Cornu Munteanu, op. cit., p
jouent un grand rôle dans son alimentation. L'avoine est encore relativement peu cultivée, sauf dans les pays d'élevage du cheval (collines d'Arges et Prahova et plaines du Buzeu) 1. C'est aussi dans la région des plaines de Munténie que l'orge joue seulement un rôle important 2. Elle y représente, comme en Dobrudja, une culture maigre, plus ancienne que le maïs, introduit en Valachie au X VIIe siècle, et antérieure à la grande extension de la culture du blé.
Les cultures industrielles ne tiennent pas encore une grande place en Yalachie. Le lin, qui fournit la matière de l'industrie textile, en grande partie domestique, est cultivé à peu près partout en quantité peu considérable, de même que le chanvre. Le colza, qui donne une huile utilisée chez le paysan, est très répandu, surtout dans la région des basses collines et des plaines.
Le tabac, dont la vente est monopole de l'Etat, est cultivé dans les mêmes conditions qu'en France, sous le contrôle de l'Administration, et seulement dans les départements d'Ilfov, Vlasca, Dâmbovita, Jalomita et Romanati. Il donne un produit de valeur marchande moyenne, moins abondant, mais plus fin, à la lisière de la région des collines, où on le cultive sur des pentes abritées et tournées au midi, que clans la région des plaines 3.
Dans ces dernières années, la culture de la betterave sucrière, favorisée par un tarif de primes, a beaucoup gagné en Roumanie, mais la Yalachie n'a guère pris part à ce mouvement.
Les seules cultures industrielles qui jouent un rôle important dans l'économie rurale sont, en même temps, des cultures alimentaires; ce sont la vigne et le prunier.
Le climat continental extrême de la Yalachie, avec ses hivers où le thermomètre s'abaisse au-dessous de 0° pendant 116 jours, et ses
1. Départements : Arges 12 %, Prahova 11 %, Brâila, Jalomita et Ilfov 8 % de la surface ensemencée en céréales.
2. Voir tableau II. On peut juger de l'extension de la culture de l'orge par la ligure 40. Elle est localisée surtout dans les départements où le maïs et le blé ne représentent ni l'un ni l'autre plus de 40 % de la surface totale ensemencée en céréales.
3. Les monopoles de l'Etat, Exposition de 1900, I, Tabacs, p. 33. Voir tableau de la production à l'hectare et du revenu par hectare, tableau V. C'est le département de Jalomita qui donne le plus fort rendement (près de 900 kilog), mais c'est
• qui produit les variétés les plus chères (0 fr. 60 le kilo-).
étés brûlants et secs, la place dans la catégorie des pays qui sont à proximité de la limite de la vigne, mais où, dans des conditions favorables de sol et d'exposition, le vignoble peut s'étendre et donner les meilleurs produits. L'Olténie, montueuse et douée d'un climat à teinte plus méridionale, les coteaux de la vallée de l'Oltu, les abrupts des collines d'Arges, entre Pitesci et Gaiesci, et des collines du Buzeu, de Buzeu à Focsani, ont toujours été les lieux d'élection de cette culture. C'est là qu'elle donnait les meilleurs résultats pour l'abondance et la qualité des produits. Les crus de Dragasani sont encore, avec les Cotnari de Moldavie, les plus renommés.
Mais, dans les dernières années du XIXe siècle, la culture de la vigne a pris, en Yalachie, comme dans beaucoup de pays de vins, une extension considérable. On planta les ceps un peu partout ; bientôt il n'y eut, en dehors des plaines steppiques de la basse Munténie, plus guère de région où presque chaque commune n'eût ses vignes.
En 25 ans, la Valachie avait augmenté d'un tiers la surface du vignoble et triplé la production grâce à l'amélioration des procédés de culture et de vinification encore très primitifs 1. Il est permis de penser qu'elle fournissait une bonne part de l'exportation qui, pour toute la Roumanie, s'élevait à plus de un million de francs.
L'invasion du phylloxéra vint arrêter cet essor. C'est en 1884 que l'insecte faisait son apparition en Roumanie, mais ses principaux ravages, en Yalachie, ne datent que de 1890 environ. De 1893 à 1898, la production a été réduite à un sixième. Les départements de Dolj, Prahova, Mehedinti, Romanati, sont ceux qui eurent le plus à souffrir (v. tableau III et fig. 41) 2. Les vignobles de la terrasse diluviale
1. Etendue cultivée en 1865 : 00,527 hectares; en 1802, 70,842. Production : 301,054 hectol. et 1,031,004 liectol. (chiffres par départements, d'après Crupenski. Asupra agricultura României, Bue, 1805).
2. Les chiffres relatifs aux vignes doivent être maniés avec la plus grande circonspection. Entre les évaluations provisoires pour 1898 (Monit. offic, 1809) et les chiffres considérés comme définitifs pour la même année, donnés par la Carte statistique agricole de la Roumanie de Coucou, Bue, 1900, on constate les divergences extraordinaires. Elles sont encore plus grandes avec les chiffres pour 1800 que donne la Carta viticola a României (Nicoleano. La lutte contre le phylloxéra en Roumanie, Bue, 1000). Les chiffres des évaluations provisoires et de la Carte statistique agricole, se rapporten! tantôt à tout l'ensemble des vignes phylloxérées et indemnes, tantôt seulement aux vignes indemnes. 11 en résulte qu'on ne peut comparer les rendements à l'hectare, ce qui eut pourtant été intéressant. La Carta viticola distinguant nettement les vignes phylloxérées et indemnes, nous avons adopté ses évaluations dans le tableau 111.
d'Olténie ont été presque entièrement détruits. Dans le département de Prahova, les vignobles producteurs, qui couvraient 5,690 hectares, tombaient, en 1898, à 200 hectares
$SSS§$ Régions de vignobles '&*%&' Régions phvlloxérées Pépinières de vignes américaines
Figure 41.
Régions de vignoble et régions phvlloxérées en Valachie, d'après ia Caria viticola. Les régions phvlloxérées représentent à peu près les centres principaux de la viticulture avant le phylloxéra.
Après un premier moment de désarroi, la lutte contre le fléau fut organisée. Un service viticole fut créé, qui a apporté tous ses soins à étudier les meilleurs procédés d'extinction des foyers et de reconstitution des vignobles 1.
On n'a pas tardé à reconnaître la nécessité de procéder à peu près partout à une reconstitution totale, à l'aide de plants américains et, de préférence, avec des hybrides de Riparia et Rupestris 2. Des pépinières, établies par le service viticole, produisent les pieds-mères distribués aux cultivateurs.
Tous ces efforts sont loin encore d'avoir produit les résultats cherchés. A la fin de 1898, les vignobles reconstitués en Yalachie ne
1. Voir G. Nicoleano. La lutte contre le phylloxéra en Roumanie, Bue, 1900.
2. Nicoleano, op. cit., p. 58. On recommande particulièrement : Riparia Gloire de Montpellier : Bip. Grand Glabre; Hip. Tomenteux ; Rupestris Martin; Rup. Monticola, etc.
représentaient pas pins de 947 hectares 1. On a, d'antre part, essayé de planter des vignes indigènes dans les sables mouvants dn Danube en Olténie, mais, si ces plants résistent victoriensement an phylloxéra, ils ne donnent qn'nne production dérisoire, sans doute à cause de l'aridité des sables, presque exclusivement siliceux 2.
En somme, la viticulture roumaine est loin encore d'être sortie de la crise déterminée par l'invasion du phylloxéra. Faut-il attribuer à cet état de choses l'importance de plus en plus grande prise par la consommation de la tuica f
Cette grossière eau-de-vie de prunes tend à devenir la boisson du paysan, une sorte de boisson nationale, à laquelle on tient d'autant plus qu'elle est plus malsaine. La seule nouvelle, répandue dans les campagnes, qu'on songeait à un impôt sur la l;uica, n'a-t-elle pas suffi pour amener des troubles qui ont dû être réprimés par la force armée ?
Le climat de la Yalachie se prête admirablement à la culture du prunier. Dans la région des collines surtout, et jusque sur les pentes extérieures de la montagne, lorsqu'elles sont bien exposées, il vient presque sans soins, et ses branches ploient, à l'automne, sous la charge des fruits. Comme la vigne, il fuit les plaines sans abris de la basse Munténie. C'est la région des collines de Munténie qui reste le principal centre de production (fig. 42) 3. Au mois d'août, on rencontre partout, au détour des chemins, la charrette pleine jusqu'aux bords de fruits noirs et odorants, qui se dirige vers le village au pas lent d'un couple de bœufs. Il n'est guère de hameau où l'œil ne soit frappé par le spectacle des grandes cuves, hautes de 3 à 4 mètres, souvent alignées à la porte du cabaret, où l'on laisse les fruits jusqu'à ce qu'ait commencé la fermentation.
Les procédés de distillation sont malheureusement presque partout assez primitifs 4, et les produits livrés à la consommation courante
1. Nicoleano, op. cit., p. 88. Voici le détail par départements : Buzeu 216 hect.. Dàmbovita 61, Dolj 12, Muscel 37, Prahova 453, Râmnicu Sârat 5,44, Romanati 14, Vâlcea 24.