EFFETS DES BACILLES « BCG » SUR LES ANIMAUX SAINS
a) Cobaye. — 1° Inoculation sous-cutanée. — Les faibles doses de 0 mgr. 5 à 1 milligramme (chiffres correspondant toujours à la pesée des bacilles à l'état frais) injectées en une seule fois sous la peau ne produisent ni abcès ni réaction ganglionnaire, seulement un peu de tuméfaction locale qui se condense en un petit noyau dur, lequel disparaît en deux ou trois semaines, sans laisser de traces.
Avec 3 ou 10 milligrammes, on voit apparaître très rapidement un œdème auquel succède un petit abcès qui, du dixième au douzième jour, s'ouvre à l'extérieur, forme un véritable chancre à bords taillés à pic, et qui suppure pendant deux à quatre semaines, puis se cicatrise. Le ganglion correspondant présente une légère tuméfaction, bientôt effacée.
L'infection ne se généralise pas. L'animal reste en parfaite santé.
L'inoculation sous-cutanée de doses, même énormes (jusqu'à 1 gramme), de BCG est parfaitement inoffensive en ce sens qu'elle est incapable de provoquer une infection tuberculeuse mortelle. Toutefois, les doses massives, à partir de 1 centigramme, provoquent l'apparition, sur le foie, la rate et les poumons, de petits follicules tuberculeux qui
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guérissent spontanément et disparaissent après quelques semaines sans laisser de traces. Ces tubercules ne sont jamais réinoculables. Leur présence n'altère pas la santé des animaux.
Il importe de signaler que l 'inoculation de fortes doses de BCG provoque fréquemment des infections par microbes de sortie, pasteurellose ou autres, qui sont rapidement mortelles.
Si, à l'autopsie, des lésions viscérales sont découvertes, on doit éviter de les confondre avec celles de la pseudotuberculose des rongeurs, due au coceo-baeille de Malassez et Vigxal, bien étudiée et décrite depuis par G. Bamon (1).
Cette maladie, très fréquente dans les élevages, peut être aisément confondue avec la vraie tuberculose si l'on ne prend pas soin de faire un examen microscopique après coloration par la thionine ou le bleu de méthylène phéniqué, et d'ensemencer sur gélose, où la culture se développe en vingt-quatre heures à 37°. (On ne doit pas oublier que, même dans de tels cas, il peut exister dans les lésions de pseudo-tuberculose des bacilles BCG acidorésistants.)
L'inoculation de l milligramme en plein dermi du coussinet plantaire est intéressante. Elle détermine un oedème sensible qui persiste deux ou trois jours et qui s'efface presque complètement. Puis, du dixième au douzième jour, on voit tout à coup la surface plantaire se tuméfier de nouveau. Il s'y forme plusieurs petits ulcères superficiels d'apparence lupique. Le ganglion poplité correspondant devient volumineux ; il peut atteindre les dimensions d'un pois. La région inguinale s'empâte. Les ulcères laissent suinter une sérosité sanguinolente qui contient quelques bacilles granuleux, altérés, presque tous intraleucocytaires.
Au bout de quelques jours, la tuméfaction ganglionnaire disparaît, la lésion locale se couvre d'une croûte épaisse,
(1) Annales de l'Institut Pasteur, 28, juin 1914, p. 585.
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puis se cicatrise, ne laissant d'antre trace qu'un peu d'épaississement du derme.
2° Inoculation intrapéritonéale. — Dans le péritoine, les petites doses sont parfaitement tolérées. A partir de 3 milligrammes, on observe une réaction épiploïque et mésentérique intense, avec formation de petits amas d'apparence nodulaire, pédicules, constitués au centre par une agglomération de bacilles et de polynucléaires ; à la périphérie, par des cellules macrophages noyées dans un réseau de cellules conjonctives. Ces nodules, plus ou moins conglomérés, finissent par se résorber. Chez les animaux sacrifiés trois à cinq mois après l'inoculation, et qui sont d'ailleurs restés en parfait état de santé apparente, on ne les retrouve plus.
Pendant la période où ces nodules sont visibles, si on les prélève pour les triturer et qu'on les inocule sous la peau de cobayes sains, ils ne déterminent aucun engorgement ganglionnaire, ni aucune lésion tuberculeuse. Les bacilles, d'ailleurs colorables, qu'ils contiennent, sont donc restés non virulents.
L'inoculation de fortes doses de BCG dans le péritoine peut déterminer, comme le feraient des bacilles tués par chauffage, la formation d'abcès froids de la paroi intestinale, compliqués de péritonite adhésive et suivis de la mort de l'animal. Il est alors facile de constater que le pus de ces abcès péritonéaux, inoculé sous la peau des cobayes sains, est incapable de transmettre la tuberculose.
3° Inoculation intracardiaque. — Les doses de 1 à 10 milligrammes, injectées en une seule fois dans la circulation sanguine par ponction cardiaque, sous le volume de 0 ce. 5 pour les jeunes cobayes, de 1 centimètre cube pour les cobayes adultes, sont parfaitement supportées. Les premiers jours qui suivent, on n'observe rien d'anormal. Puis, tout à coup, vers le quinzième jour, apparaît une brusque tuméfaction de tout le système ganglionnaire, principalement apparente aux aines et qui persiste pendant une
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dizaine de jours, puis s'efface définitivement. Les animaux sacrifiés au cours de cette période réactionnelle ne présentent aucune altération viscérale ; tous leurs organes sont apparemment sains.
Les doses plus fortes déterminent la formation de granulations tuberculeuses dans tous les viscères, surtout dans la rate, le foie et les poumons. Mais ces granulations, au lieu d'évoluer vers la caséification, régressent, puis disparaissent sans laisser de traces, pas même de sclérose et, au bout de deux à trois mois, la restitutio ad integrum est complète.
L'inoculation intracardiaque d'une seule dose de 2 à 5 milligrammes de BCG confère aux jeunes cobayes de 150 à 200 grammes une résistance manifeste à l'infection virulente d'épreuve si celle-ci est réalisée environ cinquante jours plus tard, par instillation oculaire de 0 mgr. 5 de bacilles virulents (une goutte d'émulsion fine à 1 centigramme par centimètre cube). Chez les animaux ainsi vaccinés et éprouvés, l'infection virulente reste localisée pendant trois à cinq mois dans les ganglions du cou. Après ce délai, l'évolution de la tuberculose se poursuit et la protection conférée par les bacilles BCG cesse.
Les inoculations préventives sous-cutanées ou intrapéritonéales uniques ou répétées de BCG se montrent en général inefficaces chez le cobaye.
4° Introduction du BCG par voie buccale. — L'absorption intestinale présente, chez l'animal adulte, des irrégularités qui gênent l'expérimentation. Avec les très jeunes animaux, cet inconvénient n'existe pas. C'est pourquoi nous nous sommes adressés au jeune cobaye dans l'expérience suivante :
Expérience. — Trente-six jeunes cobayes, âgés de huit à trente jour-. ingèrent à la pipette six repas de 10 milligrammes chacun et quatre repas de 20 milligrammes de BCG à vingt-quatre heures d'intervalle (culture finement émulsionnée dans l'eau physiologique avec des billes de verre et titrée à 1 centigramme de bacilles par centimètre cube).
Ils sont éprouvés trois mois après par ingestion de deux repas infec-
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tants, chacun de 5 milligrammes de tuberculose bovine virulente, à vingtquatre heures d'intervalle, en même temps que six témoins qui sont tous morts entre soixante-dix et cent dix jours, avec des lésions de tuberculose généralisée à tous les viscères de la cavité splanchique et aux poumons.
Parmi les vaccinés :
Un meurt le trentième jour sans lésions tuberculeuses (pasteurellose) ;
Un succombe le quarantième jour (de pasteurellose également), avec des ganglions mésentériques volumineux, sans autre lésion ;
Onze meurent du soixante-dixième au quatre-vingt-dixième jour (pasteurellose), avec adénites mésentériques et quelques petits tubercules sur la rate. Trois d'entre eux ont de rares tubercules pulmonaires .trapslucides ;
Douze meurent du cent dixième au cent trentième jour, avec adénites mésentériques. Six d'entre eux n'avaient pas d'autres lésions. Quatre présentaient un ou deux petits tubercules sur la rate. Deux avaient des lésions de tuberculose étendues aux poumons et à la rate ;
Quatre meurent du cent quarantième au cent cinquantième jour, dont un avec adénite mésentérique sans autres lésions, et trois avec tuberculose généralisée ;
Sept survivants sont sacrifiés le deux centième jour après l'épreuve. Tous ont de l'adénite mésentérique.
Deux n'ont pas d'autre lésion. Un a de la tuberculose généralisée, et les quatre autres ne montrent que de rares petits tubercules sur les organes viscéraux.
Il est donc évident que l'ingestion préalable de BCG a permis aux jeunes cobayes de résister longtemps (pour quelques-uns pendant plus de six mois) à l'infection artificielle d'épreuve réalisée dans des conditions d'exceptionnelle gravité.
Il est très probable que, si cette infection d'épreuve avait été moins massive, plus discrète, la plupart des cobayes auraient résisté bien davantage.
b) Lapins. — L'injection sous-cutanée de petite doses de BCG (1 à 5 mgr.) est aussi bien supportée par le lapin que par le cobaye, mais la sensibilité de cet animal aux injections intraveineuses est manifestement plus grande. A partir de 20 milligrammes, on provoque parfois la formation de foyers de pneumonie dont la masse hépatisée est
bourrée de bacilles. Les animaux succombent alors après deux ou trois semaines.
Le plus souvent, on n'observe aucun signe pathologique. Mais, si on sacrifie quelques animaux pendant les premières semaines, on trouve dans leurs organes, surtout dans la rate, le foie et les poumons, des lésions folliculaires visibles à l'œil nu et qui représentent de vrais tubercules. Ces lésions guérissent spontanément et, après cinq ou six mois, on n'en retrouve plus aucune trace, pas même d'îlots de sclérose.
Si, pendant la phase où elles se manifestent, on prélève des fragments des divers organes qui contiennent ces lésions, pour les triturer et les inoculer sous la peau de cobayes sains, on constate que ces derniers restent indéfiniment indemnes et ne font aucune lésion tuberculeuse, pas même ganglionnaire.
C'est une preuve évidente de la non-virulence du BCG et de son inaptitude à créer des lésions tuberculeuses transmissibles en séries.
Nous avons pu faire supporter à plusieurs lapins jusqu'à 100 milligrammes de BCG en injection intraveineuse sans que leur santé soit troublée.
Il ne nous a pas paru que ces injections, à petites ou à grosses doses, par voie sous-cutanée, exercent une action protectrice bien évidente contre l'épreuve d'infection virulente par voie intraveineuse (un centième de milligramme de bacille bovin).
Par contre, il est manifeste que l'inoculation intraveineuse unique de 20 milligrammes et, mieux encore, de 30 milligrammes de BCG protège le lapin contre nue infection tuberculeuse mortelle en cinquante à soixantequinze jours pour les témoins. Mais cette protection s'efface peu à peu et disparaît aux environs du sixième mois. A partir de ce moment, les bacilles d'épreuve restés dans l'organisme déterminent des lésions rapidement évolutives.
Nous avons cherché à suivre la production des anticorps
BCG. 8
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dans le sang d'un lapin, inoculé le 20 janvier 1922 avec 50 milligrammes de bacilles biliés dans la veine marginale de l'oreille. Voici les résultats que nous avons obtenus :
Le 2 février, soit après 13 jours, le sérum de ce
lapin contenait, pir centimètre cube... 5 unités d'anticorps
Le 13 février, soit après 24 jours 200 —
Le 1er mars, — 39 — 300 —
Le 15 mars, — 54 — 100 —
Le 6 avril, — 76 — 20
Le 25 avril, — 95 — 0 —
La proportion d'anticorps s'accroît donc pendant environ trois mois après l'injection massive de bacilles biliés, puis elle décroît rapidement. Il ne semble cependant pas que ces variations quantitatives correspondent à une diminution de la résistance vis-à-vis de l'épreuve virulente, car les lapins se comportent de la même manière si l'épreuve est faite seulement trois mois, au lieu d'un mois après l'injection vaccinale.
La disparition des anticorps n'indique pas non plus que tous les bacilles biliés ont été résorbés ou éliminés par les voies naturelles d'excrétion (foie et intestin principalement), car si l'on pratique une injection intraveineuse de 0 ce. 04 de tuberculine brute dans les veines du lapin, alors que la réaction de fixation est devenue négative, l'animal présente l'hyperthermie caractéristique et, les jours suivants, son sérum renferme de nouveau, et cela pendant près d'un mois, jusqu'à cent unités d'anticorps.
Ceux-ci disparaissent ensuite graduellement.
Nous avons aussi naturellement cherché à nous rendre compte s'il était possible de vacciner les jeunes lapins par absorption buccale de BCG.
Voici l'une de nos expériences.
Expérience. — Douze jeunes lapins, âgés de quinze à vingt et un jours, ingèrent à la pipette dix repas, chacun de 20 milligrammes de bacilles-vaccins, à vingt-quatre heures d'intervalle. Ils sont éprouvés trois mois plus tard par deux repas infectants de 10 milligrammes de tuberculose bovine virulente, en même temps que trois témoins.
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L'un des témoins est sacrifié le soixante-dixième jour. Son autopsie montre une adénite mésentérique et quelques granulations à centre caséeux sur l'intestin grêle.
Yn second témoin est sacrifié le cent vingtième jour : adénite mésentérique volumineuse et tubercules disséminés à la surface des deux poumons.
Le troisième témoin est sacrifié le cent trentième jour : adénite mésentérique, nombreux tubercules sur l'intestin grêle (iléon surtout), gros foyers caséeux sur le poumon droit et quelques tubercules sur le poumon gauche.
Parmi les vaccinés :
Six sont sacrifiés le cent trentième jour, en très bon état. Deux ont une adénite mésentérique scléreuse, moins prononcée que chez les témoins, et quelques rares granulations sur l'intestin grêle. Trois présentent les mêmes lésions avec, en plus, un petit tubercule sur un poumon. Le sixiètm a quelques petits tubercules du volume d'un grain de millet sur les deux poumons.
Les six survivants, restés également en parfait état, sont sacrifiés à la fin du sixième mois après l'épreuve. Tous ont une adénite mésentérique scléreuse. Trois n'ont pas d'autre lésion ; trois ont quelques rares tubercules sur les poumons.
L'absorption — répétée plusieurs fois — de bacilles BCG par la voie buccale est donc susceptible de confén r
aux jeunes lapins une résistance considérable aux infections massives artificiellement réalisées par la même voie.