Filip, op. cit., p
2. Tous les détails descriptifs sur les différentes races de bétail sont empruntés à Filip.
Les moutons eux-mêmes appartiennent à un type spécial, qu'on appelle tourcana ou bârsana, du nom de Bârsa, en Transylvanie, race de taille variable, à laine de qualité inférieure, longue et rude, à queue courte et parfois gonflée de graisse, assez rustique pour vivre à la belle étoile, été comme hiver, et donnant un lait savoureux, quoique peu abondant.
Dans toute la région des collines, il n'est pas de maison où l'on n'engraisse un ou plusieurs porcs ; c'est le seul animal dont le paysan mange communément la viande, fraîche ou conservée. La race est tout à fait primitive, avec un profil presque droit, des oreilles dressées et une sorte de brosse hérissée en crinière sur l'échiné, qui rappellent le sanglier. En Olténie, particulièrement, ces bêtes, à demi-sauvages, peuplent les rues des petits hameaux, grouillant autour des maisons, pêle-mêle avec une multitude de poules.
L'élevage, et les échanges qu'il amène, sont la principale source du mouvement commercial dans la région des collines. Les foires, jadis très nombreuses et très fréquentées dans ces pays relativement plus calmes que ceux voisins du Danube, ont beaucoup baissé, mais celles qui subsistent sont de grands marchés à bestiaux. Cârbunesti est la foire où l'on achète, en Olténie, les meilleurs petits chevaux de montagne. Târgu Jiu est un marché de porcs renommé, qui exporte de 2 à 4,000 têtes par an en Hongrie 1. A Buzeu, on vendait, depuis les temps les plus reculés, la laine tondue à l'entrée de l'été 2 ; c'est maintenant, surtout, un marché de gros bétail. De même, le grand bâlciu de Rîureni, célèbre dans toute l'Olténie, n'est plus guère qu'un obor, une foire à bestiaux, accompagnée toujours des indispensables cabarets et boutiques de frivolités, où le paysan est invité à vider sa bourse, remplie par une bonne vente. Ces foires sont différentes de celles des pays voisins du Danube, où l'on s'amuse peutêtre moins et traite des affaires plus importantes.
C'est que les conditions de l'élevage ne sont pas les mêmes. Domestique et communal au voisinage de la montagne, il devient de plus en plus le fait des grands propriétaires dans la région des basses collines et dans la zone des plaines, surtout en Munténie. Le Bârâgan et la Terrasse du Buzeu contiennent des domaines de plus de 20,000 hectares, où l'élevage est pratiqué en grand déjà depuis
1. Munit ofpc. m Robin-Staicovici. Statistique roumaine, p. 78.
2. Iorgulescu. Dict. Géogr. Dép. Buzeu. Article Buzeu, la meilleure et la plus complète monographie historique qu'on possède d'une ville roumaine.
Figure 08.
Répartition des animaux domestiques en Yalachie (communes urbaines exclues) :
B Chevaux.
G Race bovine (y compris les
buffles).
I) Moutons.
E Porcs.
1 moins de une tête par pro-
priétaire de bétail.
2 plus de une tête.
3 plus de deux têtes.
4 plus de trois têtes.
5 plus de cinq têtes.
6 plus de sept têtes.
7 plus de dix têtes.
La carte A donne l'hydrographie, les traits essentiels du relief, la haute montagne étant marquée par un grisé vertical, la région des plaines par un pointillé, la zone des collines d'Olténie et Munténie réservée en blanc, de façon à apprécier la situation de chaque département,
Noms des départements : I.
Mehedinfi — II. Gorj — III.
Vâlcea — IV. Arges — V.
Muscel — VI. Dàmbovila - VII. Prahova — VIII. tïnzeu — IX. Râmnicu Sârat — X. Brârta — XI. Jalomita — XII. llfov — XIII.
\ lasca — XIV. Teleorman - XV. Oltu — XVI. Romanatf — XVII. Dolj.
quelque temps. C'est ce qui explique la forte proportion de la population chevaline, bovine et surtout ovine dans les départements de Braila et Jalomita (v. fig. 38). C'est là qu'on a pu songer à reconstituer, par des haras bien organisés, la race chevaline. On en trouve d'ailleurs les éléments avec ces chevaux de Jalomita, en grande partie amenés par les immigrants transylvains, et qui, par la taille et le port, ressemblent aux chevaux hongrois. Hauts de lm50 à lm60, la tête plus longue, les formes plus fines que chez le cheval de montagne, ce sont des bêtes peu gracieuses, mais très robustes, excellentes, tant pour le trait, que pour la selle.
C'est encore dans les plaines de Munténie, et particulièrement sur le Baragan, qu'on trouve le type le plus pur de la race des bœufs de Jalomita, aussi différents de la race moldave que de la race montagnarde, et très voisins de la race transylvaine, dont ils ont les grandes cornes en forme de lyre, la haute stature, le garot saillant, le pelage gris clair. Toujours en plein air, ce sont des animaux rustiques et durs à la tâche. Pour les gros ouvrages, on leur préfère cependant encore, dans la campagne, les buffles, presque aussi nombreux que les bœufs en Bulgarie l, et assez répandus dans toute la région steppique de la Munténie voisine du Danube 2.
A part cette région, qui semble être la réserve pastorale de la Valachie, le gros bétail est sensiblement moins nombreux dans la zone basse que dans la zone montagneuse, et, en général, en Munténie qu'en Olténie. La même remarque s'applique aux moutons et aux porcs, qui appartiennent d'ailleurs, eux aussi, à des races spéciales. Le mouton, tigaïa, du Baragan, appelé aussi mocanesc, à cause de son maître, le mocan, berger transylvain immigré, est une bête plus lourde et de taille plus grande que le mouton tourcana. Sa laine est notablement plus fine, mais dégénère, quand on cherche à l'acclimater dans les districts montagneux. Il supporte cependant un séjour de quelques mois dans les pâturages alpins ; la plus grande partie des moutons des départements de Jalomita et Braila paissent, l'été, dans les monts du Buzeu, de même que ceux des départements de Teleorman et Vlasca viennent des monts de Fogarash et du Bucegiu. La position des deux maxima (fig. 38 D) indique, par elle-
1. Voir Engelbrecht. Die Landbauzonen der aussertropischen Gebieten, t. III, pi. 52.
2. Département de Jalomita, 4,700 têtes; Ilfov, 13,300; Romanati, 3,700: Teleorman, 3,300; Vlasca, 5,800.
même, le tracé des grands chemins de transhumance dont nous avons déjà parlé.
Les marchés de toute cette région pastorale de la basse Yalachie sont parfois de vieilles cités maintenant déchues, comme Urziceni, capitale du département de Jalomi^a jusqu'en 1832. Mais, de plus en plus, la première place revient à ceux qui se tiennent sur le bord du Danube. La foire à bestiaux de Calarasi est une des plus importantes de toute la Yalachie. Elle ne le cède, pour la valeur des trafics, qu'à celle du Târgu Mosilor, à Bucarest.
L'élevage tend à prendre de jour en jour plus d'importance, mais ses progrès sont limités, dans une certaine mesure, par ceux de l'agriculture, qui lui dispute les espaces jadis incultes clés steppes voisines du Danube. Si, depuis longtemps, la Yalachie est un pays agricole, le grand essor pris par la culture des céréales ne date pas de plus d'une vingtaine d'années. La tranquillité, enfin assurée au pays, l'établissement des voies ferrées, permettant la concentration rapide des produits, ont contribué à stimuler l'activité ; on a défriché et mis en culture des terres vierges, et obtenu, pendant quelques années, une série de récoltes superbes, qui ont mis la Yalachie, avec la Moldavie, au premier rang des pays exportateurs de grains et de farines 1.
Des études techniques ont montré la qualité supérieure des blés de Yalachie, employés dans les grandes minoteries de Yienne et de Buda-Pest, pour faire les mélanges connus sous le nom de farine hongroise 2. Aussi, est-ce surtout à développer la surface cultivée en blé que s'appliquent les grands propriétaires. Actuellement, elle représente, en Yalachie, 1,193,770 hectares, soit 15 % de l'ensemble du pays, 39 % de la surface cultivée en céréales. Le maïs est ensemencé sur 1,464,750 hectares, soit 19 % de l'ensemble du pays, 48 % de la surface occupée par les céréales.
1. Die Weizenproduction in Rumânien, Wiener Landwirtschaitliche Zeitung, 1899. — Cornu Munteanu. Etude sur les céréales de Roumanie, Bue, 1900, spécial. pp. 56-57 et 142-143 (analyses).
2. D'après Cornu Munteanu {op. cit., pp. 113 et 150), la Roumanie, en 189G, donnait en blé 1/2 de la production de la Hongrie et de l'Italie, les 2/3 de celle de l'Allemagne, 1/4 de plus que l'Angleterre ; en maïs le double de la France, les 3/4 de l'Italie, les 2/3 de l'Autriche-Hongrie.
Ces deux cultures, qui sont la base de toute l'économie rurale, sont réparties de façon assez inégale dans les différentes régions naturelles, et la prédominance de Tune ou de l'autre est due, tant aux caractères physiques du sol et du climat, qu'aux conditions de la propriété. Malgré l'insuffisance des statistiques officielles par départements, on peut se rendre compte de la prédominance du maïs dans les régions montagneuses, et du blé dans la zone des plaines (fig. 39 et tableau II) 1.
Le maïs, qu'on sème au printemps surtout, est une céréale parfaitement adaptée au climat de la région des collines de Valachie, plus pluvieux et moins sec que celui de la basse Munténie. De fortes chaleurs d'été lui sont moins nécessaires que d'abondantes pluies de printemps et un sol frais jusqu'à l'entrée de l'automne. Sa culture exigeant relativement peu de soins, et d'un rendement assez constant, convient à un pays de petits propriétaires où chacun a sa vache, son jardin et son champ. Les grands domaines sont rares dans la haute Yalachie, habitée depuis plus longtemps que les plaines steppiques de Munténie; le paysan, qui tâche toujours de vivre du seul produit de ses mains, préférera, même dans la plaine, le maïs, qui lui donne la mamaliga, base de sa nourriture, et sert à engraisser le porc et les poules. A peu près tout le maïs produit en Yalachie est consommé sur place, tandis qu'une forte proportion du blé est exporté.
Le blé est une céréale dont les exigences sont différentes de celles du maïs. Les sols secs et chauds lui conviennent par-dessus tout. Les années pluvieuses, qui donnent les meilleures récoltes de maïs, sont les mauvaises années pour le blé. La culture exige plus de soins et donne des résultats plus rémunérateurs, mais expose à de véritables désastres, quand les grands froids arrivent avant que la germination des semences d'automne soit assez avancée 2. Aussi le blé est-il la céréale préférée des grands propriétaires, et les raisons économiques s'ajoutent aux raisons physiques pour en faire la culture la plus répandue dans toute la région de caractère steppique, qui s'étend sur la basse Olténie et sur la plus grande partie de la
1. La proportion des surfaces ensemencées en blé et en maïs est à peu près la même dans les départements de plaine, mais il faut compter que la valeur du blé est beaucoup plus grande pour une même surface cultivée et pour une production égale.