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M. Chantemesse l’employait dans son service hospitalier en 1899. Depuis, elle est entrée dans la pratique courante, d’abord à l'étranger après les travaux de Wright, de Wassermann, ete. C’est sur les troupes anglaises du Transvaal que la vaccination fut faite en grand pour la première fois, puis elle fut étendue à l’armée des Indes, et les Allemands s’en sont servis pour diminuer le nombre des cas de fièvre typhoïde parmi les soldats envoyés dans leurs colonies d'Afrique. Dans l’armée américaine, le nombre des vaccinés contre la fièvre typhoïde va sans cesse en augmentant.
Partout on a constaté une grande diminution de la maladie sur les vaccinés comparés aux non vaccinés, si bien qu’à la suite d'une discussion présente encore à tous les esprits, l'Académie de médecine conseillait l'usage de la vaccination à tous ceux qui sont particulièrement exposés à contracter la fièvre typhoïde. C'est le cas des troupes françaises en Algérie et au Maroc, aussi M. le Ministre de la Guerre, après avis de la Commission supérieure d’hygiène et d’épidémiologie militaires, a-t-il décidé que Les soldats qui le demanderaient seraient vaccinés contre la fièvre typhoïde. |
La vaccination antityphique a été appliquée à des dizaines de milliers d'individus à l’étranger et en France. Nous sommes donc renseignés sur son innocuité et sur son efficacité. Elle est reconnue comme un excellent moyen de diminuer la morbidité par la fièvre typhoïde. Nous n'avons donc pas à étudier la valeur de la méthode, elle est de notoriété publique. Nous devons seulement examiner si ceux qui sollicitent l’autorisation de débiter le vac-
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ein antityphique sont outillés pour le faire dans de bonnes conditions et si leurs produits sont de bonne qualité.
Nous avons visité à la Faculté de Médecine, les locaux où M. le professeur Chantemesse a installé sa fabrication. Une pièce spéciale du laboratoire d'hygiène est réservée à cet effet. Nous en avons examiné les agencements et l'outillage puis nous avons suivi les diverses phases de la : préparation et prélevé plusieurs échantillons du vaccin pour en faire l’étude. Le vaccin de M.le professeur Chantemesse consiste en une émulsion de bacilles typhiques tués par chauffage. Voici comment il est obtenu : sur la surface de gélose étalée depuis au moins quinze jours, dans des boîtes de Roux, on ensemence environ 5 centimètres cubes d’une culture de bacille typhique en bouillon vieille de vingt-quatre heures. L'identité du bacille et la pureté de la culture sont contrôlés. Les boîtes ensemencées sont portées à l’étuve à 37° pendant dix-huit heures. Après ce temps, la culture étant suffisante, on verse dans chaque boîte environ 5 centimètres cubes d’eau physiologique stérile et on détache la culture de la surface de la gélose en agitant. Le contenu des diverses boîtes est alors vidé avec les précautions nécessaires dans un flacon stérile, le tout est brassé et là purée microbienne est distribuée dans des tubes à essai stériles que l’on ferme ensuite à la lampe.
Un volume connu de cette purée microbienne est dilué dans un volume mesuré d’eau formolée et colorée en bleu, afin de pouvoir compter les bacilles comme on procède à la numération des globules rouges du sang. Les tubes fermés à la lampe sont alors portés dans un bain-
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marie à eau chauffée à 56°, ils y restent une heure pendant laquelle ils sont agités plusieurs fois.
La numération ayant fait connaître le nombre des bacilles contenus dans chaque centimètre cube de la purée microbienne, pour préparer le vaccin, il suffit d'ajouter à une quantité donnée de cette purée, la quantitée nécessaire d'eau physiologique pour que chaque centimètre cube de la dilution contienne un milliard deux cents millions de -bacilles. L'eau physiologique et stérilisée et contient 2 gr. 50 de crésol par litre. L'émulsion vaccinale est alorsidistribuée dans des flacons stérilisés de 20 centimètres cubes et de 10 centimètres cubes fermés par des bouchons de caoutghouc recouverts de capsules métalliques. Une étiquette indiquant le mode d'emploi, la date et le numéro de la préparation est collée sur chaque flacon. Les flacôns sont conservés au frais: ils doivent être utilisés dans un laps de temps ne dépassant pas trois mois à partir de leur préparation. ‘
Le vaccin antityphique du professeur Chantemesse a l'aspect d’un liquide légèrement louche, homogène ; examiné au microscope il ne contient que des bacilles tous semblables les uns aux autres, prenant bien la couleur et ne formant pas d’amas. Une dose très faible de sérum antityphique (1/10.000°) ajouté au vaccin y provoque rapidement la formation de petits flocons, formés par les
bacilles agglutinés. Les ensemencementssurdiversmilieux
sont restés stériles. L’injection répétée de fortes doses (1/4 de centimètre cube sous la peau de cobayes), n’a déterminé chez eux aucun trouble marqué. Plusieurs jours
après le sang de ces animaux contient encore des anti-
corps lyphiques qui se manifestent par les propriétés agglutinantes de leur sérum. Le vaccin du professeur Chantemesse ne contient donc aucun microbe étranger au bacille typhique, il est formé par une émulsion de corps de ce bacille en suspension dans un liquide stérile contenant un peu de crésol, Il est préparé dans des conditions satisfaisantes et il y a lieu d’en autoriser le débit, Les flacons porteront le numéro d'ordre et js date de la préparation, la date jusqu’à laquelle ce vaccin peut étre utilisé, indication de la dose d’antiseptique et celle du
nombre de bacilles correspondant à chaque centimètre cube.
Votre commission vous propose de répondre à M. le Ministre que rien ne s'oppose à l'autorisation sollicitée par M. le professeur Chantemesse,
Au cours de cette séance, Chantemesse prenait à son” tour la parole en ces termes :
« Tout d'abord, je rappelle ce que la plupart ‘d’entre vous savent déjà, que pour les distributions de sérum ou de vaccin antityphiques que j'ai faites depuis longtemps, je n'ai jamais touché un centime. Pourquoi je demande aujourd'hui l'autorisation de me conformer à la loi qui régit le débit à titre gratuit ou onéreux des sérums, vaccins, produits organiques, etc? en voici la raison. A plusieurs reprises depuis quelques mois, j'ai été pris & partie dans les journaux notamment par le président des Syndicats médicaux de a Seine, l'honorable D° Levassort, pour ce fait, disait-on, que de notoriété publique et J’avouant moi-même, je distribuais du vaccin antityphoide sans être pourvu de l'autorisation légale indispensable ;
que cette tolérance de la magistrature à mon égard faisait contraste avec la rigueur déployée à l'égard des autres médecins, dans des cas analogues ; et enfin que cette tolérance ne pouvait s'expliquer que par la prise en considération de ma robe rouge de professeur ou de mon titre de membre de l’Académie de médecine. fe fournissais, disait-on, l’occasion de constater qu’il y avait à l'égard de ceux qui ne se conformaient pas à la loi, deux poids et deux mesures.
Eh bien ! je demande aujourd’hui l'autorisation précisément pour éviter d’être appelé un jour devant les magistrats, puisque je déclare moi-même que la période de’xpérimentation du vaccin est terminée et que la période de l'emploi généralisé de cette prophylaxie est ouverte.
Vous me direz que je pourrais éviter une condamnation en cessant de distribuer du vaccin. Mais je me le demande sincèrement, est-ce que je puis agir ainsi. La découverte du vaccin antityphoïde inanimé a été faite en France il y a vingt-cinq ans. Après les discussions qui ont eu lieu ici même ou tout récemment à la Société de Biologie, je pense que votre religion est éclairée et que, malgré les dénégations, malgré les subtilités de littérature ou les défauts d'expériences, soi-disant de contrôle, dans lesquelles le déterminisme de nos propres expériences a été volontairement modifié, votre opinion .est faite. Sans doute on vaccine mieux aujourd’hui contre la typhoïde que nous le faisions il y a vingt-cinq ans, mais on vaccine par le même vaccin. Il n’y en a qu’un et c’est toujours le même. Naturellement en prenant un peu de prépara-
tion de M. X.. et un peu de la préparation de M. Y... on