‹ La vaccination préventive contre la tuberculose par le "BCG,"Chapitre 8 sur 116 · D'ANIMAUX A -SANG FROID · texte numérisé non relu

D'ANIMAUX A -SANG FROID

Dès 1897, A. Moeller (1) (de Berlin) avait essayé de traiter des malades tuberculeux par des injections de cultures d'un bacille acido-résistant qu'il avait isolé de l'orvet, qui croît à la température de 25° et qui meurt à 37°. Il attribuait à ce bacille des propriétés vaccinantes pour les rongeurs de laboratoire, vis-à-vis de l'infection d'épreuve. Mais sa Blindschleichen-Vakzine, malgré qu'elle fut aussitôt répandue et mise en vente par la Sclnitz und Heilserum Gesellchaft, n'a pas trouvé grâce devant l'expérimentation.

Il en fut de même du fameux remède de Friedmann, dont une réclame formidable et habile a imposé naguère l'essai à un grand nombre de cliniciens dans tous les pays.

Friedmann (2) avait isolé d'une tortue d'eau, provenant de l'aquarium de Berlin, un bacille acido-résistant qu'il affirmait être dépourvu de virulence pour les animaux à sang chaud et dont il proposait l'emploi, non seulement comme vaccin préventif, mais aussi comme remède curatif de la tuberculose humaine.

Orth fit des expériences sur le cobaye avec ce bacille. Il vit qu'il pouvait vivre pendant des mois et même des années dans l'organisme de cet animal, y provoquant parfois des lésions tuberculeuses typiques, mais atténuées et compatibles avec la santé. Les animaux ainsi inoculés paraissaient plus résistants à l'égard des tuberculoses bovine et humaine. Ils survivaient plus longtemps que les témoins. Par contre, Kolle et Schlossberger (3) ont vainement tenté de vacciner des cobayes contre la tuberculose

(1) A. Moeller, Lehrbuch der Lungentub, Vg. J. F. Bergmann, Wiesbaden, 1910, p. 213.

(2) Deutsch. med. Woch.,' 1903, 29, 953 ; 1904, 30, 166, 1673.

(3) Ibid., 1920, 16 déc.

DE VACCINATION ANTITUBERCULEUSE 43

humaine ou bovine en leur inoculant sous la peau, une ou plusieurs fois à intervalles de huit à quatorze jours, 1 à 50 milligrammes du bacille de la tortue. Tous les animaux éprouvés quinze jours à quatre mois après la dernière injection moururent de tuberculose généralisée, comme les témoins et dans les mêmes délais que ceux-ci.

Laissant de côté les propriétés soi-disant curatives du remède, L. Rabinowitsch s'est préoccupée de savoir si, au moins, ce dernier est inoffensif. Or, l'expérience montre qu'il n'en est rien. Si les inoculations de doses, même fortes, laissent le lapin indifférent, il arrive souvent que l 'on observe chez le cobaye des lésions tuberculeuses caractérisées.

Ces résultats, et aussi ce fait qu'elles se développent aussi bien à 37° et même à 40° qu'à 15 ou 20°, semblent indiquer que les cultures de Friedmaxx ne sont pas constituées uniquement par des bacilles acido-résistants de la tortue, mais qu'elles renferment aussi des bacilles humains. Nous savons, en effet, par les expériences de Weber et Titze, et par celles d'autres auteurs, que les bacilles d'animaux à sang froid n'ont aucun pouvoir vaccinant vis-à-vis des bacilles d'animaux à sang chaud.

D'ailleurs, les faits avancés par Friedmaxx relativement à l'action curative de son microbe sur la tuberculose humaine ont été reconnus complètement erronés par les cliniciens qui l'ont expérimenté, en Allemagne et aux Etats-Unis.

Johx F. Axdersox et Arthur M. Stimsox (1) ont publié en 1914 un rapport officiel du Public Health Service, de Washington, dont les conclusions sont aussi sévères que nettement défavorables. Un autre rapport non moins officiel, de 1923, émanant d'une commission spéciale instituée par le Landtag prussien, et qui comprenait tous les noms les plus éminents de la science allemande, Xeufeld, Uhlexhuth, Krauss, Neisser, Korte, Schittexhei.m.

(1) Hygienic Làboraty Bull., n° 99, octobre 1914.

etc., etc.. (1), ne fut guère plus indulgent. Il n'y a donc pas lieu d'attribuer au bacille de Friedmann, du moins en ce qui concerne la vaccination préventive, des propriétés différentes de celles que nous connaissons aux autres bacilles acido-résistants des animaux à sang froid (couleuvres, pythons, grenouilles, lézards, poissons, etc..) et aux acidorésistants saprophytes dits paratuberculeux (fléole, bacille des trompettes, etc.. [2]).

Bruxo Laxge (3) a d'ailleurs fait la preuve que les cobayes injectés avec des bacilles de la tortue ne réagissent pas ultérieurement à la tuberculine et qu'ils ne se montrent pas plus vaccinés que les témoins lorsqu'on les soumet ensuite à l'inoculation de virus tuberculeux humain. Sur quarante-trois cobayes préparés avec des bacilles des trompettes et de l 'orvet, aucun ne résista lorsque, dans la suite, on leur inocula du bacille tuberculeux virulent.

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