‹ La vaccination préventive contre la tuberculose par le "BCG,"Chapitre 17 sur 116 · AVEC DES BOVINS TUBERCULEUX · texte numérisé non relu

AVEC DES BOVINS TUBERCULEUX

Ces expériences, commencées le 21 novembre 1912, ont dû être interrompues en août 1915 par la guerre. Néanmoins, elles ont fourni des indications qui nous furent précieuses (2).

Elles ont porté sur dix génisses bretonnes âgées de neuf à dix mois, ne réagissant pas à la tuberculine, donc pouvant être considérées comme probablement indemnes de tuberculose. Quatre ont été réservées comme témoins. Les six autres reçurent, dans la veine jugulaire, une unique injection vaccinale de 20 milligrammes de bacilles d'origine bovine, provenant d'une culture de soixante-dixième passage sur pomme de terre biliée et âgée de deux semaines. Le même jour, ces génisses furent placées, ainsi que les quatre témoins, dans une étable spécialement aménagée pour favoriser la contamination naturelle et déjà habitée depuis deux mois par cinq vaches adultes tuberculeuses.

(1) Ce mot a été proposé en 1924 par Edm. Sergent et Donatien pour désigner l'état d 'infestation protectrice qu'on réalise dans certaines maladies dues à des protozoaires (piroplasmoses bovines en particulier).

(2) Annales de l'Institut Pasteur, 34, sept. 1920, p. 553.

LE « BCG 4)

Afin d'assurer la contamination, les vaches tuberculeuses, soumises à un changement de place hebdomadaire,

Etable disposée pour r'infection tuberculeuse expérimentale par cohabitation.

étaient attachées, comme le montre le croquis ci-dessus, immédiatement en avant de la rangée des génisses en expé-

ÉTUDE EXPÉBIMEXTALE 75

rience. Le sol incliné de l'étable était disposé de telle sorte que les déjections des vaches tuberculeuses, entraînées par l'urine, souillaient constamment la litière et les aliments disposés dans une auge commune, sur toute la longueur du rang des génisses.

L'effectif des cinq vaches infectantes fut toujours maintenu au complet pendant les trente-quatre mois que dura l'expérience, ce qui, en raison des morts qui se produisirent, nécessita le passage de dix vaches présentant des signes extérieurs de tuberculose. L'autopsie révéla chez huit d'entre elles l'existence d'une tuberculose avancée ; chez les deux autres, on ne trouva qu'une tuberculose discrète des ganglions bronchiques et médiastinaux, excluant peut-être une contagion efficace. Un de ces animaux est resté dans l'étable pendant trente et un mois. Il faut donc admettre que seulement trois vaches atteintes de tuberculose grave ont séjourné à la fois dans l'étable pendant les essais.

Les génisses témoins, non vaccinées, ont été intercalées chacune entre deux génisses vaccinées.

Trois des génisses vaccinées, sur les six, ont reçu au bout d'un an une seconde injection vaccinante, intraveineuse, de 20 milligrammes de bacilles biliés du quatrevingt-neuvième passage (culture âgée de vingt et un jours), et deux d'entre ces mêmes génisses ont reçu encore, douze mois plus tard, 20 milligrammes de culture du cent treizième passage.

Après dix-huit mois de cohabitation infectante, aucune des six génisses vaccinées ne réagit à la tuberculine, alors que trois témoins sur quatre sont manifestement infectés.

Une de nos génisses, vaccinée trois fois, était morte étranglée le 1er mars précédent, par suite d'un accident survenu à son collier d'attache. Son autopsie, faite immédiatement, ne permit pas de déceler la moindre lésion tuberculeuse. Les ganglions bronchiques furent prélevés en totalité, triturés et inoculés sous la peau de huit cobayes.

Le 23 juillet 1915, ces cobayes, ne présentant pas de lésions locales, sont sacrifiés et reconnus indemnes de tuberculose.

En août 1915, soit trente-deux mois après son début, nous fûmes obligés de mettre fin à l'expérience. L'autopsie de chacun de nos animaux, faite avec le plus grand soin, permit les constatations suivantes :

1° Trois témoins présentaient des lésions tuberculeuses, ganglionnaires et pulmonaires, en général peu étendues, quelques-unes caséifiées. Le quatrième témoin, qui n'avait jamais réagi à la tuberculine, était indemne.

2° Deux des trois génisses vaccinées une seule fois en 1912 ont quelques petits tubercules dans les poumons, ainsi que dans les ganglions bronchiques, médiastinaux et mésentériques.

La troisième est indemne. Ses ganglions, inoculés sous la peau de cinq cobayes, ne donnent pas la tuberculose.

3° La seule génisse vaccinée deux fois en 1912 et 1913 qui restait était absolument indemne. Ses ganglions, inoculés sous la peau de cinq cobayes, n'ont pas tuberculisé ces derniers.

4° Les deux génisses vaccinées trois fois en 1912, 1913 et 1914, étaient indemnes. Leurs ganglions inoculés, pour chacune, sous la peau de six cobayes, ne renfermaient aucun bacille infectant.

Nous devions conclure de ces expériences que le bacille bilié, inoculé à dose convenable dans les veines des bovidés sains, confère à ces animaux une tolérance qui se manifeste non seulement vis-à-vis de l'inoculation expérimentale d'épreuve, mais aussi à V égard de la contamination par cohabitation étroite et continue dans les étables infectées.

Toutefois, cette tolérance, apparemment liée à la présence des bacilles avirulents dans l'organisme, n'excède pas dix-huit mois après une unique vaccination. Mais elle peut être entretenue par des revaccinations effectuées chaque année et qui sont, par elles-mêmes, inoffensives.

Dès lors, nous estimions désirable qne l'utilisation du bacille bilié fût essayée dans quelques centres d'élevage sur un certain nombre de très jeunes animaux qu'on laisserait dans les troupeaux ou dans les étables infectés, sans les séparer des bovins adultes contaminés.

Xous nous proposâmes clone de réaliser cet essai dans quelques exploitations agricoles bien surveillées et de refaire des expériences de laboratoire qui eussent pour objet de préciser le mode le plus pratique, et le plus efficace en même temps, de prémunition.

B. — EXPERIENCES DE PREMUNITION

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