Strauss. Die Bulgaren, pp. 188 et sqq
5. Un exemplaire nous en a été communiqué par M. Popescu de Voetesci.
« notre jeune empereur. » Cet instinct porte aussi à tout dramatiser ; le symbole abstrait n'est pas en faveur chez le Roumain ; tout prend une forme concrète, s'orne et s'enjolive d'épisodes variés. Le simulacre d'enlèvement devient tout un drame en plusieurs actes. La parole y a autant de place que l'action. La prolixité des oratiune, les (liants, dictons, formules de salutation, qui accompagnent tous les actes, témoignent du goût pour la parole. Et, de fait, lorsqu'il veut bien sortir de son silence habituel, rien de plus loquace, je dirai presque de plus éloquent, qu'un paysan valaque intelligent.
Plus d'une tendance fondamentale de l'âme roumaine, voilée en quelque sorte sous le masque de méfiance et d'impassibilité que des siècles de misère ont mis sur la face du paysan, se révèle aux jours de fête et de gaîté, et se laisse saisir dans les coutumes antiques si fidèlement conservées.
L'étude de la littérature populaire peut être considérée comme capable de préciser davantage ces tendances et ces idées. C'est en ce sens qu'elle mérite l'attention de l'ethnologue et du géographe, autant que du folkloriste. Malheureusement, elle a été rarement envisagée au point de vue qui nous intéresse.
Laissant de côté les collections de formulettes médicinales, descântece, oratiune l, etc., dont la valeur littéraire est nulle et l'intérêt psychologique très faible, on peut espérer trouver, dans les contes, étudiés d'une façon scientifique par Saineanu2, quelques indices intéressants. On est souvent frappé du peu d'ampleur de la narration ; les versions tziganes sont, en général, plus riches en invention ; les légendes cosmogoniques sont pauvres ; la plupart se retrouvent chez les Bulgares, les Maghiars et les Eusses, beaucoup plus développées et plus logiques 3. On a remarqué aussi, avec raison, le caractère prosaïque des contes roumains; l'élément fantastique et miraculeux
1. Mariam'. Vràji, farmece, si desfàceri, Ann. Ac. Rom. (2), XV, 1893. — P. Lupascu. Mcdicina baneloru, Ann. Ac. Rom. (2), XII, 1892, etc. Voir la bibliographie in Saineanu. Isloria iilologiei romane.
2. Saineanu. Basmele Bomâne, Bue., 1895 (voir pp. 190-94, la Bibliographie des contes publiés). Les recueils de contes les plus importants sont encore : Schott. Walachische Marchen, Stuttgart, 1848. — Alexandri, trad. fr. par Voinesco, Paris, 1852. — Ispirescu. Légende sau Basmele aie Româniloru, Bue, 1872-74-76 (3 parties).