L'ÉTANG
Vois, il a la bouche close ; Il est si discret, l'étang !
Dis-lui des vers, de la prose, Ou même toute autre chose ; Si tu vois bouger 1 étang, Viens-t'en me chercher, viens-t'en.
A quoi songe cette eau verte Qui sommeille ou qui attend, Où vont à la découverte Les fils de la Reine Berthe, Les longs fils soyeux d'antan Qu'elle filait en chantant ?
Tout au fond gît l'amertume
Des souvenirs attristants,
Et dans la Vase posthume
I,e corps — ce dit la coutume —
Du bon chevalier Tristan
Qui mourut fol à vingt ans.
Songes éclos en ces vases, Troubles moires miroitant Sous des écharpes de gazes Sont de longs rêves sans phrases, Des rêves à d'autres temps — Car il est très vieux, l'Étang.