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LA CHASSE

Dans kl clairière, près du val,

Sous la clarté rouge d'un soleil d'automne,

Coule le fleuve lent et monotone

U'un passé que plus rien n'étonne.

J'ai laissé brouter mon cheval

A son aise dans l'herbe drue,

Mais sans lâcher de l'étrier.

Tout à coup, du fond du hallier Une forme m'est apparue :

Elle s'avance légère Sur la cîme des fougères, La forme mensongère.

Un rayon de soleil A lui sur son orteil.

On dirait une abeille.

Avee son rire qui fait mal Et ses dents de jeune animal, Elle dut mordre à toutes âmes; Mais la mienne, durcie aux flammes, Sombre et flétrie aux yents du soir, Plus haute à force de déchoir Et que de mes mains je flagelle Chaque soir,

Nulle désormais, pas même elle.

N'y doit toucher sans mon vouloir.

Avec ses robes et ses danses Et son regard damasquiné,

Cieiix changeants, ruisseaux d'impudences Sourdant de son front obstiné, Avec cet orgueil d'être unique Sous son hypocrite tunique, Elle m'a pourtant étonné.

Et j'eus peur... car dans l'atmosphère Maléfique de son mystère Soudain l'ancienne chimère Passe, me frôlant en son vol, Et j'ai senti sur mes prunelles Souffler le vent chaud de ses ailes.

De minces gouttes de sueur

Ont coulé jusque sur mon cœur.

Et j'eus froid... Mais crisjiant les rênes,

De l'éperon des vieilles haines

J'ai meurtri le flanc frémissant

Du cheval déjà hennissant.

D'un bond furieux le voici fuyant l'image. Taïaut, bon compagnon, courigc!

96 LA VATNE AVENTURE.

Hardi, vers l'horizon!

Il faut fuir sans raison.

Taïaut, par monts et par vallées

Sous le ciel bas les lacs de volupté

Passent... O cette eau morne aux voix ensorcelées !

Passent aussi les longues plaines désolées, Et sous les sabots de ma bête La poussière des désirs défunts fouette Me's )'eux et dessèche ma gorge qui halète. Hardi, galope, animal entêté.

Maintenant c'est la forêt du Doute, •»% Tragiques troncs et comme en déroute D'avoir combattu la solitaire Austérité, Feuillages morts que trop de soleil rongea.

Mais entends sur tes traces déjà Les folles meutes harcelées;

Les voilà, les voilà...

Oh Dieu ! l'interminable route.

Galope, galope, compagnon détesté !

Ha, c'est enfin le silence et la brune

Et l'ombre calme des grands bois :

La pai.x suave du hautbois^

Chante dans un rayon de lune.

Elles ont fui, les rauques voi.x

De la meute, on dirait, l'autre après l'une.

Serait-ce déjà l'autrefois .'

Et serait-ce enfin le bon gîte.

Ce val paisible et consolant

Où coule un fleuve grave et lent

Que nul désir humain n'agite?

Il serait temps pourtant : mon cheval soulTle et tremble,

Une sueur de sang mouille son poil luisant.

Halte en cette clairière !

Qu'est-ce donc' il me semble...

O néant ! C'est bien cela. Fatigue et néant !

Vois, vois... C'est la même clairière

Qu'à l'aube, avec son herbe drue

Où la forme m'est apparue

Légère

Comme une abeille

Sur la cîme des fougères.

Ici, certes, ici même, à cette place.

Broutait tantôt ma bête altière...

Maintenant la voici plus lasse

Et moi plus las aussi.

Triste fallace De la chasse meurtrière !

A quoi bon cet effort et la route éphémère, Ce sang et ces hennissements?

Voici le hallier solitaire...

L'herbe des désenchantements Croît près du fleuve monotone D'un passé que plus rien n'étonne

r.A VAINE AVENTl'RE. 99

A force de s'approfondir

Le long des berges de silence.

Va, cherche à te reconquérir,

('hasseur arrogant. Pointe et pique ta lance

Sur l'ombre qui court vers l'oubli,

Et sonne enfin au vent l'orgueilleux hallali !

Mais songe : la défaite n'est pas moins belle

Puisque quand ton cheval chancelle

Le fleuve obscur est là pour vous ensevelir.

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