‹ La Vaccinothérapie TyphiqueChapitre 4 sur 33 · GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

GÉNÉRALITÉS

La vaceinothérapie typhique a pris pendant ces dernières années en France un essor considérable. Tous les auteurs qui ont employé la méthode à de très rares

exceptions près semblent tous très convaincus de la valeur thérapeutique de ce nouveau mode de traitement.

Il nous à semblé intéressant de rechercher si vraiment l’ensemble des résultats obtenus surpassait en valeur ceux que l’on peut avoir par les procédés de traitement classique. Certaines questions en particulier demandaient à être précisées : La durée de la maladie est-elle raccourcie, le pronostic meilleur, les complications plus rares : les rechutes plus exceptionnelles ?

Mais pour pouvoir trancher ces différentes questions il nous fallait tout d’abord étudier l’évolution de la fièvre typhoïde, et les résultats que Pon obtenait par les traitements classiques.

Autrefois on employait une médication purement

symptomatique qui s’adressait soit à la fièvre, soit à l'infection intestinalé. On atténuait ainsi légèrement les symptômes, on rendait l'organisme plus apte à se défendre, mais les résultats obtenus n'étaient pas extraordinaires et dans un groupe de 863 cas ainsi traités, Merklen rapporte à la Société médicale des hôpitaux 122 morts, soit un pourcentage de 14,13. Parmi ces méthodes une d'elle doit être mise à part : c’est la MÉ- THODE DE BRANDT.

Cet auteur en 1861 commença à traiter les typhiques pour les baïns froids à 18°.

Cette méthode prit rapidement une grande extension. Elle avait l'avantage de supprimer la stupeur, de provoquer une diurèse abondante, la langue devenait meilleure, et la mortalité s’abaissait à.9,92 °/,:

C’est cette méthode appliquée de manière plus ou moins rigoureuse qui jusqu'ici est restée la méthode classique dans les hôpitaux de Paris.

Dernièrement on a proposé d’y adjoindre le traitement par l’urotropine, excellent désinfectant urinaire et biliaire ; par l’iode pris en ingestion qui agit comme désinfectant intestinal, et comme stimulant du tissu lymphoïde. Enfin la méthode des abcès de fixation provoquant une énorme élimination toxique a pu dans certains cas grayes rendre de très grands services.

Mais toutes ces méthodes, ne sont que des médications adjuvantes, et doivent passer au second plan, si lon a une médication spécifique s’attaquant au bacille lui-même ou a ses toxines.

Déjà en 1892 MM. Chantemesse et Widal cherchent

Sd GE

les premiers a traiter la fièvre typhoïde par l'injection sous-cutanée de sérum d'animaux immunisés contre le bacille d’Eberth.

La mortalité dans les cas traités par cette méthode

aurait été abaissée à 4 °/,. Rodetet Lagriffoul préparant un sérum semblable signalent aussi d'excellents résultats.

A Vienne Kraus et Stenitzer, rapportent de mème des statistiques favorables.

Mac Faydean en Angleterre, Besredka en France : présentent de même des sérums qui ont fait leur preuve. |

Cependant cette méthode ne prit jamais une grande extension, à cause des difficultés qu'il y avait à préciser la dose de sérum à employer. On avait affaire à une médication parfois dangereuse qui pouvait demander à l’organisme un travail réactionnel trop considérable. Il fallait donc chercher un autre procédé.

C’est alors que l’on commença à étudier la vaccination préventive de la fièvre typhoïde. Cette vaccination qui consiste à injecter sous la peau des corps microbiens pour provoquer des réactions de défense spécifiques, donne chez tous les vaccinés des résultats parfaits.

De plus, dans quelques cas, les sujets ainsi vaccinés préventivement étaient en incubation de fièvre typhoïde ; et chez ceux-ci, la maladie déclarée évolua de manière extrêmement bénigne.

On pouvait donc se demander si la vaccination typhique n’avait pas un pouvoir curatif aussi bien qu’un

HO PNEE

pouvoir préventif, et de nombreux essais de traitement par les vaccins furent institués qui tous donnèrent des résultats favorables.

Nous avons voulu nous rendre compte par nous-même de la valeur de cette méthode et ce sont ces recherches que nous allons exposer ici.

Or, lorsqu'il s’agit de fièvre typhoïde, si l’on veut

juger une méthode de traitement, un certain nombre de précautions sont nécessaires.

. En effet, il n'y a jamais deux typhoïdes semblables et d’une épidémie à l’autre, d’une période mème d'épidémie à une autre période, on peut retrouver des difrences considérables tant dans la mortalité que dans la marche générale de la maladie.

De même dans certaines régions la typhoïde sévit ordinairement de manière beaucoup plus grave que dans d’autres. Enfin l’âge est facteur du pronostic, et tandis que la dothiénentérie est le plus souvent bénigne chez l’enfant, elle est sérieuse chez l’adulte et grave chez le vieillard.

Il faut donc pour juger une méthode la comparer au traitement habituel, voir les résultats des deux traitements pendant la même période d’épidémie, chez des malades de même milieu, de même âge, et faire porter ces recherches sur un nombre suffisant de cas.

A ce point de vue, les statistiques de Petrowitch a Uskub ont une valeur toute particulière. Malheureusement, en général les statistiques des différents auteurs portent sur un nombre de cas presque toujours limité.

Mais la réunion de tous ces cas a elle aussi une réelle

LAS — valeur. La diversité des auteurs qui ont employé ce mode de traitement ; le laps de temps pendant lequel il a été mis en œuvre corrigent un peu les différences que l’on observe au cours des diverses épidémies, et si certains auteurs ont eu la chance d'employer la vaccinothérapie au cours d’épidémies plus bénignes que normalement, il est très probable que beaucoup d’autres ont eu affaire à des séries beaucoup plus graves que la normale. Il y a donc une sorte de compensation qui rend ces cas tout à fait comparables à ceux des statistiques classiques.

Il nous faut donc avant tout chercher ce que doit être une fièvre typhoïde normale. Ce sera notre point de comparaison qui nous permettra de juger des résultats thérapeutiques de la vaccinothérapie.

Il est classique de décrire à la fièvre typhoïde normale trois périodes d’oscillations : ascendantes, stationnaires et descendantes, durant chacune six à huit jours, ce qui fait à la maladie une durée moyenne de vingt et un jours.

Or cette forme classique n’est pas à beaucoup près la plus fréquente, il n’est pas rare même dans une forme tout à fait normale, de voir le stade des oscillations stationnaires durer quinze à vingt jours ; un stade amphibole prolonger de plusieurs jours ou même de plusieurs septenaires l’évolution de la maladie. De plus les complications relativement fréquentes retardent encore la période d’apyrexie absolue. Enfin des formes prolon-

gées exceptionnelles peuvent durer de soixante-dix à

quatre-vingt-dix jours.

Eye

Il est vrai qu’à côté de ces formes, on peut retrouver des formes abortives, de durée très courte, mais elles sont très rares, et d’après M. Letulle se rencontrerait seulement dans 17,39 °/, des cas.

Il est donc fort difficile en présence de toutes ces formes diverses de préciser le nombre de jours que doit durer une fièvre typhoïde.

Mürchison, sur 200 câs a trouvé une moyenne de vingt qüâtre jours, mais il semble qu’il s6it tombé sur üne série particulièrement heureuse, et nous avons l’impression que si l’on donne comme dürée moyenne à la la fièvre typhoïdé ün mois, on n’exagère ps la durée de la maladie.

D'ailleurs comme nous le dirons plus loin,noûs avons trouvé pour nos cäs témoins le chiffre de vingt huit jours. Jewett le chiffre de trente-trois jours cinq, et Watters le chiffre de vingt neuf jours trois.

La mortalité dans la typhoïde varie suivant les auteurs et les traitements dans d’assez grandes proportions.

Si on étudie en effet les différentes statistiques qui ont été publiées à ce sujet, on voit que la mortalité de la fièvre typhoïde varie de 10 à 20 °/..

Ces statistiques ont toutes été faites sur des malades d'hôpital, c’est-à-dire sur des malades qui se font soigner tardivement et sur des sujets débilités ayant une hygiène habituelle mauvaise. Ces statistiques sont donc plus sombres que ne le seraient les statistiques de ville,

mais celles-ci manquent de bases précises pour pouvoir

entrer en ligne de compte. Ce sont dône seulement les premières que nous allons rapporter ici:

D'après les statistiques allemandes, la mortalité varie entre 18 et 19 °/,. En Angleterre, Mürchisson, réunissaïit des cas observés péndant trenté-trois ans au Lôndon Fever hospital, donné un pourcentage de mortalité de 15,82:

En Amérique, Watters donne un chiffre oscillant entre 12 ét 20 °/..

À Paris, le professeur Chantemesse réunissant les différerits cds observés dans les divers hôpitaux de 1901 à 1907 atrive auchiffre de 14 °/.. a

Noûs avohs vu que les statistiqies de Merklen donnéht un pourcentage de mortalité de 14,13.

Enfiñ par la balnéothérapie, on abaisse le pourcentage à 9,9 °/.

Plus intérés$äntes encore sont les statistiques récentes, Car on peut mieux les opposer aux résultats obtenus à la même époque pär la vaccinothérapie.

M. Lion de 1903 à 1913 sur 180 cas à une mortalité dé 12,2 °/,, M. de Massary äppliquant ën permanence une vessie de glace sur l'abdomen sur 46 cas à 3 morts

ou 6,52 °/,: Chez les enfants, M. Comby obtient sur 485 cas un pourcentage de 8. Noüs mêmes, recherchant les statistiques municipales portant sur la période pendant laquelle nous avons fait nos éssäis, retrouvons 1.337 cas avéc {38 morts, ce qui donné comme pourcéntage 10,39. L’épidémie h’a donc pas été particulièrement bénigne.

Les rechutés sont plus où moins fréquentes suivant les épidémies. Peut-être sont-ellés un peu plus fréquentes

AE

dans les formes bénignes que dans les formes graves, et cela bien souvent parce que le régime n’est pas suivi avec assez de vigueur. Pour Brouardel elles varieraient en moyenne de 3 à 10 °/..

Parmi les complications de la fièvre typhoïde, deux surtout sont fréquentes et graves : c’est l’hémorragie et la perforation ;il va nous falloir en préciser la fréquence ; cela nous servira de base pour pouvoir dire si la vaccinothérapie évite ou au contraire multiplie ces complications.

L’hémorragie intestinale au cours de la fièvre typhoïde se rencontre de manière plus ou moins fréquente dans les différentes statistiques. Les chiffres extrêmes varient entre 2.et 10 °/.. Homolle, réunissant des documents français et étrangers, apporte 10.000 cas avec un pourcentage de #,65. Là encore il y a de grosses différences entre les diverses épidémies.

La perforation, plus grave encore, et plus fréquemment cause de mort est heureusement un peu plus rare. Là aussi elle semble plus fréquente dans certains pays, dans certaines formes épidémiques et les pourcentages donnent pour Murchison le chiffre de 3,04 °}, dans 1580 cas ; pour Griesinger 2,3 °/.,, dans 600 cas ; par FElint 2,7 °/, dans 72 cas.

Telles sont les données générales que l’on retrouve dans les livres classiques, avec les traitements habituels. Ilest bien évident qu'il ne faut pas faire dire à ces chiffres plus qu'ils ne peuvent ; ils ne répondent pas avec une précision mathématique à toutes les formes

que l’on peut observer. Cependant ils ont une certaine

Page 1