Manolescu. Igiena tëranului, pp
E. de Martonne. — La Valachie.
Planche K.
XXI. — Ancienne exploitation du sel à Slânic. Puils de 130 mètres de profondeur. Plis des couches de sel. Stalactites le long des parois.
Cette initiative n'a rien de si extraordinaire, si l'on songe que le paysan montagnard est habitué à tirer parti de la force vive des eaux pour la meunerie et la scierie. Au voisinage de la montagne, les moulins et les scieries sont presque aussi nombreux que les auberges. Il n'est pas de villageois, ayant sa maison au bord de la rivière et ayant mis de côté quelques écus, qui n'en profite pour confectionner un canal en bois, porté sur des poutres branlantes et suintant de tous côtés, dont la chute d'eau met en mouvement la roue de sa machine primitive. Le seul département de Prahova compte d'après des statistiques très incomplètes, 226 moulins à eau, 392 fabricants de nndrele (lattes qui servent à couvrir les toits l).
De même la tuica est fabriquée à peu près par tout le monde. D'après les mêmes statistiques, il y aurait 788 distilleries dans le département de Prahova, 297 dans celui d'Arges. La mise de fonds est peu considérable, le débit assuré dans un cercle très restreint, qui souvent ne dépasse pas le village ou même la famille.
On conçoit aisément que dans un pareil état de choses, les ustensiles du ménage soient presque tous de fabrication domestique. La terre à poterie ne manque nulle part, et elle suffit à confectionner les vases simples usités pour la préparation des aliments, le transport et la conservation des liquides. Les formes en ont quelque chose d'archaïque, et telle paysanne au profil régulier, portant sur sa tête la « cana », apparaît au détour du chemin comme une figure antique. La plupart des ustensiles sont en bois, surtout dans la région montueuse et boisée. C'est de là que vient le nom du menuisier hamband, fabricant de la grande huche en bois de hêtre, qui pare la maison du dealen un peu aisé. Par contre, c'est surtout dans la plaine que la vannerie est en honneur. Les grands roseaux qui peuplent la Balta et les dépressions marécageuses de la steppe, servent à confectionner paniers, vans, nattes et paillassons.
La plupart de ces objets sortent souvent des mains mêmes de leur propriétaire. Dans les grands villages, on les achète à des artisans, Ivâ ne cessent pas pour cela de cultiver leur petit champ. Il en est de fabrication plus délicate qu'on se procure au bâlcni, à la foire voisine. Ceux-là sont l'œuvre de véritables spécialistes, qui tiennent
1. Robin et Staïcovici. Recueil de statistique roumaine, pp. 104-105, d'après les rapports préfectoraux pour 1896-97, qui « diffèrent extrêmement entre eux. On n'en peut tirer rien d'homogène. Certains... ne traitent pas de l'industrie. »
boutique et atelier, ou d'ouvriers qui forment une sorte de caste à part.
C'est encore un des caractères curieux de l'industrie rurale spontanée en Valachie. Ceux qui s'y adonnent exclusivement sont en quelque sorte en dehors de la société. Le plus souvent ce sont des tziganes, à demi nomades. Le chaudronnier qui confectionne et répare la câldare, le chaudron en cuivre indispensable pour cuire la mamaliga, ambition de tout jeune ménage; le charron qui remet en état la câruta souvent disloquée par les cahots ; le forgeron qui ferre les chevaux et les vaches de labour sont presque tous des bohémiens. Le paysan construit lui-même sa maison sur le modèle de la maison voisine mais là où la pierre est mise en usage pour édifier une école, une auberge, ou pour faire le rez-de-chaussée de la maison d'un riche villageois, c'est le tzigane qui sera le maçon. On retrouve à Bucarest dans les quartiers extérieurs, ces équipes au teint bronzé, les pieds nus, vêtus de haillons, les femmes gâchant et transportant le mortier, une vieille pipe au coin de la bouche.
Pour avoir une idée assez exacte des conditions économiques de la Valachie il y a trente ans, il suffirait d'arrêter ici ce tableau de son activité industrielle. Les changements importants survenus depuis n'en ont cependant pas encore fait disparaître les traits essentiels.
Si l'on considère comme une loi que le développement de la grande industrie est lié à la présence de richesses minières, on devra avouer que la Valachie n'est pas naturellement destinée à devenir une région industrielle.
Les voyageurs qui traversaient au siècle dernier les provinces danubiennes parlent souvent des richesses du sol : l'or, l'argent, le cuivre, s'y trouveraient en abondance l. En réalité, l'or était recuelli par les tziganes dans les alluvions des torrents descendant des Karpates. Comme dans les Alpes, comme en Bohême, cette exploitation primitive a dû cesser à peu près complètement. La terrasse d'alluvions aurifères de Gremenea et Candesti 2, les minéraux de la région
1. Notamment De Baver. Mémoires sur la Valachie, Francfort, 1778. — Demidoff. Voyage du prince D... en 1837, Paris, 1840, etc. Voir ces divers témoignages réunis par Lahovari. 011 ul, pp. 11 et sqq.
2. Popovici-IIatzeg. Etude géologique des environs de Sinaïa, p. 199.
de l'Oltu et du Lotru, qui traités chimiquement ont donné une teneur en or assez importante 1, permettront-ils de reprendre l'exploitation ? c'est ce dont il est permis de douter. Le fer et le cuivre ont certainement été extraits autrefois des calcaires secondaires traversés de filons minéralisés, comme le prouvent les noms de Baïa de fer, Baïa de Arama, et les traces d'exploitation encore visibles à cette dernière localité.
L'anthracite de Schéla dans les monts du Yulcan 2, les lignites de Margineanca (dép. Dâmbovij;a) qui donnent plus de 10.000 tonnes par an, celles de Filipesci de P a dure (Prahova), de Brândusu et Piscu eu Braz 3, paraissent être des combustibles d'une réelle valeur, mais s'il est possible qu'on découvre de nouveaux gisements de lignite tertiaire, il est peu vraisemblable qu'on trouve jamais de quoi soutenir l'industrie locale sans l'apport de houilles étrangères.
Il en est un peu de même pour les matériaux de construction. A part les belles carrières de grès de Gura Yâi, découvertes par Huntinger en 1881 4 et les lentilles de calcaire cristallin de la vallée de l'Oltu 5, on ne trouve guère en Valachie de roches assez bien litées et assez solides pour se prêter à une exploitation systématique. Le paysan cependant attaque un peu partout le sol. Il n'est pas de lit de torrent d'où l'on ne tire ou n'ait tiré des cailloux et du sable, pas d'escarpement rocheux qui n'ait fourni quelques mauvais moellons. Chacun ouvre et abandonne l'exploitation suivant ses besoins 6 et malgré la loi de 1895 qui a cherché à réglementer les conditions d'extraction, il est encore difficile de se rendre compte exactement de l'état des choses.
Les monts du Bucegiu où les calcaires secondaires affleurent largement et où la population s'avance plus loin que partout ailleurs à l'intérieur de la montagne, abondent en fours à chaux et en petites