VIRULENTS OU ATTÉNUÉS
La première tentative d'immunisation par les bacilles vivants, paraît avoir été effectuée dès 1886 par Cavagxis, au moyen de doses progressivement croissantes de crachats tuberculeux additionnés d'eau phéniquée. Un peu plus tard, en 1889, Graxcher et Ledoux-Lebard, puis Hericourt et Richet, ont cherché à vacciner, les premiers le lapin, les seconds le chien, contre la tuberculose aviaire par le même procédé des doses croissantes, mais les résultats furent à peu près nuls. Alors Graxcher et Hipp. Martin (1890), puis aux Etats-Unis E.-L. Trudeau, E.-A. de Schwbinitz (1891), pensèrent obtenir de meilleurs résultats en inoculant par diverses voies, au lapin ou au cobaye, des cultures dont la vitalité était très affaiblie par vieillissement dans les milieux artificiels ; ensuite des cultures de plus en plus jeunes et virulentes. Les lapins et cobayes ainsi traités résistaient mieux que les témoins, mais on n'obtint qu'une survie de peu de durée et presque tous les animaux finissaient par succomber avec des lésions de néphrite affectant le type de glomérulo-néphrite épithéliale.
Gilbert et Roger, Courmoxt et Dor, Kitasato, Dixon et d'autres expérimentateurs, firent des tentatives analo-
gués en se servant de tuberculose aviaire ou de tuberculose humaine. Elles n'ont pas été plus heureuses.
Il est juste de rappeler aussi les travaux de Maffuci qui, le premier, dès 1889, avait différencié la tuberculose des oiseaux de celle des mammifères, et qui, le premier également, eut l'idée de vacciner les bovidés avec des bacilles humains virulents. Après que Theobald Smith eut montré qu'il existe entre les bacilles tuberculeux d'origine bovine et humaine des différences de virulence et de caractères biochimiques qui en font deux types bien distincts, Mac Padyan en Angleterre, Peaeson et Gilliland aux Etats- Unis, eurent, simultanément semble-t-il, l'idée d'employer le bacille humain à la vaccination des bovidés contre la tuberculose. Mais leurs expériences n'aboutirent à aucune conclusion d'ordre pratique.
A. — BOVO-VACCINATION OU « JENNERISATION » DE BEHRING
La période vraiment intéressante et féconde des expériences de vaccination sur les grands animaux commence avec Behring qui, en 1902, avec Romer et Ruppell, fit connaître la méthode qu'il avait d'ailleurs improprement désignée sous le nom de jennerisation des bovidés et à laquelle est resté celui de bovo-vaccination.
Cette méthode consiste à inoculer à deux reprises, aux veaux âgés d'environ six mois, par voie intraveineuse, avec un intervalle primitivement ûxé à six semaines, puis à trois mois entre chaque injection, une petite quantité (4 milligrammes d'abord, puis 20 milligrammes, poids à l'état sec) d'une culture de bacilles tuberculeux d'origine humaine, entretenue depuis six ans et demi au laboratoire, puis desséchée dans le vide, et dont la virulence est extrêmement réduite pour le cobaye. Il est essentiel de maintenir les animaux, pendant le temps nécessaire à l'immu-
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nisation et pendant les six semaines suivantes, à l'abri de tonte cause d'infection accidentelle en les isolant dans une étable spéciale.
Le bovo-vaccin, préparé au laboratoire de Marbourg, a fait l'objet, jusque vers 1910, de nombreuses expériences et d'importantes applications sur le bétail, particulièrement en Allemagne, en Hongrie, en Danemark, en Suède, en Italie, en France et aux Etats-Unis. Le 13 juillet 1904, la Société centrale de Médecine vétérinaire pratique, sur la proposition de Eossigxol père, décidait d'entreprendre, à Melun, une expérience assez vaste pour en juger la valeur.
Commencée en décembre 1904, elle devait déterminer :
1° L'innocuité de la vaccination ;
2° Son efficacité ;
3° La durée de l'immunité conférée aux animaux de l'espèce bovine.
L'expérience porta sur vingt et un animaux âgés de six mois à un an, qui avaient été préalablement tuberculinés et maintenus dans un local désinfecté qui n'avait jamais abrité de bovidés.
Ces vingt et un veaux furent vaccinés par deux inoculations à quatre-vingt-dix jouis d'intervalle, les 11 décembre et 12 mars 1904. L'un de ces veaux est mort cinquantesept jours après la première vaccination. Un autre a été abattu neuf mois après la seconde vaccination.
Ces deux animaux ont été trouvés indemnes de tuberculose et leurs ganglions bronchiques n'étaient pas infectants pour le cobaye.
On pouvait donc conclure que la vaccination est inoffensive pour les bovidés.
Les dix-neuf vaccinés restants ont été divisés en quatre lots :
a) Six vaccinés et six témoins neufs furent éprouvés par l'inoculation intraveineuse de 4 mgr. 5 de tuberculose bovine virulente ;
b) Deux vaccinés et deux témoins neufs furent éprouvés
par cohabitation étroite avec des bovidés atteints de tuberculose pulmonaire ouverte ;
c) Sept vaccinés et sept témoins furent éprouvés par inoculation sous-cutanée virulente ;
d) Quatre vaccinés furent conservés à l'abri de toute contamination en vue d'essais ultérieurs.
Des six vaccinés du lot a), éprouvés par voie intraveineuse, quatre furent trouvés, à l'autopsie, indemnes de tuberculose. Leurs ganglions bronchiques étaient infectants pour le cobaye. Deux présentaient des lésions très légères des ganglions annexes du poumon. Des six témoins inoculés de la même façon, trois moururent en vingt-neuf, trente-quatre et trente-sept jours ; les trois autres présentèrent, lors de l'abatage, des lésions massives de tuberculose généralisée.
Des deux vaccinés du lot b), éprouvés par cohabitation infectante et abattus après une année de ce régime, l'un présenta des lésions étendues de tuberculose, l'autre seulement un petit foyer dans l'amygdale gauche, alors que chez les deux témoins abattus après six mois de cohabitation infectante on trouva, à l'autopsie, des lésions très étendues.
Des sept vaccinés du lot c), éprouvés par voie sous-cutanée, quatre présentèrent à l'autopsie des lésions locales assez légères, s 'accompagnant, pour trois d'entre eux, de lésions minimes du ganglion préscapulaire. Les trois autres n'avaient pas de lésions locales, mais leur ganglion préscapulaire se montra infectant pour le cobaye. Les sept témoins portaient de graves lésions locales, ainsi que des lésions pulmonaires et ganglionnaires étendues.
Les quatre vaccinés du lot d), mis à part, devaient être utilisés pour mesurer la durée de l'immunité.
Deux d'entre eux furent éprouvés par voie intraveineuse un an après la deuxième vaccination. L'un mourut en quarante-sept jours ; l'autre, resté en bon état apparent, fut trouvé, un an après, porteur de lésions tuberculeuses généralisées.
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Les deux autres furent éprouvés par cohabitation infectante deux ans après la deuxième vaccination.
Après un contact de trente-trois jours avec un veau atteint de pneumonie tuberculeuse, un seul contracta une tuberculose assez étendue de tous les ganglions annexes du poumon.
Le rapport, rédigé par H. Vallée et Rossigxol, le 31 octobre 1906, au nom de la Société centrale de Médecine vétérinaire pratique, tirait, de ces expériences, les conclusions suivantes :
La résistance assez nette que présentent les animaux vaccinés à l'infection par voie veineuse, trois mois après la bovo-vaccination, s'épuise assez vite.
La résistance des sujets vaccinés» à la contagion, telle qu'elle résulte du contact à l'étable avec des animaux porteurs de lésions ouvertes de tuberculose, est peu marquée et ne se prolonge pas au delà de quelques mois.
D'autre part, il résultait d'expériences accessoirement faites par la Commission, que le bovo-vaccïn fourni par le laboratoire de Behring à Marbourg, est un produit d'inégale virulence pour le cobaye. Certains échantillons donnent la tuberculose à cet animal, alors que d'autres sont inoffensifs. Il est donc permis de supposer que les effets du vaccin, chez le bœuf, ne sont pas toujours identiques. Ce fait a été vivement contesté par Bomer, mais reconnu exact par plusieurs autres expérimentateurs (Thomassex, Weber et Titze, Eber, Schutz, Hollaxd, etc.).
Peut-être faut-il voir dans ces inégalités de virulence la raison principale des différences de résultats constatés dans les essais faits en divers pays. Les rapports de Hutyra, de Lorexz, de Thomassex, au Congrès international de Médecine vétérinaire de Budapest en 1905, ceux publiés par Pearsox et Gillilaxd, Belfaxti et P. Stazzi, Degive, Stubbe, Liéxaux et Mullie, Théobald Smith, G. Regxer et 0. Stenstrom, furent particulièrement instructifs à ce sujet.
Eber a rapporté les observations faites par l'Office impérial de Santé de Berlin snr deux grands troupeaux. Le bétail était réparti dans huit fermes gravement infectées, puisqu'elles comptaient de 43,8 à 100 % de tuberculeux.
A la fin de 1906 et au début de 1907, on tuberculina cent quarante-huit vaccinés avec les résultats suivants :
De 70 animaux âgés de 6 à 18 mois, 19 réagirent
— 49 18 mois à 2 ans, 22 —
— 25 2 ans à 3 ans 1/2, 15 —
— 3 3 ans 1/2 à 4 ans 1/2, 0 —
En somme, la vaccination n'a eu aucune influence sur le développement de la maladie, car :
Sur dix-neuf bovidés vaccinés abattus, neuf furent trouvés tuberculeux.
Cinq avaient des lésions généralisées.
Deux fois les lésions étaient localisées aux ganglions bronchiques, une fois aux poumons, une fois aux ganglions mésentériques.
De ses propres constatations et de l'analyse des documents publiés de divers côtés après dix ans d'expériences, Eber tire les conclusions suivantes :
1° La résistance des jeunes bovidés aux infections expérimentales peut être notablement augmentée par l'emploi de virus tuberculeux de diverses provenances. Cette résistance n'est jamais absolue. On infecte les vaccinés si on emploie de fortes doses de virus.
2° La plus forte augmentation de résistance est le plus sûrement constatée en moyenne trois mois après la vaccination.
On ne saurait dire avec certitude si cette période est précédée d'une diminution de la résistance.
3° L'augmentation artificielle de la résistance n'est pas de longue durée.
4° La constatation d'une résistance manifestement accrue contre les infections expérimentales avec des
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matières virulentes n'implique pas que les mêmes animaux ne se comporteraient pas d'une tout autre façon vis-à-vis d'une contagion naturelle (contagion d'étable).
Il est donc parfaitement établi que le bovo-vaccin de Behring confère aux bovidés une résistance appréciable aux divers modes d'infection naturelle ou artificielle, mais cette résistance, — de brève durée, puisqu'elle n'excède guère douze à quatorze mois, — manifestée, tant qu'elle persiste, par l'absence plus ou moins complète de lésions tuberculeuses, ne va pas jusqu'à permettre à l'organisme de résorber ou d'éliminer les bacilles virulents d'épreuve ou ceux provenant des contagions naturelles. Ces bacilles sont retenus, au moins en partie, pendant des mois, dans les ganglions (traehéo-bronchiques et média stinaux principalement) et y restent, prêts à signaler plus ou moins brusquement leur présence par des désordres anatomiques, lorsque la résistance artificiellement conférée par l'injection vaccinale est sur le point de fléchir (Hutyra, Thomassex. Xeufeld, Baumgartex, Ligxères, J. Xowak, etc.).
La Commission d'expériences du Massachussets a signalé que les veaux, à la suite de l'inoculation de bacilles tuberculeux humains, succombent parfois à un type spécial de pneumonie tuberculeuse qu'on n'observe jamais comme maladie spontanée. Cette maladie peut entraîner la mort en un ou deux mois. Il arrive aussi assez fréquemment qu'elle se complique de localisations tuberculeuses oculaires, desquelles résulte une cécité complète.
Les animaux vaccinés avec ces bacilles humains gardent une grande sensibilité à la tuberculine, — ce qui ne saurait surprendre, — pendant huit à douze mois environ.
Il importe d'observer que la manipulation des bacilles d'origine humaine, qui constituent le bovo-vaccin, bien qu'ils soient, en général, peu virulents pour le cobaye, n'est pas sans offrir un réel danger pour les personnes qui vivent dans l'entourage des animaux vaccinés. Il est établi, en effet, que ces animaux éliminent pendant longtemps, d'une façon intermittente, par leurs déjections, et surtout.
BCG. 3
34 LES DIVEESES TENTATIVES
par les glandes mammaires, des bacilles tuberculeux qui gardent les caractères du type humain. Pour les vaches laitières surtout, ou plutôt pour ceux qui consomment leur lait, cette élimination peut présenter de graves périls.
A. Stanley Griffith a publié l'histoire d'une vache qui avait reçu une injection intraveineuse de 0 mgr. 15 de culture de tuberculose humaine, et chez laquelle on put, cinq mois et demi après, trouver des bacilles tuberculeux dans le pus des trayons. Au huitième mois, une mastite tuberculeuse apparut et, cinq cent vingt-neuf jours après la vaccination, on pouvait encore déceler des bacilles tuberculeux dont l'origine humaine fut attestée par les caractères de culture et par la faible virulence pour le lapin. Dans un autre cas, le lait contenait des bacilles de Koch cent cinquante-cinq jours après une injection de 0 mgr. 10 de culture humaine dans les veines.
Si la crainte d'une telle survivance des bacilles a généralement empêché de vacciner les vaches laitières, on regardait du moins comme tout à fait improbable que les bacilles continuassent à vivre chez des animaux adultes qui avaient déjà été vaccinés dans le tout jeune âge. Or, S. Griffith a examiné le lait de deux vaches qui avaient été vaccinées peu de temps après leur naissance, et il a pu y déceler la présence du bacille humain.
L'imperfection des résultats obtenus par la méthode de Behring a déterminé beaucoup d'expérimentateurs à chercher des modifications susceptibles d'en accroître l'efficacité ou d'en restreindre les inconvénients, la gravité de ces derniers, d'après ce qui vient d'être relaté ci-dessus, imposant les plus expresses réserves.