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CHAPITRE XXI

Les Villes de la Valachie.

I. Position des villes en Valachie. Les villes karpatiques. — II. Les villes danubiennes, les villes-carrefour de la plaine. — III. Caractère des villes valaques : la vieille ville orientale, Craïova ; la ville moderne, Brâila ; types de transition Ploiesci : Bucarest.

Dans toute contrée où la civilisation a atteint un niveau assez élevé, l'étude clés villes peut être considérée comme le couronnement et le résumé de l'analyse des conditions géographiques. Organismes compliqués et délicats, dont l'existence dépend des faits physiques, autant que des faits politiques, de l'histoire du sol autant que de celle des hommes, elles sont l'expression la plus élevée de la vie économique. Leur position, leur importance, leurs aspects, sont la conséquence et comme le signe des caractères les plus essentiels du pays.

La Yalachie, dont la surface est de 77,000 kilomètres carrés, et la population, de 3,800,000 âmes, compte 15 villes de plus de 10,000 habitants, 6 de plus de 20,000, 5 de plus de 40,000, une de près de 300,000 (Bucarest, 282,071). La proportion de la population urbaine, en ne comptant que les villes de plus de 10,000 habitants, n'est que de 19 %. Peu de petites villes, mais, en revanche, un nombre de grandes villes très supérieur à tout ce que l'on rencontre dans la péninsule balkanique, telle est la caractéristique de la Yalachie ; et l'on peut y voir le reflet fidèle de la nature d'un pays où la vie urbaine est de date récente, où la population est encore presque exclusivement agricole, mais où l'activité économique s'éveille, s'organise, et se développe, en quelques points, avec une remarquable rapidité.

Le groupement des villes valaques est assez net. La plupart sont alignées sur deux files longeant le Danube et le bord extérieur des Karpates ; les villes de plaine, qui sont d'ailleurs les plus importantes, apparaissent isolées, comme Craïova et Bucarest. On reconnaît facilement, dans cette disposition, l'influence de la voie commerciale du Danube et des routes transkarpatiques. Si l'on veut serrer de plus près l'analyse, en essayant de trouver la raison de la position de chaque ville, on s'apercevra que la Yalachie n'est pas de ces pays où les causes physiques déterminent seules l'emplacement des centres urbains.

A la vérité, le seul cas où le relief dicte, d'une façon indiscutable, le choix d'un emplacement, est celui où la ville est d'abord un refuge, un oppidum, ou se groupe autour d'une citadelle. Si le type de la ville-forte et de la ville- citadelle est fréquent, en bien des pays, on n'en connaît aucun exemple en Yalachie. Ce pays, si souvent parcouru par les armées ennemies, n'a pas cherché à se défendre par des fortifications. Au temps où la civilisation féodale couvrait l'Europe occidentale de burgs, la Yalachie, très peu peuplée, était parcourue par des bandes nomades. D'ailleurs, les positions fortes naturelles y manquaient. La rive danubienne est plate ; à l'intérieur, les éperons détachés par l'érosion des collines tertiaires, sont formés de couches trop meubles, pour qu'on puisse y asseoir en sécurité un château. Ce n'est que dans la montagne qu'on montre encore, perchées sur des rocs inaccessibles, des ruines qu'on appelle Cetatea lui Tepes, Cetatea N eamtului, etc. Ces nids d'aigles ne pouvaient grouper autour d'eux aucune population.

Les villes valaques appartiennent à un type tout différent. On les trouve, en général, là où la population est le plus dense. Ce sont des villes-marchés ou des villes-carrefours, qui doivent leur naissance à l'établissement d'une foire, ou au commerce, qui tend toujours à se localise]* au croi sèment des grandes routes. Les unes et les autres dépendent, avant tout, de la position des voies de communication. Or le relief du sol de la Yalachie, avec ses vastes plaines s'étendant de l'E. à l'O., et ses larges vallées N.-S. découpant la masse des collines tertiaires, permet la circulation aussi bien dans le sens longitudinal que dans le sens transversal. Les seuls obstacles qu'elle

y oppose sont le Danube et les Karpates. C'est là que les conditions physiques reprennent leur empire, et qu'on voit la ville s'établir au point où le passage du fleuve est le plus aisé, à l'endroit où la pénétration dans la montagne offre le moins de difficulté. C'est même là que les centres urbains seront le plus nombreux, car, partout ailleurs, aucune loi naturelle ne commande le groupement de la population à un endroit plutôt qu'à un autre.

La situation des villes de la bordure karpatique justifie ces remarques. Elles commandent une vallée traversant la chaîne de part en part, comme Târgu Jiu, à l'issue de la percée du Jiu, Râmnicu Valcea, à celle de l'Oltu, Buzeu, à celle du Buzeu; ou marquent le débouché d'une vallée qui conduit à un col fréquenté, tels Pitesci et ( ampullung, sur la route du col de Bran vers Kronstadt, tel Ploiesti, occupant le carrefour des routes de la Prahova, par Predeal, et du ïeleajen, par le Bratos. Placées au contact de régions naturelles d'aspect et de ressources variées, elles sont aussi des villes-marchés, où, de temps immémorial, se concentre le commerce local en rapport avec l'agriculture et l'industrie domestique.

Ces villes sont les plus anciennes de la Yalachie. Pâmnicu-Saxat date du XVe siècle x ; Buzeu existait déjà, comme ville et comme marché, sous Alexandre Bassarab 2. C'est dans de vieilles villes épiscopales, comme Râmnic, dix fois pillée par les Turcs, ou d'antiques cités commerçantes, comme Câmpullung, première capitale de la principauté valaque, et restée longtemps une sorte de petite république autonome 3 ; c'est dans ces anciennes métropoles, dont quelques-unes sont déchues au rang de village, comme Curtea de Arges, que sont tous les souvenirs artistiques et historiques d'un pays tant de fois ravagé 4. C'est là que s'est développée et que se conserve encore le mieux cette activité commerciale, particulière aux pays agricoles, et qui se manifeste par les marchés (târg) et les grandes foires (balciu).

Le grand balciu de Baureni, près de Râmnic, celui de Dragaica, aux portes de Buzeu, dont parlaient déjà les chrisov des Bassa-

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