‹ La Vaccination Contre Le Typhus Exanthématique: Par la Méthode de P. Durand et P. Giroud (Développement des Rickettsies dans le Poumon du Lapin)Chapitre 20 sur 55 · IV. — COMMENTAIRES · texte numérisé non relu

IV. — COMMENTAIRES

L'étude critique des différentes méthodes de vaccination que nous venons de passer en revue sommairement, a été entreprise successivement par Ch. Nicolle (1935) (71), tout récemment par Murgatroyd (1940) (72) et Dyer (1941) (10).

Tous les auteurs s'accordent à admettre que la vaccination par virus historique vivant, pur ou associé à l'injection de sérum immun, est trop dangereuse pour pouvoir être pratiquée.

Nicolle estime que « pour que l’inoculation laisse à sa suite une immunité, si légère soit-elle, il est nécessaire qu’il y ait eu infection, donc emploi de virus vivant », et que l’immunité conférée par virus tué déeroît rapidement. Mais il accorde dans le même travail que le vaccin de Weïgl « est la meilleure arme dont nous disposions actuellement contre Le typhus, bien que son efficacité ne soit pas durable ». ; :

Les partisans des vaccinations par virus vivants atténués, avec G. Parrot (33), estiment d'après une classification - peut-être trop rigoureuse d’ailleurs, que le typhus est à ranger parmi les affections pré-

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munisantes, c’est-à-dire que la résistance à une réinfection est due à ce que le germe ayant causé la première atteinte persiste encore dans l'organisme. Mais outre que la prémunition dans le typhus exanthématique n’est pas, au moins chez l’homme, absolument démontrée, il est encore moins prouvé que « l’état de prémunition » ne laisse pas à sa suite. un état d’immunité vraie. G. Blanc (74) explique par un « phénomène de préséance », le fait qu'un individu atteint de typhus murin, apparent ou non, ne puisse contracter ensuite une atteinte de typhus historique.

Les vaccinations par virus murin atténué présentent plusieurs difficultés. La conservation de ces vaccins est difficile et de courte durée. La difficulté de l’atténuation du virus est la principale. Zinsser estime même que le vaccin est soit virulent donc dangereux, soit tué donc peu actif étant donnée sa faible concentration en virus. Les auteurs français estiment que leurs méthodes ne sont pas dangereuses. Il y a lieu de remarquer cependant que ces méthodes n'ont été appliquées sans danger qu'à des populations qui, vivant dans des régions où le typhus est endémique, possèdent avant même la vaccination une immunité légère, atavique ou prétocement acquise, qui leur permet de supporter l’injection de virus vivant atténué. Mais qu'au contraire ces méthodes sont dangereuses à appliquer aux Européens ou aux populations américaines.

Aussi est-ce dans cet esprit que Laigret et R. Du-

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rand utilisent chez les Européens leur vaccin au cerveau de souris en 3 doses successives, la première de virus tué.

Signalons encore que Lépine et Bilfinger (1934) (75), sur des singes atteints de typhus murin expérimental dont le tissu réticulo-endothélial avait été bloqué par exposition au froid, parvinrent à infecter sur eux des poux dans la proportion de 100 %. De même Nicolle et Laigret, sur un sujet présentant une réaction fébrile après vaccination par leur méthode, constatent qu'il infecte les poux ; c’est pourquoi Danielopolu, émet des réserves quant au danger qu'il y aurait à introduire un virus murin en Europe. La décision de pratiquer en grand une vaccination par virus atténué demande donc mûre réflexion, ainsi que l’estime le Comité d'Experts réuni à ce sujet à la S.D.N. les 8-10 Février 1937 (78).

Il n’en reste pas moins vrai que les vaccins murins atténués, déjà appliqués sur une très grande échelle, sont certainement très efficaces et qu’ils ont rendu de précieux services en Afrique du Nord, en particulier au cours des épidémies de 1936-1937.

Les vaccins tués présentent eux aussi de réels inconvénients. Le virus tué a un pouvoir immunogène si limité en comparaison du virus vivant qu'il est nécessaire de parvenir à une récolte d’une concentration énorme. La méthode de Weigl y parvient. Elle a fait ses preuves, ainsi qu'il a été dit plus haut. Mais son rendement est si limité, en dépit du travail considérable qu’elle nécessite d’un personnel haute-

ment spécialisé, qu’elle n’est pas applicable en grand. Pour augmenter la production, on a réduit la richesse de la suspension. Aussi Lépine (1938) estime-t-il que l’immunité conférée par le vaccin de Weigl devient incertaine après 1 an.

Du point de vue du rendement industriel, on peut en dire autant, jusqu'à présent, des méthodes par culture sur tissus ou sur œuf: 4

Quant à la méthode de Zinsser et R. Castañeda, quoique produisant en grande abondance le virus muürin mexicain sur les rats irradiés, ellé est aussi peu active contre le typhus historique que la méthode de Weigl contre le typhus murin. L'immunisation par vaccins tués contre les fièvrés exanthématiques est en effet spécifique du virus emploÿé dans la préparation.

D'après Blanc, cette spécificité si stricte des vaccins tués porte même à croire que l’immunité homologue elle-même doit être faible, et qu'en tout cas il est nécessaire d'utiliser de fortes concentrations.

Malgré l’activité d’un vaccin tel que celui de Weigl, les auteurs partisans des vaccins vivants atténués se sont néanmoins efforcés de faire la preuve expérimentale de l’inactivité des vaccins tués. C'est ainsi que Noury (1938) (79) injecte quotidiennement au cobaye pendant r mois r cc. de suspension à 5 % de cerveau de cobaye typhique murin, en sérum physiologique phéniqué à'1 %. Mais cet organe est très pauvre en Rickettsies, et l’inoculation d'épreu-

ve, pratiquée par cet auteur aussitôt après la dernière injection vaccinale, n’a aucune valeur.

En résumé, ce qui importe pour la préparation d’un vaccin tué, c’est l'abondance de la récolte des Rickettsies, autant pour obtenir une concentration de virus élevée déterminant une solide immunité, que pour atteindre à une production importante de vaccin.

Seule la méthode de culture des Rickettsies sur poumons de lapin, que nous nous proposons d’étudier dans cette thèse, peut atteindre à ce double ob-

jectif.

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