L... Duré totale de la maladie : 16 jours, dont 8 jours
en plateau aux environs de 4o°. Petite rechute subfébrile entre le 17° et le 24° jour.
Voici encore deux cas de typhus survenus au laboratoire, sur deux sujets vaccinés par le vaccin de Weigl :
P... Vacciné au Weigl : 12 jours de fièvre au-dessus de 39°, avec un clocher à 40°3. Eruption discrète. Durée totale ‘ de là maladie : 14 jours. Convalescence traînante et pénible.
Mile Th... Vaccinée au Weigl : Début de la maladie deux jours après la 3° injection. La température oscille pendant : 13 jours entre 39° et 4o° et ne revient à la normale qu'au
L7/PJOUT.
Er 102 —
Tous les cas précédents nécessitèrent 2 à 3 mois de convalescence. Dans les observations qui suivent, que l’on pourra comparer aux précédentes, les sujets avaient au contraire été vaccinés par suspension formolée de poumon de lapin, et travaillaient quotidiennement au laboratoire, où ils manipulaient de ograndes quantités de poumons infectés.
Mme G... Durée totale de la maladie : 7 jours. Température maxima : 38°7. Pas d’éruption.
W... Employé aux inoculations et autopsies des animaux. Se plaignait de céphalées depuis 4 eu 5 jours. Durée totale de la maladie : 8 jours, dont 2 jours seulement au-dessus de 39°. Le malade se promène et va même à la piscine pendant les quatre premiers jours. Eruption très diserète au niveau “le l'abdomen, le 5° jour.
OBSERW ATION 8.
G... Employé aux autopsies et inoculations des animaux. Période prodromique de 10 jours marquée par de la fatigue générale. La maladie apparaît après deux courses successives de 8o km. à bicyclette, sans entraînement. Durée totale de, la maladie : ro jours, avec une poussée thermique vespéräle à 4o°2 le 7° jour. Eruption discrète apparue le 4° jour, assez persistante. Léger syndrome méningé.
Mile P... Fatiguée depuis quelques jours. La maladie ne dure que six jours et la fièvre ne dépasse 39° qu'à deux re-
prises. Eruption discrète, céphalées et légère raideur de la nuque.
OBSERVATION ro.
Mile T... Etat fébrile aux environs de 38° pendant 4 jours avec douleurs scapulaires. Pas d’éruption.
OBSERVATION x.
B... Employé aux autopsies et inoculations. Après une phase prodromique assez courte, période fébrile aux environs de 38°5, avec deux poussées thermiques au-dessus de 39°. Pas d’éruption.
S... Pratique quotidiennement les autopsies et les inoculations. Phase prodromique d’une quinzaine de jours marquée par des signes de sinusite frontale et quelques poussées fébriles à 38° ou 38°5 ; puis apparition d’un exanthème du type éruption alimentaire avec état fébrile moyen, suivi d’une deuxième éruption de type morbilliforme. Quelques jours plus tärd, le malade se rendant en convalescence à la campagne, fait une marche à pieds de 11 km. Dès le lendemain, élévation thermique à 39° pendant 4 jours et apparition de taches rosées assez nombreuses. Le malade n’est resté alité que deux
jours.
H... Employé aux autopsies et inoculations. Eprouve des ‘ céphalées depuis quelques ‘jours, puis li température s'élève à 38° ou 38°5 pendant 5 jours ; une seule poussée thermique à 395 le 4° jour, le malade ne s'étant päs encore alité jusque-
Jà. Apparition d’une éruption discrète.
Gu... Employé aux inoculations et autopsies des animaux. Céphalées pendant 5 ou 6 jours avant la maladie. Durée totale de la maladie : 12 jours ; le malade ne s’alite qu’au 5° jour. Lä température ne dépasse 39° que pendant 6 jours et atteint ho° durant 2 jours. Présence d’une éruption discrète les 6° et 7° jours.
Ch... Pratique les inoculations et les autopsies. Se sent abattu pendant quelques jours, puis présente 7 jours de fièvre aux environs de 38° ou 38°5. Pas d’éruption.
De l'examen de ces observations, on peut conclure que les atteintes du personnel vacciné étaient, dans l’ensemble, bénignes, que les caractères cliniques de la maladie n'auraient pas permis, le plus souvent, de porter le diagnostic de typhus si, par ailleurs, les contaminations massives auxquelles étaient soumis les sujets n'avaient pu y faire penser. La réaction de Weil-Félix n'était chez tous ces sujets que faiblement positive ou douteuse, et seule l’agglutination des Rickettsies vivantes ou formolées était un signe important en faveur du typhus. Par contre, la longueur de la phase prodromique, l’inconstance de l’éruption, sa discrétion et sa courte durée après une phase prééruptive plutôt écourtée, sont des arguments importants en faveur de l'efficacité du vaccin. La période fébrile était généralement écourtée
et, dans la majorité des cas, la température revenait à la normale environ trois jours après l’éruption ; quelles que fussent l’asthénie et les céphalées, même dans les cas les moins bénins, il n'y a jamais eu de typhus, et la plupart des atteintes ne nécessitaient que quelques jours de convalescence.
Aussi, R. Martin et ses collaborateurs concluentils que si le vaccin Durand-Giroud ne met pas absolument à l'abri des contaminations importantes, il donne toutefois une immunité suffisante pour que l'infection massive et répétée évolue comme une affection bénigne ; il est donc permis de penser qu'il peut protéger très efficacement contre les contaminations passagères et discrètes d’une épidémie.
2° En milieu épidémique
Le recul du temps manque encore, certes, pour apprécier d’une façon définitive la protection apportée par la vaccination ; il est regrettable que les difficultés actuelles des correspondances n’aident pas la documentation en cette matière. Nous pouvons néanmoins, à défaut d’une vaste statistique, apporter quelques. renseignements intéressants permettant de fonder de légitimes espoirs dans le vaccin mis au point par le Docteur Giroud à l'Institut Pasteur
de Paris.
Nous avons pu recueillir à la Direction du Service de Santé de Paris les renseignements suivants :
Stalag III A. — Dix cas dé typhus exanthématique se déclarent, dont un décès. La vaccination étant entreprise, on n'observe plus que :
— 1 cas de typhus sévère et 1 cas moyen après la première injection ;
— 1 cas de typhus moyen après la deuxième injection ;
— 1 cas de typhus bénin après la troisième injection ().
Stalag 1 B. — On observe 25 cas de typhus donc 6 décès (entre Novembre 1941 et fin Janvier 1942). Lä vaccination est entreprise dans ce camp :
— Vacein de Behring (à l’œuf) : 10 % des cas avec mortalité ;
— Vaccin de Weigl : pas de mortalité.
— Vaccin de Giroud : pas de cas de typhus après vaccination. |
Nous même, à l'Hôpital militaire Bégin avons pu recueillir de la bouche de prisonniers rapatriés les renseignements suivants :
Stalag IX A, —- Parmi les prisonniers français astreints à désinfecter les vêtements des prisonniers russes, 15 cas de ty-
phus graves se déclarent, dont 6 décès. A! la suite de cette
() N.B. — Cette observation ne signale pas au bout de combien de temps après la {roisième injection est apparu ce cas de {yphus.
épidémie, le personnel affecté à cette besogne fut vacciné par le vaccin de P, Giroud : aucun cas de typhus ne se serait déclaré par la suite,
On a pu remarquer enfin, d’après les renseignements parvenus à la Direction du Service de Santé, qu'alors que 5oo cas de typhus environ, dont plus de 100 décès, s'étaient déclarés dans les camps de prisonniers en Allemagne entre Novembre 1941 et Février 1942, le nombre des cas a diminué très notablement à partir de cette époque, qui marque habituellement une recrudescence des épidémies. L’envoi, entre Décembre 1941 et Mai 1942, de plus de 45.000 doses de vaccin dans les camps d'Allemagne n'est sans doute pas étranger à cette heureuse interruption de l'épidémie.
Du Service Médical du Chemin de Fer Méditerranée-Niger, M. le Docteur P. Giroud a obtenu les renseignements suivants :
Le vaccin a été utilisé comme suit : 400 doses à Oudjda, 200 doses à Bou-Arfa, 200 doses à Colombh-Béchar, 100 doses à Kénadza.
Aucune réaction appréciable à signaler. Aucun cas de typhus chez les vaccinés (il est vrai que l'épidémie commençait à décroître). II y avait eu 4 cäs européens, et 103 cas indigènes dont 1 décès, pour un effectif de 2.200 Européens et 3.400 Indigènes, uniquement pour Colomb-Béchar. Les indioènes étaient presque tous vaccinés au vaegin yivant.
L'opinion des médecins militaires d'ici est formelle. Le
Médecin-Capitaine V... de Colomb-Béchar a vacciné ici au vaccin vivant : à signaler chez lui r cas de typhus, sa propre infirmière affectée au service des typhiques. Le Médecin- Lieutenant B.. de Kénadza signale dans un rapport sur 57 typhiques indigènes, 54 vaccinés au vaccin vivant, avec 12 % de mortalité,
Ces quelques exemples, venant à la suite de tous les critères expérimentaux utilisés par P. Giroud et R. Panthier, confirment donc très sérieusement la valeur de leur vaccin. Ils justifient l'intérêt que le Service de Santé attache à sa production, ainsi que la création nouvellement entreprise de deux nouveaux centres de production de ce vaccin.
D) ADAPTATION POSSIBLE DE CETTE MÉTHODE DE VACCINATION AUX AUTRES FIÈVRES EXANTHÉMATIQUES
P. Durand, P. Giroud et H. Sparrow (85) ont montré dès 1940 qu'il était possible d'obtenir un développement abondant des Rickettsies de la fièvre pourprée des Montagnes Rocheuses dans le poumon du lapin, alors pourtant que la méthode d’abaissement de la résistance de cet animal n'avait pas encore été mise au point.
Ces auteurs inoculent à la souris par voie respiratoire un broyat de vaginale de cobayes infecté de virus pourpré ou un broyat de tiques infectées.
La maladie et les lésions de la souris rappellent en tous points celles qui sont produites par le virus historique ou le virus murin, la mort se produisant en 3 à 5 jours dès le premier passage.
L'inoculation intra-trachéale au lapin, de broyat de poumon hépatisé de souris, produit la mort en hypothermie le 4° jour. Le poumon présente une hépatisation lardacée avec de très nombreuses Rickettsies. l P. Durand et H. Sparrow en 1940 (84) purent de même, au cours de leurs premiers essais, inoculer le virus boutonneux par voie respiratoire à la souris et au mérion. Il est vraisemblable que le lapin aurait avec ce virus une maladie et des lésions aussi marquées qu'avec les autres virus typhiques.
Il serait donc certainement possible d'obtenir par l’emploi du poumon de lapin des suspensions formolées riches en Rickettsies aussi bien avec les virus pourpré ou boutonneux qu'avec les virus historique ou murin, et par suite de préparer ainsi en grande quantité, si la nécessité venait à s’en manifester, un vaccin contre la fièvre pourprée ou la fièvre boutonneuse.