‹ La vaine aventureChapitre 12 sur 21 · LE SENTIER · texte numérisé non relu

LE SENTIER

J'ai marché lentement parmi Les fleurs du sentier endormi, Espérant revoir mon amie.

Témoins de mon bonlieur passé, Les arbres me laissaient passer Et muets gardaient leur pensée.

L'Etang en un rêve de plomb Dormait près du chêne félon — Ah que la route paraît longue!

La lune aux minces doigts blafards Effeuille les grands nénuphars — Ah que cette route m'effare !

Enfin m'est apparu le banc Où l'enlaçant tel qu'un ruban Je baisai ses lèvres trop blanches.

Héhis, elle n'était plus là !

Appuyant son front tiède et las Contre mon cceur baigné de larmes.

Et ses frêles bras ivoirins,

Ses yeux profonds comme le Rhin,

Sans haine ni doute ni crainte —

Ses gestes graciles d'enfant, Gestes surpris et confiants Au son des paroles fuyantes.

Et soudain il m'est souvenu Que son corps glacial et nu Gisait là-bas dans l'avenue

Sous les plis incertains du lin, Les mains jointes pour le déclin De sa belle âme cristalline.

48 LA VAINE AVENTtJRE.

Elle était morte un soir d'été, Ma faible et grave fiancée — Mais moi ie l'avais oublié...

c//A.yso\

Il pleut dans l'herbe grasse Du petit cimetière, Là-bas, sur le coteau,

O bien aimée, ô mal aimée.

X'es-tu pas encor lasse De dormir sous la pierre ?

Je te joindrai bientôt,

() bien aimée, ô mal aimée.

5 0 LA VATNE AVENTURE.

Le temps d'écrire un livie, Un livre de ballades En souvenir de toi,

O bien aimée, ô mal aimée.

Après quoi je délivre Enfin ce corps malade.

Transi déjà de froid.

O bien aimée, ô mal aimée.

Et je veux qu'on le couche Dans l'herbe haute et grasse, Là-bas sur le coteau,

O bien aimée, ô mal aimée,

Afin qu'cMicor ma bouche A ta bouche s'enlace Au temps du renouveau,

O bien aimée, ô mal aimée.

Car tu fermas trop vite Tes paupières blessées Par l'aube du Désir,

() bien aimée, ô mal aimée.

Et mon remords s'irrite Des heures dispersées Au vent de l'Avenir,

O bien (liiui'C, ô mnl niiiii'C.'

Me demander /^'//r^wc/ je t'aime? Imprudence, imprudence... ô sotte question... Oii cesse de parler... je t'aime — Et. que du reste il ne soit plus question.

.Te t'aime et si je te disais toute autre chose Je parlerais si longtemps, trop longtemps... Tu ne comprendrais pas grand' chose Et l'amour pourrait s'enfuir pendant ce temps.

Non, non — ne baise pas ainsi ma bouche Comme si tu voulais exhumer un secret, C'est une cassette à serrure que ma bouche. Et jamais, jamais tu n'en sauras le secret.

Et tu peux tordre aussi tes bras, femme stupide,

Et ni'ennuyer de ta colère et de tes larmes,

Et nie dire de mauvais mots, de méchants mots :

Je ne suis pas assez stupide

Pour me condamner à d'éternelles et vraies larmes

Parce que j'aurai lâché certains mots, certains mots.

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