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SOUS-CUTANÉE DE « BCG

1" Les réactions tuberculiniques chez les animaux vaccin

A maintes reprises, au cours de nos précédentes recherches, nous avions été frappés de la rapidité avec laquelle cessaient de réagir à la tuberculine nos animaux vaccinés par voie intraveineuse, alors même que ceux-ci restaient parfaitement tolérants (jusqu'au maximum de dix-huit mois) vis-à-vis des bacilles virulents, également introduits par voie intraveineuse ou absorbés par cohabitation étroite et continue avec des bovidés tuberculeux.

Xous pensions alors que cette tolérance devait être liée à la présence des bacilles avirulents dans l'organisme et qu'elle cessait lorsque l'élimination de ces bacilles par les voies normales d'excrétion (glande hépatique, intestin el glandes mammaires) était achevée.

S'il en était ainsi, on devait essayer de prolonger cette période • d'imprégnation vaccinale en introduisant les bacilles avirulents non plus dans les veines, mais sous la peau, — procédé d'ailleurs plus simple et plus pratique, moins aléatoire aussi, chez le veau, que l'absorption par

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les voies digestives, — et en renouvelant l'injection souseutanée tous les ans, puisqu'elle est inoffensive.

C'est ce que nous avons tenté en 1921 par l'expérience suivante (1) :

Expérience. — Seize génisses bretonnes âgées de sept à huit mois, indemnes de tuberculose, sont divisées en deux lots : huit d'entre elles reçoivent l'inoculation vaccinale dans les veines, les huit autres la reçoivent sous la peau du fanon.

Les épreuves à la tuberculine sont pratiquées, pour tous les animaux de chaque lot, deux mois et six mois après l'inoculation. Elles donnent les résultats que voici :

Premier lot : Inoculation vaccinale pratiquée dans les veines

TUBERCULINATION :

Après 2 mois Après 6 mois

Réaction positive.. . 3 0

Réaction douteuse 1 0

Réaction négative 4 8

Deuxième lot : Inoculation vaccinale pratiquée sous la peau du fanon

TUBERCULINATION :

Après 2 mois Après 6 mois

Réaction positive 8 5

Réaction douteuse 0 3

Réaction négative 0 0

La constatation est nette : les animaux vaccinés par inoculation sous la peau conservent la faculté de réagir positivement à la tuberculine plus longtemps que les animaux vaccinés dans les veines.

Nous avons de multiples raisons d'admettre que cette persistance de la sensibilité à la tuberculine est corrélative de la vie symbiotique du bacille tuberculeux avec les éléments cellulaires, non point fixes, mais fixés.

De cette vie symbiotique résulte un complexe cellulaire, analogue au lichen qui est le produit de la symbiose d'une

(1) Annales de l'Institut Pasteur, 38, mai 1924.

ÉTUDE EXPÉRIMENTALE "•l

algue et d'un champignon. Lorsque ce complexe est réalisé, et tant qu'il subsiste, tant qu'il échappe aux actions défensives phagocytaires, l'organisme dont il est le parasite réagit d'une façon caractéristique vis-à- vis de nouveaux apports de tuberculine ou de bacilles : c'est ce que nous appelons le « phénomène de Koch », parce que son observation a conduit Robert Koch à la découverte de la tuberculine.

Il apparaît donc que la résistance aux infections ou aux réinfections tuberculeuses — résistance naturelle ou artificiellement provoquée — doive se traduire, comme l'infection elle-même, par la sensibilité à la tuberculine.

Par suite, la réaction tuberculinique positive ne peut plus être considérée comme un critérium d'infection. Elle est bien plutôt, chez les bovidés comme chez l'homme, un critérium d'immunité. Elle révèle seulement l'existence, quelque part dans l'organisme qui réagit, d'un foyer actif ou latent, récent ou ancien, de rie symbiotique d'un bacille, virulent ou non virulent, avec quelque cellule lymphaliqui . macro pliage ou cellule géante.

De ce fait, elle perd définitivement, sinon tout intérêt, un moins toute importance diagnostique, puisque le jour où tous les sujets, hommes ou animaux sensibles à la tuberculose, seront, dans un but de prophylaxie, artificiellement imprégnés de bacilles avirulents, il pourra leur arriver de réagir de la même manière que les sujets infectés.

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2" .Sort des bacilles-vaccins introduits sous la peau

Si l'on injecte à un bovidé indemne de tuberculose, sous la peau du fanon, une dose faible de bacilles-vaccins, telle que 2 mgr. 5, on n'observe aucune réaction locale autour du point inoculé et, à aucun moment, dans la suite, ranimai ne réagit à V épreuve de la tuberculine. Cette dose est insuffisante pour lui conférer une résistance appréciable à l'infection ultérieure par injection intraveineuse de bacilles virulents.

Par contre, si la quantité de bacilles-vaccins injectée est plus considérable, de 50 à 100 milligrammes, il se produit presque immédiatement une lésion locale sur l'évolution et la persistance de laquelle nous reviendrons plus loin.

Cette lésion n'a aucune tendance à suppurer, et elle finit le plus souvent par disparaître sans laisser de traces.

Pourtant une génisse, qui avait ainsi reçu dans le fanon 50 milligrammes de bacilles-vaccins et qui, dix mois plus tard, fournit une intradermo-réaction positive, conservait autour du point inoculé une lésion d'allure kystique, grosse comme un œuf de pigeon, légèrement fluctuante et flottant librement dans le tissu cellulaire conjonctif. Une ponction à la seringue, après rasage de la peau, permit d'en retirer environ 1 ce. 1/2 de liquide séreux, faiblement opalescent, ne renfermant aucun leucocyte, mais riche en bacilles granuleux imparfaitement colorables au Ziehl. Une partie de ce liquide, dilué dans 2 centimètres cubes d'eau stérile, est inoculé sous la peau de la cuisse à quatre cobayes. Les quatre cobayes sont restés indemnes de toute lésion locale ou ganglionnaire. Sacrifiés trois mois plus tard, ils furent trouvés parfaitement sains.

Retenons pour l'instant que cette inoculation massive de bacilles-vaccins est immédiatement, et reste idtérieurement, inoffensive.

Il nous a paru intéressant de rechercher si des bacilles tuberculeux virulents, placés dans les mêmes conditions,

c'est-à-dire soustraits à l'action directe des leucocytes, subissaient la même dégradation.

Nous savons déjà que de tels bacilles, enfermés dans des sacs de collodion dont l'étanchéité doit être absolue, et placés dans le péritoine de lapins, non seulement ne se multiplient pas, mais cessent après quelques mois d'être inoculables. Pour réaliser l'expérience chez le bœuf, nous avons chargé, sous le vide, des billes de pierre ponce de 10 millimètres de diamètre, d'une émulsion concentrée de bacilles bovins virulents. La charge retenue par une bille était de 2 mgr. 5 de bacilles.

Après incision de la peau du fanon d'un bovidé neuf et dilacération du tissu conjonctif sous-cutané à l'aide de la canule d'un gros trocart, une bille ainsi chargée a été refoulée profondément sous la peau, par la lumière de la canule. La plaie opératoire, scellée par des agrafes de Michel, s'est cicatrisée par première intention. On percevait facilement le corps étranger mobile dans le tissu conjonctif et, autour de lui, une faible réaction cellulaire.

A aucun moment, c'est-à-dire après un, trois et six mois, l'animal n'a réagi à la tuberculine.

Six mois après l'insertion de la bille, celle-ci fut enlevée très aisément par une incision simple à son niveau. Elle n'était retenue que par quelques faibles adhérences conjonctives. L^ne coque continue, d'à peine 1 millimètre d'épaisseur, l'entourait, exactement appliquée à sa surface, sans interposition de liquide. Le raclage de la face interne de cette capsule ne montrait aucun leucocyte. La bille fut écrasée et triturée au mortier d'agate dans 5 centimètres cubes d'eau physiologique. Le produit de cette trituration montrait au microscope un nombre considérable de bacilles dont beaucoup était granuleux, mais faciles à colorer par le Ziehl. Injecté sous la peau de quatre cobayes, il lai<>a ces animaux indemnes.

Quant au bovidé porteur de cette bille, il fut inoculé, le jour même de l'enlèvement de celle-ci, avec 5 milligrammes de bacilles virulents, par voie intraveineuse. Il succomba

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cinquante-huit jours après à une granulie pulmonaire aiguë, n'ayant, par conséquent, acquis aucune résistance.

C'est donc que, dans les conditions de cette expérience, aucune symbiose ne s'était établie entre les bacilles et les cellules, de sorte que le « phénomène de Koch », traduisant la résistance aux réinfections, ne pouvait pas se manifester.

Nous avons pu constater d'ailleurs que, même chez le cobaye, la mise en évidence de ce « phénomène » est corrélative de la dose de bacilles de réinfection :

Expérience. — Quatre cobayes reçoivent sous la peau de la cuisse droite 0 mgr. 1 de bacilles virulents (pesés à l'état frais). Dix-huit jours plus tard, alors que la lésion locale évolue, ils reçoivent, en même temps que quatre témoins, sous la peau de la cuisse gauche, 0 mgr. 02 des mêmes bacilles. Trente jours après cette inoculation, alors que les témoins présentent tous le ganglion inguinal caractéristique, dur et mobile, aucun des quatre cobayes réinfectés avec cette faible dose n'a présenté de lésion locale nécrotique. La peau, autour du point inoculé, reste souple, sans trace d'infiltration sous-jacente, et les ganglions inguinaux sont imperceptibles.

Dans de pareilles conditions, les bacilles de .réinfection sont donc fort bien tolérés.

Par contre, si la dose de bacilles réinjectés est sensiblement égale ou plus grande que celle qui a réalisé la première infection, l'organisme tuberculeux ne les supporte pas. Il s'en débarrasse par la formation rapide d'un abcès qui se vide bientôt à l'extérieur, puis se cicatrise. C'est alors le phénomène de Koch typique, tel qu'on l'observe chez les bovidés réagissant à la tuberculine auxquels on injecte, sous la peau, une forte dose de bacilles, même peu virulents.

Il arrive sans doute souvent que des bovidés réagissant à la tuberculine, spontanément contaminés, offrent une résistance considérable aux réinfections, même massives. Nous en trouvons un remarquable exemple dans l'expérience que voici :

Expérienx'e. — En 1922, nous possédions une génisse de quatre ans en excellent état d'embonpoint, qui réagissait depuis deux ans à l'épreuve tuberculinique renouvelée tous les six mois et que nous avions maintenue pendant tout ce long délai complètement isolée de toute contamination de voisinage.

La guérison spontanée ne s'étant donc pas produite, nous lui inoculons, dans la veine jugulaire, 5 milligrammes de bacilles bovins virulents, dose qui produit constamment une tuberculose aiguë mortelle dans le délai maximum de soixante jours.

Dès la neuvième heure après l'inoculation, la température monte à 41° 5 et l'animal est pris de tremblements avec violents accès de toux. La fièvre reste élevée pendant six jours, mais diminue peu à peu, et tout rentre dans l'ordre. L'appétit et l'embonpoint se maintiennent. Quatre mois après, la génisse est abattue. On trouve, à l'autopsie, sept nodules tuberculeux, gros comme des grains de millet, dans un ganglion trachéobronchique, et un tubarcule caséo-calcaire, de la grosseur d'un grain de chènevis, à l'extrémité antérieure du poumon droit.

Les organes de la cavité splanchnique sont indemnes. On prélève avec des instruments stériles un des ganglions mésojéjunaux, un des ganglions en bordure de l'artère colique, le ganglion de la valvule iléocaecale et un ganglion hépatique. Tous ces ganglions, d'aspect et de volume normaux, sont triturés séparément et leur suc exprimé et injecté sous la peau de seize cobayes (quatre pour chaque ganglion). LTn mois après, tous ces cobayes sans exception sont porteurs de l'adénite spécifique et la moitié d'entre eux ont des lésions d'inoculation suppurées.

Il est évident que, chez notre génisse, ce sont les petits tubercules de son ganglion trachéo-bronchique et de son poumon droit qui la sensibilisaient à la tuberculine, et il est fort probable que ce sont les bacilles de réinfection, si aisément tolérés par elle, que nous avons retrouvés dans les ganglions, en apparence sains, de sa cavité splanchnique. Mais, ce que nous voulons surtout retenir de cette observation, c'est que notre génisse, atteinte de lésions bénignes de tuberculose depuis plus de deux ans, s'est montrée capable de supporter, sans que sa maladie soit aggravée, une réinfection artificielle par plus de deux cents millions de bacilles de grande virulence.

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3° Expériences de vaccination des bovidés par inoculation sous-cutanee massive de bcg.

L'examen critique des faits qui précèdent, ainsi que les résultats des multiples essais réalisés par nous, et dont il serait trop long de relater tous les détails, nous ayant montré les avantages manifestes de la vaccination par voie sous-cutanée, en un seul temps, par une dose massive de notre bacille avirulent, non tuberculigène (BCG), nous avons réalisé, de 1919 à 1924, la série d'expériences que voici :

Protocole. — Vingt génisses bretonnes de sept à huit mois, indemnes de tuberculose, sont réparties en deux lots :

Douze sont vaccinées et hait, maintenues dans les mêmes conditions, servent de témoins.

Les douze génisses du premier lot, numérotées de 1 à 12, sont divisées en six groupes de deux animaux (1-2, 3-4, 5-6, etc., etc.). Chaque groupe occupe un box isolé du suivant.

Les numéros impairs reçoivent, dans la profondeur du tissu conjonctif du fanon, une seule inoculation de 100 milligrammes de BCG émulsionnés dans 10 centimètres cubes d 'eau physiologique.

Les numéros pairs sont inoculés de la même manière, mais avec 50 milligrammes de BCG dans 10 centimètres cubes d'eau physiologique.

Nous décidons qu'un témoin sera affecté à chacun de ces six groupes et que l'inoculation virulente d'épreuve sera faite aux animaux de chacun de ces groupes, respectivement un, trois, six, douze, quinze et dix-huit mois après la vaccination, en même temps qu'à son témoin.

K TUBE EXPÉR IMEN T. 1 LE *">

a) Réaction des animaux

à l'inoculation vaccinait

Elle fut la même avec 50 et 100 milligrammes.

1° Réaction locale. — Vingt -quatre heures après l'inoculation, on constate, clans le tissu conjonctif, l'existence d'une masse œdémateuse molle, grosse comme une noix ou un œuf de poule. Les jours suivants, cette masse se densifie, devient dure, lisse, mobile. Chez quelques animaux (deux sur douze), un œdème de nouvelle formation réapparaît du treizième au dix-huitième jour et semble empâter la petite tumeur ; puis tout rentre dans l'ordre. Cette lésion n'a aucune tendance à suppurer.

Un de nos vaccinés (n° 10) mort, vingt-cinq jours après l'inoculation, de gastrite ulcéreuse, nous a permis d'étudier la structure de la tumeur à ce moment. C'était une masse dure comme du caoutchouc, longue de 5 centimètres, épaisse de 2, formée de tissu fibreux, larda ce, emprisonnant des îlots de nécrose de couleur jaune d'or mat, ressemblant à s'y méprendre à de vieilles lésions tuberculeuses d'un ganglion. Ces îlots sont entourés chacun d'une coque résistante dont le contenu, qui s'énuclée facilement, contient un nombre considérable de corps bacillaires assez mal colorables.

La lésion vaccinale, ainsi constituée sous la peau, diminue lentement de volume. Elle reste perceptible au sixième mois et tend à disparaître du dixième au dix-huitième. Elle est toujours indolore.

2° Réaction générale. — La plupart de nos animaux (neuf sur douze) n'ont présenté aucune élévation de température, aucun trouble de la santé ni de l'appétit. Chez 25 % d'entre eux (trois sur douze), nous avons constaté, du quinzième au dix-huitième jour, une poussée fébrile assez forte (de 38°6 à 40°5) s 'accompagnant de tristesse et

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d'anorexie. La fièvre dure cinq ou six jours, puis disparaît, et l'état général redevient excellent (fig. 1). Cette hyperthermie tardive rappelle exactement ce que nous constations lors de nos essais de vaccination par voie intraveineuse. Elle résulte sans doute d'une septicémie bacillaire consécutive au passage d'un plus ou moins grand nombre de corps microbiens dans la circulation sanguine.

3° Réaction tuberculinique. — Nous avons jugé préfé-

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