AUTRE CHANSON
Mon cœur m'est resté sur le cœur
De cette trahison.
Pourquoi donc faut-il que ce cœur
Me jette en déraison ?
Il en est tant, à ce qu'on dit, D'expertes aux revanches
Qui des larmes d'un Vendredi Font rire les Dimanches.
Or l'une serait bien mu sœur Jusqu'à la pâmoison,
Jusqu'à la petite douceur
Qui fait un grand frisson.
Mais voilà — l'autre c'était l'autre Et ce n'était pas l'une,
Et sa faute fut de ma faute Et i'alioie à la lune.
Adieu les parfums en mineur
De sa rouj^e toison ; Le nouvel amant est majeur
De plus d'une saison.
Alors il fauilra (juc j'en meure
Comme un dont l'iieure sonne
Quand elle ira dans ma ilemeure, N'y aura iilus personne.
Et j'enteiul son rire moqueur
Dans la vieille maison Où fleurit un temps le bonheur
Avant cette chanson.
Il ne faut pas leur montrer ce que nous sommes, Pas plus à celle-ci qu'aux autres.
Elles ne pensent qu'à guerroyer les hommes En des subtilités d'apôtres.
Il ne iaut pas leur confier nos armures,
Xi le blanc cimier ni le heaume.
Aux candides mains un peu moins que rien sûre^^ Froides mains ignorant le baume.
Si l'ambiance est aux tendres crépuscules, A cette grise heure qui leurre,
Où les meilleurs cœurs frisent le ridicule, Bebêtes à ce qu'on en pleure,
Mais oi^i ce qu'il v a de plus noble efïlue : Ferme l'écluse de ton âme ;
Sois doux, mais de quelle douceur melliflue. De quel poncif d'épithalame —
Mélancolique, parcours toute la gamme, Bémolise Werther-Adolphe,
Même de la violence : enlace, brame — Elle est la mer et toi le golfe...
Mais surtout pas simple, ah pas toi, pas nature !
Il leur faut la chose moins vraie Que vérité ; le joli d'une aventure
Où le bon grain serait l'ivraie.
CR/:/'[\scrLE
Xuances à l'agonie De la lumière bannie Par un astre précurseur, Elles cliantent l'ironie D'involontaires nénies A notre ancienne ardeur.
Quelle viole désolée Se mêle à la symphonie ?
La candeur s'en est allée — S'inclinent les azalées Dans les pâlottes allées —
Ah le « beau soir de printemps » !
Te rappelles-tu le temps De mutuelle envolée Vers la commune douceur?
Petit geste défenseur Qui tant me fit agresseur, Doubles chagrins, troubles joies Tissant d'invisibles soies Autour de nos libres cœurs.
Mi-baisers, enfantillages, I-ongs pardons et maies rages.
Indispensables bagages Des cythéréens voyages.
Soudain vous reparaissez Revêtus de nos passés, Lambeaux frêles, tons passés, Comme ces derniers nuages Par un ra3"on traversés...
Et pourtant comme eux vous n'êtes, Délicieuses sornettes.
Qu'impalpables gouttelettes Que mes larmes en séchant Aux rayons de ce couchant Ainsi callides ont faites.
Étant alors au lit et de fièvre malade,
Tu vins enfin me voir, par curiosité,
Et sachant bien de quoi je souffrais, par bravade
Je suppose, tu feignis l'ingénuité.
Et tu me dis : « Ami, qu'y a-t-il dans tes yeux? Ils ont à cette heure un éclat fébrile, étrange... Oh ! quel est le mal sournois et pernicieux Qui vous épuise à ce point.' » Et de sa voix d'ange
g2 LA VAINE AVENTURE.
Elle dit encor : « Penses-tu parfois à moi? Non... car nulle part je ne vois les fleurs que j'aime. Ni mon portrait, jadis sur ce meuble d'ébène... Ni ce petit livre de vers chape d'orfroi Que nous lûmes si souvent ensemble, tu sais... »
Moi, je lui répondis d'un ton tremblant assez : « Tes fleurs, tes belles fleurs un soir se sont fanées. Expirant le parfum de mes jeunes années ■ — « Je ne sais par qui ton portrait fut déchiré, Mais par la même main mon cœur fut lacéré — « Les pages du petit livre aux cliansons aimées Se sont au forer de m;i fièvre consumées — « A force de regarder toujours en moi-même, Mes yeux ont pris cette couleur étrange et blême — « Et maintenant, par grâce, pars, ô douce amie, Car ta présence me piodigiie une accalmie... « Pars et ne reviens pas. Mon mal pourrait s'enfuir, Et par toi sache que Je ne veux pas gtiirir. »