l'injection préventive de sérum pratiquée chez les sujets dont le Schick positif a révélé la sensibilité donne des résultats assez satisfaisants, et la méthode
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mérite d'être conservée pour la résistance instantanée qu’elle donne au bénéficiaire, mais il faut savoir que cette immunité artificielle dure à peine trois semaines, qu'elle est précaire — Blumenau a vu 5 % de diphtéries chez 348 personnes ainsi tractées — qu’enfin sa répétition expose aux fâcheux incidents de l’anaphylaxie.
Le champ reste donc ouvert aux chercheurs qui tentent de vacciner l’homme contre la diphtérie comme on vaccine le cheval. Cette immunisation est possible puisque le sérum des diphtériques guéris présente un pouvoir antitoxique, puisque même un certain nombre de sujets sont immunisés sans avoir été malades comme la réaction de Schick permet de le montrer facilement depuis 1913.
Peut-on réaliser cette vaccination à l’aide des corps microbiens comme dans les autres maladies infectieuses étudiées jusqu'alors ? Non : la diphtérie est une toxémie, non une septicémie, et les vaccinations microbiennes tentées à diverses reprises sur l’homme et sur les animaux demeurent inefficaces sauf dans les cas où l'emploi de bacilles atténués a réussi, grâce à de petites quantités de toxines mises en liberté.
I faut donc se servir de la toxine elle-même, Une difficulté surgit alors : l’extrôme toxicité de cette toxina chez l’homme, Trois façons de tourner l’obstable peuvent être envisagées.
Utiliser des doses extrêmement faibles et longuement répétées, Les résultats sont encourageants, mais purement de laboratoire.
Mettre le remède à côté du mal, l’antitoxine à côté de la toxine. Les résultats assez satisfaisants permettent les premières applications en grand.
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Supprimer la toxicité de la toxine. On pouvait craindre que le problème ainsi posé ne fut insoluble, et que toxicité et pouvoir antigènes, aspects indissociables de la toxine, ne s’en allassent de concert. Il n’en est rien : la toxine diphtérique présente une fonction toxique et une fonction antigène, comme un phénol une fonction acide et une fonction alcool, et on peut les saturer séparément : et c’est pourquoi la découverte — ou l'invention — de l’anatoxine par M. Ramon porte encore plus haut et plus loin dans le domaine de la biologie microbienne que dans celui de l'hygiène et de la prophylaxie.
Le laboratoire ayant répondu aux demandes de la clinique, celle-ci s'empare du nouveau produit et l’expérimente dans ses services hospitaliers. Trois années d’essais poursuivis par plusieurs chercheurs au premier rang desquels il faut placer M. Zœller ont établi l'activité de l’anatoxine, son innocuité, et ont permis de pénétrer très avant dans l'intelligence de la genèse de l’immunité dont on peut maintenant grâce à l’anatoxi réaction de Zœæller suivre pas à pas le développement.
L’expérimentation clinique ayant à son tour répondu aux demandes de l'hygiène sociale, l'heure de celle-ci est sonnée. Nous n'avons plus le droit de nommer des essais les applications vastes et quotidiennes qui se font maintenant dans l’armée et les écoles, ces deux grands foyers de la diphtérie. Non, dès maintenant, un accord unanime, si incroyable que cela puisse paraître en médecine, est fait sur la question et l’anatoxivaccination antidiphtérique a conquis droit de cité avec une rapidité sans précédent dans l’histoire. Elle doit cela à sa sécurité, à son efficacité et à son absence totale de dangers.
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Mais il est de l’homme de n'être jamais entièrement satisfait. Aussi dès à présent, cherche-t-on des perfectionnements à l’anatoxivaccination en la simplifiant encore, en accroissant et en accélérant la production d'antitoxine. De plus on peut envisager l'association d’autres vaccinations spécifiques, que l’on ferait simultanément.
Enfin ce n’est pas sortir de notre sujet que de signaler les adaptations de la méthode de vaccination par anatoxine à d'autres infections à toxines solubles, comme la dysenterie, le tétanos ou le botulisme, adaptations qui donnent déjà mieux que des promesses.