‹ La vaccination préventive contre la tuberculose par le "BCG,"Chapitre 67 sur 116 · MÉCANISME DU PHÉNOMÈNE DE PRÉMUNITION · texte numérisé non relu

MÉCANISME DU PHÉNOMÈNE DE PRÉMUNITION

PAR LE « BCG ».

SENSIBILITÉ A LA TUBERCULINE

Les expériences par lesquelles nous avons établi, dès 1906, le rôle protecteur d'une première infection bacillaire à l'égard des réinfections, nous ont conduit, ainsi qu'il a déjà été dit, à la recherche de quelque moyen pratique de réaliser artificiellement cette première infection protectrice avec un bacille dont on ne puisse jamais avoir à redouter des effets nocifs, non seulement pour l'organisme humain qui aurait à l'héberger, mais aussi pour aucune autre espèce animale. Après beaucoup d'efforts et de vaines tentatives, nous y sommes parvenus avec notre bacille d'origine bovine, très virulent en 1906, et dont nous avons réussi à modifier et à fixer héréditairement les caractères après deux cent trente cultures successives sur bile de bœuf.

Depuis 1920, qu'elle soit entretenue sur pomme de terre + bouillon glycérine ordinaire, sur pomme de terre biliée ou sur milieu liquide synthétique de Sauton, ces caractères n'ont subi aucun changement. La virulence est restée nulle pour tous les mammifères, même les plus sensibles, tels que le cobaye et le singe, nulle aussi pour les oiseaux et,

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jusqu'à présent, aucun artifice de laboratoire n'a permis de lui restituer des propriétés pathogènes. Tous les expérimentateurs, aujourd'hui nombreux, qui l'ont étudiée, sont d'accord sur ce point. Il faut en inoculer des doses énormes par voie intraveineuse, par exemple 5 milligrammes au lapin, ou par voie intrapéritonéale au moins 5 milligrammes au cobaye, pour provoquer dans l'organisme de ces animaux, des réactions cellulaires aboutissant à la formation de follicules tuberculeux. Encore ces follicules n 'évoluent-ils jamais vers la caséification. Xous avons vu qu'ils se résorbent, guérissent et disparaissent complètement en quelques semaines sans laisser la moindre trace, pas même de sclérose, et qu'ils ne sont réinoculables à aucune période de leur évolution ; ou que, du moins, si, prélevant un fragment d'un organe où ils sont apparents, on le broie et rémulsionne pour l'injecter sous la peau d'un cobaye, il n'arrive jamais que ce cobaye prenne la tuberculose.

On peut donc affirmer que le BCG est définitivement privé de toute propriété pathogène et que son élimination éventuelle dans les milieux extérieurs par les sujets vaccinés est sûrement inofïensive, non seulement pour l'homme, mais pour toutes les espèces animales sensibles à la tuberculose.

Ce sont là des qualités dont l'importance est capitale. Elles permettent de l'utiliser sans crainte d'aucun risque pour réaliser cette imprégnation bacillaire des organismesensibles qu'accomplit spontanément, mais trop souvent sans mesure et avec de graves périls, — heureusement aussi, dans un grand nombre de cas, avec assez de modération pour qu'elle soit inofïensive et protectrice, — la contagion naturelle.

Bien qu'il ait perdu toute aptitude à créer des lésions tuberculeuses virulentes et transmissibles par réinoculation, le BCG produit des tuberculines, engendre des anticorps et, lorsqu'on l'inocule à dose un peu forte, sous la peau ou dans le derme des sujets déjà bacillisés, il déter-

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mine, comme les bacilles virulents eux-mêmes, le phénomène de Ko cli.

Ses fondions antigènes sont demeurées intactes, et nous pensons que c'est en partie grâce à elles, en partie grâce à ce qu'il est parfaitement toléré par les cellules et par les organes lymphatiques, qu'il confère aux sujets indemnes de tuberculose préexistante cet état particulier de résistance aux réinfections qui caractérise l'immunité antituberculeuse. On .observe le même fait dans d'autres maladies à évolution ordinairement lente, par exemple dans certaines affections à protozoaires. Et c'est pour désigner plus explicitement cette forme spéciale d'immunité liée à la persistance de germes vivants dans les organes du sujet immun, qu'à propos de leurs travaux sur les piroplasmoses Edmond Sergent, L. Parrot et A. Donatien ont proposé le mot de prémunit ion (pre, munir e) que nous avons volontiers adopté.

Cette prémioiition ne sensibilise le sujet à la tuberculine et ne le rend apte à manifester le phénomène de Koek que si elle a été relativement massive.

On la produit sûrement chez l'animal par l'inoculation sous-cutanée, intrapéritonéale ou intraveineuse, et chez le jeune enfant par l'inoculation sous-cutanée de 0 mgr. 5 ou 1 milligramme de bacilles-vaccins.

Après l'absorption du BCG par voie buccale, la prémunition s'établit, surtout chez les très jeunes sujets, avec la même constance, ainsi que l'atteste l'expérimentation sur les animaux ; mais elle ne s'accompagne que beaucoup plus tardivement, et plus rarement, de sensibilisation à la tuberculine. Celle-ci s'observe à peine au troisième mois chez 10 à 11 % des sujets vaccinés.

Il arrive parfois que l'allergie s'établisse pendant quelques semaines, puis disparaisse, sans qu'il y ait aucun rapport entre son existence et la résistance aux réinfections qui, autant qu'il est actuellement possible d'en juger, persiste pendant plusieurs années.

Beaucoup de médecins, — en particulier de pédiatres, —

et un grand nombre de vétérinaires, se sont habitués à envisager la réaction tuberculinique lorsqu'elle est positive (ou autrement dit V allergie), comme le signe certain de l'existence d'une lésion tuberculeuse. Ils pensent que celle-ci, si minime fût-elle, est constante. Et l'on s'est habitué à admettre que la prémunition naturelle, la résistance aux réinfections, ne pouvait se manifester que chez les sujets allergiques.

Or, c'est là une opinion manifestement erronée. L'expérimentation nous montre d'une part que, pour provoquer l'allergie, il suffit d'inoculer à un animal sain une forte dose, ou plusieurs petites doses fractionnées de tuberculine ou d'extraits bacillaires. Il arrive même que les intradermo ou les cuti-réactions répétées, chez les sujets ou chez les animaux sains, les sensibilisent. A vrai dire, il s'agit là d'allergies passagères, qui s'évanouissent en quelques jours ou quelques semaines, mais qui n'en sont pas moins parfaitement nettes.

D'autre part, nous voyons que chez les sujets, enfants ou animaux vaccinés par le BCG, l'allergie apparaît et disparaît brusquement en l'absence de toute lésion tuberculeuse et que des jeunes bovins, prémunis par voie souscutanée dès après leur naissance, qui se sont montrés allergiques pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois, cessent tout à coup de réagir à la tuberculine. Ils n'en conservent pas moins pendant plusieurs mois une résistance évidente aux réinfections graves, car si, alors qu'ils ne réagissent plus, on leur inocule dans les veines une dose de bacilles bovins virulents, mortelle en six à huit semaines pour les témoins de même âge, ils font une tuberculose circonscrite, bénigne ou à évolution très lente, alors que Les témoins meurent de granulie aiguë ou de tuberculose généralisée.

Il est donc évident que les réactions tuberculiniques ne peuvent fournir aucune précision sur l'existence ou la nonexistence de lésions bacillaires dans l'organisme des sujets qui ont reçu du BCG soit per os, soit par inoculation.

Il n'est, par conséquent, nullement utile, il n'est pas même indiqué d'y avoir recours, parce que ces réactions, surtout répétées à brefs intervalles, ne sont pas inofïensives (plusieurs observations d'hémoptysies ou de poussées évolutives de tuberculose, consécutives à des cuti-réactions, sont à notre connaissance), et parce que, si elles se montrent positives, elles ne permettent en aucune manière de savoir si le sujet qui les présente est porteur de BCG avirulent ou de bacilles virulents.

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