EXPERIENCES DE VACCINATION DES SINGES CONTRE LA TUBERCULOSE
(en collaboration avec E. Wilbert)
Plusieurs essais préliminaires nous avaient fourni la preuve de l'innocuité, pour les petits singes (Macacus smicus et cynomolgus), du BCG absorbé soit par injection sous-cutanée, soit par injection intrapéritonéale à des doses de 1 à 5 milligrammes. Mais, avant d'étendre les essais de vaccination préventive qui avaient pu être tentés sur quelques jeunes enfants dont nous parlerons plus loin, il nous a paru indispensable de pouvoir faire d'abord, en nombre suffisant, des expériences sur des singes de diverses espèces, et particulièrement sur des singes anthropoïdes, tels que les chimpanzés, dont l'extrême sensibilité à l'infection tuberculeuse hors de leur pays d'origine est bien connue.
Mais, en raison même de la facilité avec laquelle ces singes se contaminent dans les ménageries et les jardins zoologiques, au contact de l'homme bacillifère, une telle étude ne pouvait être entreprise que dans un pays tropical, où les singes pussent être conservés longtemps en bon
état de santé et autant que possible à l'abri des sources de contagion d'origine humaine.
Nous avons heureusement pu utiliser à cet effet les ressources que pouvait mettre à notre disposition une filiale de l'Institut Pasteur récemment créée en Guinée française, près de Kindia, station de chemin de fer qui relie le port de Conakry au Niger.
Notre collaborateur R. Wilbeet, directeur de ce laboratoire, s'est chargé de diriger sur place les recherches dont nous avions élaboré ensemble le programme et de pratiquer l'autopsie des animaux. Ces recherches, commencées en septembre 1923, ont fait l'objet d'un mémoire que les Annales de l'Institut Pasteur ont publié en août 1925 (1).
On s'est d'abord préoccupé de voir comment les singes de diverses espèces réagissaient aux inoculations ou aux ingestions de fortes doses de BCG.
Il fut ainsi possible de se rendre compte de leur parfaite tolérance. Même 250 milligrammes absorbés per os en cinq doses de 50 milligrammes chacune, de deux en deux jours, ne déterminaient aucun trouble intestinal ou autre.
Comme on expérimentait sur des animaux de tous âges, généralement adolescents ou adultes, et non plus sur des jeunes, nous avons décidé de nous en tenir, pour nos essais de vaccination, soit à une seule dose de 50 milligrammes injectée sous la peau, soit à cinq doses de 50 milligrammes administrées chacune de deux en deux jours, par voie buccale. Pour l'ingestion, les babilles, finement émulsioimés. étaient incorporés à de la pulpe de bananes ou d'autres fruits.
Les virus d'épreuve étaient les mêmes que ceux que nous utilisons à Paris: une souche d'origine humaine, dite Ratti (HR), et une souche d'origine bovine, dite Val Ire (BV). Nous avons pu nous assurer tout d'abord qu'on infectait constamment les singes de toute taille et de tous âges, avec des doses de un cent millième de milligramme
(1) Annales de l'Institut Pasteur, 39, août 1925, p. 641.
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de HR ou de BV injectées sous la peau, soit environ quatre cents bacilles, ou bien par V ingestion de deux doses de un millième de milligramme chacune (soit environ quarante mille bacilles) absorbées à quarante-huit heures d'intervalle. Chez les singes ainsi infectés, la mort survient généralement dans un délai de trois à six mois. Avec des doses plus fortes de cultures virulentes, la durée de la maladie est notablement abrégée.
Nous nous sommes surtout efforcés de réaliser la prémunition contre l'infection en quelque sorte « familiale » que détermine sûrement une cohabitation étroite et continue, dans une même cage, entre singes, les uns vaccinés, les autres infectés et semeurs de bacilles, d'autres neufs, servant de témoins.
C'est cette expérience que nous avons voulu instituer sur une assez vaste échelle pour qu'elle soit aussi concluante que possible. Il n'est pas sans intérêt d'en rapporter les détails et d'en résumer les résultats. Elle a porté au total sur quinze chimpanzés (trois vaccinés, cinq infectés, sept témoins) et cinquante-six pithéciens (seize vaccinés, vingt infectés, vingt témoins).
A. — CHIMPANZES