APPELÉS A SERVIR DANS LA MÉTROPOLE
La prémunition des sujets adolescents ou adultes ne peut être utilement envisagée que dans les pays où l'infection bacillaire est encore peu répandue, et pour ceux de ces sujets qui sont particulièrement exposés aux risques de contagion, par exemple pour ceux qui sont appelés à servir dans les régiments stationnés dans la métropole.
Il nous paraît, d'autre part, qu'elle est plus pratiquement réalisée par injection unique sous-cutanée, plutôt que par ingestion, et seulement après une, ou mieux deux épreuves de cuti-réaction tuberculinique ayant fourni des résultats négatifs. Ces cuti-réactions négatives ne signifient d'ailleurs pas que le sujet, est indemne de toute infection bacillaire, car nous savons que, après une contamination légère, la phase anté-allergique peut se prolonger pendant plusieurs mois, ou même indéfiniment ; mais on est en droit de penser qu'alors même que cette contamination légère se serait déjà produite, l'intervention du BCG n'entraînerait aucun inconvénient, puisque les malades tuberculeux pulmonaires, même avancés, le supportent sans aucun dommage. On peut, tout au plus, risquer de provoquer un petit abcès froid, que nous savons parfaitement inoffensif.
L'absorption intestinale des éléments microbiens étant fort aléatoire chez l'enfant âgé de plus de deux semaines et, a fortiori, chez l'adolescent ou chez l'adulte, il est préférable de recourir à l'injection sous la peau, et celle-ci peut être faite en arrière de l'épaule (au niveau de Pacromion).
Nous croyons aujourd'hui qu'une dose unique de 0 mgr. 01 (correspondant à quatre cent mille bacilles) est probablement très suffisante pour provoquer l'état de prémunition, et cette dose minime est incapable de déterminer la formation d'un abcès froid. Elle est parfaitement supportée sans entraîner aucun trouble physiologique, par les sujets de tous âges.
En fin 1924, une dose beaucoup plus considérable (3 mgr. 5) a été injectée, à titre d'essai, à cent quarante et un jeunes Malgaches préalablement soumis à l'épreuve de la tuberculine, sans qu'il en soit résulté aucune réaction immédiate locale ou générale. Mais tous ont fait, deux à trois semaines plus tard, un petit abcès froid, non douloureux, passant inaperçu de la plupart des sujets. Ces abcès, vidés par ponction, ont parfaitement guéri sans aucune suite fâcheuse. Ces jeunes soldats malgaches ont été incorporés dans divers régiments en garnison en France depuis plus de dix-huit mois. Ils sont particulièrement surveillés par le service de santé militaire. Jusqu'à présent, aucun d'entre eux n'a présenté le moindre signe suspect de tuberculose.
Il paraît donc souhaitable que des essais analogues soient étendus non seulement parmi les contingents militaires indigènes, mais aussi parmi les sujets originaires des colonies qui sont appelés à travailler ou à séjourner dans les centres urbains d'Europe ou d'autres pays où l'infection bacillaire est très répandue.
Nous savons que les autorités sanitaires de l'Afrique du Sud se préoccupent actuellement d'organiser une vaste expérience de vaccination préventive de la tuberculose parmi les noirs employés dans les mines du Transvaal et de la Rhodésie.