‹ La vaccination préventive contre la tuberculose par le "BCG,"Chapitre 48 sur 116 · A. — POUMON · texte numérisé non relu

A. — POUMON

Vingt-quatre heures après l'inoculation, l'aspect du parenchyme pulmonaire est déjà modifié : en quelques rares points, les travées alvéolaires paraissent légèrement œdématiées ; dans ces zones, on observe un nombre anormal de lymphocytes, de grands mononucléaires et d'assez nombreux polynucléaires qui, parfois, sont groupés en amas ; et déjà, à ce niveau, on observe des lésions d'alvéolite, un tiers ou la moitié d'un alvéole étant occupé par de grands mononucléaires, de très rares polynucléaires et des macrophages. (Fig. 1 et 2.)

La simultanéité des lésions de la trame et des lésions d'alvéolite montre ce qu'a d'artificiel la doctrine qui oppose les unes aux autres.

Nulle part d'ailleurs, au bout de vingt-quatre heures, on n'observe de follicules réellement constitués.

Au bout de neuf à dix jours, les poumons sont criblés de follicules : les uns sont constitués seulement de cellules

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épitliélioïdes, les autres comprennent des cellules épithélioïdes entourées d'une couronne de lymphocytes ; ces follicules occupent les alvéoles pulmonaires, et souvent leurs dimensions n'excèdent pas un seul alvéole. En un point, quelquefois en plusieurs, on observe un contact intime entre l'amas de cellules épitliélioïdes et la paroi alvéolaire où se trouve une zone infiltrée (infiltration leucocytaire). (Fig. 3 et 4.)

Exceptionnellement, les follicules sont constitués par un amas de cellules épitliélioïdes occupant deux, parfois même trois alvéoles. On peut à volonté obtenir des follicules plus ou moins importants selon que l'émulsion de bacilles qui a été injectée dans la veine du lapin est plus ou moins homogène. Lorsque les follicules obtenus se composent d'amas de cellules épitliélioïdes occupant deux ou trois alvéoles, les cloisons interalvéolaires sont très difficiles à reconnaître sans coloration élective des fibres élastiques (orcéine).

Ce qui frappe immédiatement, quand on compare l'aspect de ces lésions avec celles que l'on observe dans les inoculations par bacilles virulents, c'est la grande rareté des cellules géantes. On n'en voit que quelques-unes sur une coupe intéressant la totalité du poumon. Ces cellules géantes sont de petit modèle, comportant de deux à cinq noyaux.

Il existe des embolies dans des vaisseaux de très petit calibre, embolies à polynucléaires et à grands mononucléaires. D'autres embolies plus importantes s'observent dans quelques veines ; et les vaisseaux, dans ce cas, paraissent complètement oblitérés par un amas de cellules épitliélioïdes.

La coloration de Ziehl permet de découvrir de rares bacilles au niveau de tous les follicules.

Du dixième au vingtième jour, les modifications précédemment décrites demeurent à peu près semblables. De nouveaux faits sont à noter :

D'abord la tuméfaction des nodules lymplioides péri-

bronchiques ; l'augmentation de volume de ces nodules est très nette, mais on ne constate pas à leur niveau la moindre lésion spécifique.

Dans la zone sous-pleurale, un certain nombre d'alvéoles sont pleins de cellules arrondies à noyau polaire, les cloisons interalvéolaires à ce niveau semblent normales.

Le nombre des cellules géantes de petite dimension paraît augmenter.

En aucun point il n'existe la moindre caséification.

Du vingtième au quarantième jour, on note dans les poumons deux types de lésion : des follicules composés surtout de cellules épithélioïdes et formant le contenu d'un ou plusieurs alvéoles, et des îlots lymphocytaires comportant sur la coupe de vingt à quarante lymphocytes. Ces îlots font saillie dans des alvéoles sains. Les polynucléaires apparaissent de plus en plus rares ; les cellules géantes sont également peu nombreuses. Mais cependant on observe, dans certaines cavités alvéolaires, à paroi redevenue saine, cinq ou six cellules géantes possédant de trois à dix noyaux et occupant à elles seules la totalité de la cavité alvéolaire. Dans ces alvéoles, on ne voit plus La moindre cellule épithélioïde ni le moindre lymphocyte. Ce sont les cellules épithélioïdes qui se sont fusionnées et se sont muées ainsi en cellules géantes. (Fig. 5 et 6.)

La tuméfaction des nodules lymphoïdes péribronchiques a augmenté considérablement et, au niveau de certaines bronches, constitue autour d'elles un véritable manchon inflammatoire.

Du quarantième au centième jour, on assiste à une régression marquée des lésions ; le nombre des follicules est trois fois moindre qu'au cours de la période précédente.

Certains follicules, d'ailleurs, demeurent absolument semblables aux follicules datant de vingt à quarante jjours.

Autour des bronches, la réaction lymphocytaire est plus importante encore, et, au milieu des lymphocytes, on observe quelques cellules épithélioïdes.

Dans la zone sous-pleurale, on observe de petits foyers

BCG. il

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qui, à l'aspect microscopique, se présentent sous la forme de placard blanchâtre. A la coupe, on se rend compte qn 'il ne s'agit pas de tuberculose, mais d'une infiltration souscorticale.

L'aspect histologique de ces lésions est tout à fait particulier. Les cloisons interalvéolaires paraissent saines, mais les cavités alvéolaires sont pleines de cellules ovalaires à noyaux polaires. Il s'agit là de lésions à' alvéolite desquamative (pneumonie blanche). (Fig. 7 et 8.)

Du centième au cent quarantième jour, on assiste à une raréfaction de plus en plus nette des follicules, et au microscope on parcourt parfois plusieurs champs sans découvrir rien d'anormal.

Il existe encore quelques follicules occupant les cavités alvéolaires. Dans certains cas, les cellules épithéloïdes ont fait place à des cellules géantes de plus grandes dimensions ; certaines possèdent une vingtaine de noyaux et deux ou trois d'entre elles suffisent à occuper la totalité de l'alvéole.

Dans la plupart des follicules, réduits d'ailleurs aux cellules épithélioïdes, l'amas que constituent ces cellules est groupé au centre de l 'alvéole et, en de nombreux points, semble avoir perdu contact avec la paroi alvéolaire.

Si l'émulsion de bacilles était peu homogène, et qu'on ait observé des follicules tuberculeux intéressant un groupe d'alvéoles, on voit se nécroser, pour s'éliminer avec les débris des cellules épithélioïdes, quelques parois interalvéolaires.

L'infiltration péribronchique est en voie de régression. On n'observe plus de cellules épithélioïdes, mais seulement une importante réaction lymphocytaire.

Au deux centième jour, il ne reste presque plus rien des modifications précédemment décrites ; des tranches entières de poumon sont absolument saines, les cloisons alvéolaires sont rigoureusement normales, semblables à celles des lapins sains. (Fig. 9, 10, 11 et 12.)

En somme, en deux cents jours environ, on a vu se

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constituer, puis régresser et guéri r une véritable granulie pulmonaire n'ayant, en aucun point, à aucun moment, abouti à une caséification.

■ Au cours de cette granulie, les bacilles colorables ont été de plus en plus rares au fur et à mesure qu'on s'éloignait du jour de l'inoculation. Ils sont devenus introuvables à partir du cent cinquantième jour.

Les follicules se sont constitués dès les premiers jours, plus lentement cependant que lorsqu'on injecte aux animaux des bacilles virulents.

Le fait le plus curieux est incontestablement la guérison avec restitutio ad inïegrwm d'une granulie pulmonaire de l'importance de celles que nous avons réalisées. Pas la moindre travée scléreuse, pas même une altération notable du tissu élastique. Eien, à l'examen le plus minutieux, ne permet de différencier le poumon d'un lapin sain et le poumon d'un lapin ayant reçu dans la veine, un an auparavant, 15 milligrammes de BCG. Nous pensons que cette guérison histologique des lésions ne s'explique que par leur localisation intraalvéolaire.

C'est, en effet, dans les alvéoles que s'édifient les follicules ; les parois interalvéolaires, qui ont été gravement atteintes et se sont trouvées au milieu de follicules (Tune certaine dimension, sont éliminées lors de la guérison avec le contenu des alvéoles.

En injectant dans la veine des bacilles morts, on observe également la nécrose et l'élimination de quelques parois interalvéolaires (1).

La tuméfaction des nodules lymphoïdes juxta-bronchiques est un fait intéressant à signaler. Ces nodules augmentent considérablement de volume du dixième au vingtième jour, mais ce n'est que du quarantième au centième jour qu'on observe l'apparition de rares cellules épithélioïdes, qui disparaissent d'ailleurs rapidement. On

(1) E. Coulaud : « Infection et réinfection par les bacilles morte chez le lapin » (Revue de la Tuberculose, n° 3, juin 1924, p. 417).

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n'observe pas de follicules nets. Ce fait rappelle ce qui se produit dans les inoculations sous-cutanées de BCG chez le cobaye : simple tuméfaction temporaire des ganglions lymphatiques correspondant au territoire infecté.

Les lésions granuliques obtenues avec le BCG (15 milligrammes par voie intraveineuse) sont comparables à celles qu'on observe en injectant dans la veine une émulsion de bacilles morts (40 milligrammes).

Par contre, une injection de 1 milligramme de bacilles virulents se présente très différemment :

Les cellules géantes sont très précoces. On en observe une grande quantité, dès le quatrième ou cinquième jour, dans les lésions granuliques.

Mais, ce qui frappe surtout, c'est la confluence de ces lésions qui s'étendent d'alvéole en alvéole et aboutissent à la formation de tubercules importants qui se caséifient si l'animal résiste plus de quinze à dix-huit jours, ce qui est l'exception. Il meurt en effet dans ce délai, après deux ou trois jours d'asphyxie progressive.

Dans l'étude des lésions pulmonaires consécutives aux injections massives de BCG, on peut rencontrer des difficultés réelles du fait d'infections intercurrentes : bronchopneumonies banales, épidémiques, extrêmement fréquentes chez le lapin.

Il ne s'agit presque jamais d'un animal isolé, mais de tous les animaux d'une expérience qui succombent quelques jours après l'inoculation intraveineuse de 10 à 15 milligrammes de BCG.

L'examen histologique montre alors, au niveau des poumons, des lésions considérables : lésions broncho-pneumoniques réparties en foyers ; ces foyers aboutissent à des nécroses importantes. LTn observateur peu averti pourrait prendre ces lésions pour des lésions tuberculeuses. D'une part, l'inoculation étant récente, on trouve en effet de nombreux bacilles de Koch et, d'autre part, les lésions d'alvéolite tuberculeuse voisinent avec les îlots de broncho-pneu-

monie banale. Mais il suffit d'étudier les lésions bronchiques pour faire le diagnostic. (Fig. 13.)

La lumière des bronches, même de calibre important, est encombrée de leucocytes plus ou moins altérés ; çà et là Pépithélium bronchique est gravement atteint ; on peut même, dans certains cas, observer des métaplasies, cet épithélium se disposant sur plusieurs couches et rappelant les épithéliums pavimenteux stratifiés.

Autour de la bronche, on note une réaction inflammatoire d'une intensité extraordinaire ; infiltration de lymphocytes et sclérose jeune s 'étendant très loin et déterminant des scléroses du parenchyme voisin avec métaplasie de l'épithélium alvéolaire, qui devient cubique. Souvent, il y a nécrose d'une fraction de la paroi bronchique et, de cette région, s'étend un foyer nécrotique intéressant le parenchyme pulmonaire. (Fig. 14.)

Ces lésions tout à fait caractéristiques de la bronchopneumonie banale du lapin ne prêtent pas à l'équivoque pour l'expérimentateur accoutumé à utiliser cet animal.

Le caractère épidémique de l'affection, le fait qu'elle ne se produit que de loin en loin sur toute une série d 'animaux en expérience, fait penser déjà qu'il ne s'agit pas de tuberculose. L'examen histologique le confirme absolument.

Nous pensons que les expérimentateurs qui disent avoir obtenu, avec le BCG injecté dans la veine, des lésions caséeuses, ont considéré comme dues aux bacilles ces lésions dues, en réalité, à des « microbes de sortie ».

Nous ne voulons pas dire, d'ailleurs, que toute caséification soit impossible à réaliser en injectant dans la veine des doses massives de BCG. Il est possible qu'on puisse y parvenir, soit en utilisant des doses beaucoup plus considérables que celles que nous avons employées, soit en injectant des émulsions peu homogènes, des quantités considérables de bacilles réunis en amas créant alors d'importantes embolies veineuses.

Mais, avec les doses que nous avons employées, doses véritablement énormes (15 milligrammes) et une émulsion

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assez homogène (réalisée en quelques minutes dans un flacon à billes), nous n'avons jamais observé le moindre îlot de dégénérescence caséeuse.

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