B. — « TAU RU M AN
DE B. KOCH ET SCHUTZ, XEUFELD ET 1IIESSXER
Robert Koch et Schutz, Neufeld et Miessxer ont rapporté, en 1905, des essais d'immunisation réalisés par eux depuis 1900 sur des bovidés, des chèvres et des ânes, avec des bacilles humains et des bacilles bovins dont la virulence était spontanément affaiblie par les cultures successives en bouillon glycérine au laboratoire.
Certains types de bacilles humains ont paru surtout appropriés à ce but. D'après Neufeld, les ânes et les chèvres pourraient être immunisés sûrement contre de grosses doses de bacilles bovins très virulents. Une seule injection intraveineuse de 1 à 3 centigrammes de bacilles humains provenant de cultures en bouillon glycérine âgées de trente à quarante jours, essorés au papier buvard, puis desséchés et émulsionnés dans 10 centimètres cubes d'eau salée physiologique, préserve contre une inoculation faite cent trois jours plus tard, dans les veines, avec 2 ceiitigrammes de bacille bovin virulent.
Le même résultat fut d'ailleurs obtenu avec un bacille 1)0 vin affaibli, injecté également dans la veine jugulaire à la dose unique de 1 à 3 centigrammes. R. Koch et Schutz en ont fait un vaccin qui, en Allemagne, était délivré aux vétérinaires sous forme d'émulsion dans l'eau salée physiologique, et auquel fut donné le nom de tauruman.
L'emploi de ce vaccin présentait, sans avantages réels, des inconvénients encore plus grands que celui de Behring, car il réalise plus sûrement l'infection bacillaire persistante des ganglions lymphatiques. AVeber et Titze, Schutz et Hollaxd ont reconnu qu'un mois après l'inoculation du tauruman, tous les organes des vaccinés sont virulents pour le cobaye.
D'autre part, C. Titze a constaté que les bacilles du tauruman inoculés dans la veine, chez les vaches, pouvaient
être excrétés par le lait. Il en a retrouvé, dans un cas, dès après vingt-quatre heures ; dans un autre, dès la troisième semaine, et -le lait en contenait encore le cent quarantequatrième jour. Dans un cas, les bacilles étaient excrétés par un seul des pis. Dans un autre enfin, l'excrétion s'est prolongée pendant seize mois.
Au surplus, les expériences faites par Weber et Titze, à l'Office impérial de Santé de Berlin, n'ont pas été favorables à l'emploi pratique du tauruman. Outre que les bacilles dont il est constitué sont virulents pour le cobaye, les bovidés inoculés à l'âge de trois semaines avaient perdu toute résistance après neuf mois. D'autres, éprouvés par inhalation après cinq et huit mois, et sacrifiés le deux cent soixante-douzième jour, présentaient des lésions tuberculeuses dans les ganglions bronchiques et médiastinaux. Les vaccinés, infectés par cohabitation, se sont généralement montrés peu résistants. Ceux vaccinés par ingestion l'étaient davantage, au moins jusqu'à huit mois.
Les inoculations de tauruman semblent émousser, dans tous les cas, la sensibilité à la tuberculine. La réaction devient le plus souvent douteuse. D'autre part, beaucoup de jeunes veaux contractent une pneumonie mortelle (pneumonie des jeunes veaux) après la vaccination.
A la suite des expériences faites sur le bovo-vaccin de Behring par la Commission de la Société d'Agriculture du Massachusetts, Th. Smith fut amené, en raison des conditions particulières d'élevage habituelles aux Etats- Unis, à étudier une méthode de vaccination simplifiée, basée sur l'injection, en une seule fois, par voie intraveineuse, d'une dose convenable de culture de bacille bovin atténuée par vieillissement. Cette culture était cependant encore assez virulente, car elle tuait les jeunes bovidés à la dose de 10 milligrammes. On l'a employée comme vaccin à la. dose de 1 à 2 milligrammes, mais il était nécessaire d'isoler ensuite les animaux pendant plusieurs semaines. Ce procédé, en raison des dangers qu'il présentait, n'est pas entré dans la pratique.
DE VACCINATION ANTITUBERCULEUSE 37
C. — AUTRES TECHNIQUES DE VACCINATION DES BOVIDES AVEC LES BACILLES TUBERCULEUX D'ORIGINE HUMAINE
Baumgartex, puis Ligxières, ont proposé de substituer la voie sous-cutanée à la voie intraveineuse pour l'introduction du vaccin, afin de localiser la souillure des tissus par les bacilles plus ou moins virulents. Mais il paraît bien, d'après les essais faits par S. Arloixg, Pearsox, \Veber et Titze, H. Vallée, que les résultats soient alors plus défectueux.
Par contre, Hutyra (1) s'en est montré assez satisfait à la suite d'une série d'expériences faites sur dix veaux ; mais la résistance aux infections d'épreuve est brève (environ six mois). Behring dit aussi l'avoir utilisée avec succès en injectant du bovo-vaccin finement émulsioin/r dans l'huile, — c'est ce qu'il a appelé la tauro-vaccination.
Heymaxs (2) (de Gand) a cru pouvoir vacciner les bovidés par insertion, dans le tissu conjonctif sous-cutané, d'un sac perméable (en moelle de roseau) renfermant des bacilles tuberculeux d'origine humaine, convenablement choisis et modifiés. Le gouvernement belge entreprit une grande expérience et nomma une Commission en vue de contrôler la valeur de cette méthode, de mars 1908 à la fin de 1911. Le rapport de cette Commission, inséré dans le Bulletin du Service de police sanitaire des animaux domestiques (16-30 avril 1912), fut nettement défavorable. Il conclut que le sac d'Heymans n'a pas vacciné les animaux soumis aux épreuves de cohabitation ou d'ingestion, pas plus que les animaux exposés, dans des fermes, aux causes ordinaires de contagion, et que la méthode est sans valeur pratique.
(1) Zeitsch. f. Tiermedizin, 1907, 11, 241.
(2) Bull. Acad. Royale de Belgique, 1901, p. 780 ; — Archives Intinnit. <h Pharmacodynamie, 1907-1910, vol. 17, fasc. 1 et 2 ; 19, 3 et 4 ; 80, 1 et 2.
D. — METHODE DE KLIMMER
A la suite de publications de Friedmaxx (1) et de Moeller (2), on a fondé, un moment, quelques espoirs sur l'emploi des bacilles bovins ou humains modifiés par passages successifs dans l'organisme d'animaux à sang froid (tortue, crocodile, orvet, carpe, salamandre). Mais les faits ne tardèrent pas à montrer, d'une part que les bacilles humains ou bovins ne se multiplient pas dans l'organisme des animaux à sang froid, et que, lorsqu'ils en sont extraits, leur virulence reste la même; d'autre part, que les bacilles tuberculeux particuliers à ces animaux à sang froid sont dépourvus de toute propriété vaccinante pour les mammifères (Dieudoxxé [3], Weber et Taute [4]).
Klimmer (de Dresde) (5) a cependant proposé, sous le nom d'antiphymatol, l'usage d'un vaccin mixte préparé sous sa direction par la maison Hermann et Teisler, de Donna :
1° Avec des bacilles tuberculeux humains atténués par chauffage à 52-53° et qui ne seraient plus pathogènes pour le cobaye (vaccin TH) ;
2° Avec des bacilles humains qu'il aurait accoutumés à vivre dans l 'organisme des salamandres, par passages successifs, qui ne seraient plus pathogènes pour aucun mammifère et qu'il affirme ne pas être des acido-résistants banaux (vaccin AT).
L'inoculation de ces deux types de vaccins dans la jugulaire n'a jamais provoqué d'accident. Toutefois, l'auteur préfère recommander l 'injection sous-cutanée. Il n'a pas observé de troubles locaux ou généraux consécutifs, pas
(1) Deutsch. med. Woch., 1903, 29, 953 ; 1904, 30, 166.
(2) Zeitsch. f. tuberlc., 1903, 5, 206.
(3) Miinchen. med. Woch., 1903, 50, 2282.
(4) Tuberlc. Arb. a. d. k. Gesundheitsamte, 1905, 3, 110.
(5) Zeitsch. f. Tiermed., 1908, 12, 81.
plus chez les animaux sains que chez ceux qui étaient légèrement tuberculeux. La résistance conférée, acquise après deux mois, commence à diminuer au bout d'un an.
Il ne semble pas que cette préparation, qui fut essayée surtout en Saxe, sur un certain nombre de bovidés, avec des résultats peu probants (Edelmaxx [1]), soit plus efficace que la bovo-vaccination de Behrixg. D'après Krauststumk (2) et aussi d'après Eber (3), elle n'est pas recommanclable.
E. — ESSAIS DE VACCINATION DE S. ARLOING AVEC DES BACILLES HUMAINS EN CULTURES HOMOGÈNES
S. Arloixg (4) a réussi à faire végéter dans la profondeur des bouillons de culture, en agitant ceux-ci d'une manière continue ou intermittente, des bacilles tuberculeux de diverses origines. Certains bacilles humains, entretenus dans ces conditions à la température de 37° élevée graduellement jusqu'à celle de 44° et même de 46°, et réensemencés fréquemment, ont fini par acquérir une virulence particulière et ûxe. Injectés sous la peau ou dans les veines, ou ingérés à doses convenables, ils ne créent que rarement des lésions folliculaires et produisent, chez les petits animaux, une infection généralement bénigne à allure septicémique. A fortes doses, ils donnent cependant lieu à la formation de tubercules.
La tolérance des bovidés vis-à-vis de ce microbe est généralement très grande, de sorte qu'il pourrait constituer pour eux un vaccin.
Ce vaccin a été utilisé par S. Arloixg, puis par son fils
(1) Bericht. uber das Veterinarweseh im À;. Saclisen, 1909, 216.
(2) Zeitsch. f. Infelt. paras. Tcrank. u. hyg. f. Haustiere, L913, //. 366,
(3) Centralb. f. BaJct., 1916, 78, 321.
(1) Acacl. des Se, 1906, 142, 1395, 1487 ; 1909, 149, 962.
F. Arloing (1), non seulement dans des expériences de laboratoire, mais aussi dans plusieurs exploitations rurales. S. Arloing, bien qu'il n'en eût pas fait la preuve, pensait qu'il est sans danger pour l'opérateur. Il s'emploie en deux injections intraveineuses séparées par un intervalle de trois mois à trois mois et demi, seulement sur des bovidés préalablement tuberculinés et reconnus indemnes.
La vaccination ne donne lieu à aucun accident. Quant à ses résultats pratiques, il est difficile de les apprécier, car jusqu'à présent aucune expérience n'a encore été faite ayant pour objet d'établir quelle est la résistance des animaux vaccinés à l'infection prolongée par cohabitation étroite à Pétable. Nous ignorons aussi quelle peut être la durée de l'immunité.
S. Arloing a vu qu'après une inoculation d'épreuve de virus bovin, 50 % de ses vaccinés ne présentaient aucune lésion à l'autopsie, 25 % avaient des lésions circonscrites ganglionnaires, et 25 % des lésions disséminées, alors que, chez les témoins, le même virus d'épreuve provoquait une tuberculose généralisée chez soixante-sept animaux, des lésions ganglionnaires seulement chez vingt-sept, et que neuf animaux restaient indemnes.
Dans une colonie agricole près de Bourges (Cher), 77 % environ des vaccinés auraient résisté à l'infection au milieu d'autres bovins dont 81 % étaient tuberculeux.
Les animaux vaccinés gardent pendant longtemps, peutêtre plus d'une année, l'aptitude à réagir à la tuberculine. On ignore si, lorsqu'ils ne réagissent plus, ils ont perdu la résistance à l'infection tuberculeuse que la vaccination avait pu leur conférer. Cette question n'avait pas encore été précisée lorsque la mort de S. Arloing est malheureusement survenue.
(1) Journ. de Méd. vétér., 1913, 17, 57 i ,