Tocilescu. Istoria Romàna
verser la zone montueuse de l'Olténie, que la vallée du Mot ru, et elle avait avantage à longer le rebord du plateau tertiaire pour venir passer l'Oltu en face de Slatina. Slatina et Craïova devenaient ainsi des étapes forcées, carrefours des routes de l'Oltu et du Yulcan avec la giande route de Severin. Si la tradition qui montre la capitale de L'Olténie se déplaçant successivement de Severin à Strehaïa et de Strenaïa à Craïova est exacte, on doit penser que la route du Motru est la plus ancienne voie longitudinale en Yalachie.
Les routes E.-O., en Munténie, se sont développées plus tard. Dans ces grandes plaines, le cheval ou la charrette suivent à leur loisir la piste tracée. On voit encore maintenant le paysan du Bâragan ou du Buzeu éviter, comme à plaisir, la grande route tracée avec soin et bordée de fossés, pour conduire sa càruta par une piste qui la longe dans le champ voisin. Les raisons de la position et de la fortune de Bucarest sont difficiles à trouver. C'est la seule grande ville de toute la région des plaines de Munténie; située à la lisière du Bâragan, dans un endroit malsain, elle est complètement en dehors du réseau des routes naturelles qui s'infléchissaient vers le N. pour gagner la région toujours assez peuplée des collines tertiaires collées à la haute montagne.
On ne doit cependant pas oublier que Bucarest occupe le centre d'une région relativement très peuplée. De Târgoviste à Giurgiu et Oltenita, s'étend une zone où l'hydrographie paraît avoir été, de tout temps, plus riche, et qui offre encore un réseau de vallées anastomosées, multipliant les points d'eau, dans une région aride partout ailleurs. C'est par là que devait descendre forcément une population venant de la montagne, et c'est là qu'elle devait s'établir d'abord, soit qu'elle descendît par la vallée de l'Arges, par celle de la Dâmbovifa, de la Jalomita ou de la Prahova, qui toutes semblent converger vers cette sorte de Mésopotamie valaque* Il y a là, non pas une route, mais une zone de mouvement des populations, qui, d'ailleurs, représente le chemin le plus court des passages danubiens de Calarasi et Giurgiu aux cols les plus fréquentés des Karpates. Bucarest est une de ces villes de plaine qui naissent, sans qu'aucune raison naturelle détermine d'une façon précise leur emplacement, au sein d'un groupe de populations assez dense, r>ar la fusion d'un certain nombre de petits villages très rapprochés. Qu'un homme d'Etat en fasse sa capitale, le mouvement de concentration s'accentue ; les voies de commerce sont attirées par la métropole ; elles
s'accommodent facilement d'un changement de direction dans un pays où la nature ne leur impose aucune loi. Bientôt se révèlent des avantages qu'on ne pouvait soupçonner dans la position de la nouvelle ville, qui continue à croître indéfiniment.
Figure 46. — Circulation commerciale sur les voies terrées en Valachie. Chaque tronçon de ligne est représenté par une bande dont la largeur est proportionnelle au tonnage. Les flèches indiquent le sens du courant principal. La partie de la bande grisée représente le tonnage des marchandises allant vers Bucarest. Sur les lignes peu importantes, on a renoncé à cette distinction.
D'après la statistique des chemins de fer roumains pour 1897.
Bucarest se trouve admirablement placée pour être le centre de la région de culture des céréales. La statistique des chemins de fer nous la montre drainant tous les produits du sol jusqu'à Ciulnita sur la ligne du Bârâgan, jusqu'à laurei sur la ligne de Brâila, jusqu'à Slatina sur la ligne de Severinu. Elle est le point de concentration le plus commode des produits de la région pétrolifère et industrielle de la Prahova. Le trafic de la ligne Ploiesti-Bucarest, qui dépasse 1 million de tonnes, en est un témoignage l. La presque totalité des produits manufacturés que l'Occident importe en Va-
1. Dare de Seamâ asupra exploatarea càilor ferate romane pe anul, 1897, Bue. 1898,
lachie, les produits de l'industrie allemande venant de Tienne et Kronstadt surtout, entrent par Predeal et sont dirigés, par voie ferrée, sur Bucarest, qui en garde la plus grande partie.
Craïova et Braila sont les seules villes de Yalachie qui partagent avec Bucarest ce privilège d'attirer la circulation commerciale sur une vaste étendue. L'une draine toute la région agricole du Buzeu, l'autre manifeste encore son indépendance comme métropole de l'Olténie, en se chargeant de concentrer les produits de l'industrie étrangère, qui entrent par Yârciorova, et en provoquant un mouvement d'afflux vers son marché jusqu'au delà de l'Oltu (flg. 46).
Nul doute que la fortune de Bucarest ne soit due surtout à sa situation politique. Résidence d'été des princes de Munténie au XIVe siècle, devenue seulement au XVIIe siècle le siège permanent du gouvernement 1, elle augmente dès lors rapidement. Sous les Phanariotes, elle devient une ville à moitié grecque et prend définitivement le rang d'une véritable place de commerce international, en même temps que d'une métropole intellectuelle et politique 2. Dès lors, nulle hésitation n'était possible sur la position de la capitale future d'un état roumain. Le nom de Bucarest, nouvelle Athènes, siège de l'hétairie, était connu dans toute l'Europe, alors qu'on ignorait Craïova, marché commercial aux mains d'Allemands, venus surtout d'Autriche ou de Bohême. A partir de l'union des deux principautés, la population de Bucarest a augmenté avec une étonnante rapidité, montant de 122,000 habitants (1860), à 221,000 (1872), 232,000 (1894) et 290,000 (1899).
Ce sont donc bien des circonstances historiques qui ont mis en lumière les avantages de la situation de Bucarest, mais on doit reconnaître que ces avantages sont réels. Si -la position des villes de plaine n'est pas, en Yalachie, marquée d'une façon précise par la nature, elles n'échappent cependant pas à la loi qui veut qu'une grande ville soit en relation avec les grandes routes commerciales.
1. Sur l'histoire de Bucarest. Voir Berendei. Revislu Româna, 1861.— J. Monnier, article Bucarest dans la Grande Encyclopédie.
2. Sur le mouvement intellectuel à Bucarest sous les Phanarioles. Voir Urechia. Istoria scoalelor.— P, Elude. De l'influence française en Roumanie, livre II, en. I.
Par leur caractère, leur physionomie, tout autant que par leur position, les villes sont un sujet d'études géographiques, et si on les a rarement envisagées à ce point de vue jusqu'à présent1, l'exemple de la Yalaehie peut montrer combien l'aspect et la vie des centres urbains reflète fidèlement l'état économique d'un pays.
Rien de plus semblable en apparence que deux petites villes, et la plupart des villes de Yalaehie ne dépassent guère, par le chiffre de leur population, la moyenne de nos villes de province. Mais l'uniformité apparente qui règne dans un pays de vieille civilisation, ne se retrouve pas dans un pays neuf, en pleine période d'éveil et de développement économique. Le promeneur le plus indifférent ne manquera pas d'être frappé par les contrastes entre une ville ayant gardé, comme Craïova, son cachet de vieille cité roumaine, avec son dédale de rues tortueuses, ses jardins, ses maisonnettes, ses palissades en bois; et une ville moderne, comme Bràila, avec ses avenues régulières, ses boulevards parcourus par les tramways électriques, ses hautes maisons se suivant sans interruption, ses larges places et ses grands hôtels.
On trouve, en Yalaehie, plusieurs types de ville, dont la localisation est assez nettement en rapport avec les conditions géographiques et historiques. Un caractère commun à la plupart des villes orientales est leur grande étendue. Les maisons, au lieu de se serrer l'une contre l'autre et de s'aligner sur le bord des rues, sont disposées irrégulièrement, chacune ayant son jardin. C'est le type de la vieille ville roumaine tel qu'on le retrouve encore à peu près partout en Olténie, et dont Craïova, malgré le chiffre élevé de sa population, offre encore un excellent exemple. Ses 45,438 habitants sont répartis sur une surface d'environ 600 hectares, ce qui ne donne pas plus de 80 habitants à l'hectare.
Yue de loin, rien de plus riant qu'une pareille agglomération urbaine. Les clochers des églises surgissent d'un fouillis d'arbres où brillent les toits des maisons souvent encore recouvertes en lattes et même, dans les quartiers extérieurs, en chaume. C'est en grand l'aspect du village roumain; le rapprochement des maisons y est à peine plus marqué. De près, l'aspect est moins engageant. L'étendue anormale de la ville rend difficile la surveillance municipale et trop
1. Voir les excellentes réflexions de Otto Schluter. Bemerkimgen zur Siedelungsgeographie, Geogr. Zeitschr., 1800, pp. 05 et sqq.
coûteux les travaux de voirie. En dehors des quartiers centraux, où l'on trouve une ou deux rues bâties à l'européenne, avec maisons continues à plusieurs étages, et, de l'avenue qui mène à la gare, les voies, souvent bordées de palissades branlantes, derrière lesquelles se cachent les maisons au milieu des jardins, sont des cloaques dignes d'un village. On a peine à se reconnaître et à découvrir les édifices publics les plus importants clans un dédale de rues tortueuses, sans places, sans rien qui puisse guider.
Les vieilles habitudes orientales se perpétuent même dans une ville active, commerçante et intellectuelle, comme Craïova, qui possède des fabriques, une usine électrique utilisant la force d'eaux artésiennes impotables, se fait honneur de bâtiments comme son monumental Palais de Justice, son Lycée, et d'institutions comme l'Ecole de Guerre et l'Ecole d'Arts et Métiers. Les maisons particulières, construites récemment, sont encore de petits hôtels, souvent très coquets, mais isolés au milieu de leur jardin.
Des villes à prétentions modernes, comme Turnu Severinu, gardent encore ce cachet ancien, qui marque la date de leur période principale de développement. En dehors du boulevard, peuplé de belles maisons, qui longe le Danube, de la place dominée par le Palais municipal, et de la grande rue commerçante aux maisons basses et souvent peu propres, la vieille ville danubienne n'offre encore, malgré la régularité du tracé de ses rues, que l'apparence d'un grand village.
Il y a cependant, en Yalachie, de véritables villes modernes. Leur situation géographique, leur histoire, leur population, la nature de leur activité, les séparent, aussi nettement que leur aspect, de tout ce que l'on voit ailleurs dans l'Orient latin. Ces villes, dont Braila est le type le plus accompli, sont toutes des villes danubiennes, dont le développement date des vingt ou trente dernières années, et coïncide avec l'établissement du réseau des voies ferrées, l'essor pris par la culture en grand des céréales, et l'organisation de la navigation internationale sur le Danube. Ce ne sont pas seulement des marchés locaux; le commerce européen y fait escale; là se traitent tous les grands achats de blé, niaïs^ bois. Le commerce est, d'ailleurs, en majeure partie aux mains d'étrangers. A Bràila, on compte plus de 5,000 Grecs, 7,000 Juifs, près de 1,000 Allemands ; la population étrangère forme plus du tiers de la population totale. Dans les rues, l'anglais, l'allemand, le grec frappent l'oreille.
L'activité du mouvement économique, l'abondance des capitaux, permettent tous les embellissements, les appellent même, pour
retenir et attirer le commerce ; la présence constante d'étrangers qui apportent des habitudes occidentales, tout concourt à forcer les villes danubiennes à dépouiller l'aspect de la ville orientale. On est étonné, en débarquant à Calarasi, Calafat, Griurgiu, de voir de grandes avenues larges, régulièrement percées, des places et carrefours spacieux, des jardins bien disposés. On trouve là le cadre d'une grande ville moderne ; s'il n'est pas partout également rempli, si les échoppes misérables, qui coudoient les hautes maisons et les hôtels, donnent parfois l'impression d'une poussée trop rapide et d'un développement quelque peu artificiel, du moins a-t-on partout la sensation de quelque chose de nouveau pour le pays valaque.
L'aspect de ces villes est un indice sûr de l'importance commerciale du port qui est leur raison d'être. A Giurgiu, Calarasi, Braira, les quartiers entièrement bâtis à la mode occidentale, avec des maisons à plusieurs étages en façade sur la rue, occupent une étendue considérable. La proportion de la surface bâtie et de la surface habitée, qui était infime dans des villes comme Craïova, s'élève de façon notable. Les 58,392 habitants de Brâila n'occupent que 57 hectares, ce qui donne plus de 1,000 habitants à l'hectare. La proportion de la surface bâtie à l'européenne à la surface bâtie à l'orientale est de 0,216 (v. fig. 47). C'est, à la vérité, la seule ville de la Yalachie qui, avec ses belles avenues et son réseau régulier de rues rayonnant autour du port comme centre, donne réellement l'impression d'une cité moderne, plus moderne même, dans l'ensemble, que Bucarest.
La capitale du royaume de Roumanie appartient encore à un type de ville intermédiaire entre la vieille ville roumaine et
Figure 47. — Plan île Brada, d'après la carie topographique au l/5u,000e de l'état major roumain, échelle : 1 /75,000e. — 1, rues et parlies de rues bâties à l'européenne; 2, rues bâties a l'orientale (maisons disséminées représentées schématiquement); 3, voies ferrées.
la ville danubienne à aspect occidental. Ce type est surtout réalisé par des villes comme Ploiesti, Buzeu, Râmnicu Sarat, situées à la limile de la région des collines et des plaines de Munténie ; centres de commerce déjà anciens, et dont le développement, paralysé par les troubles et les guerres du commencement du siècle, a repris avec une nouvelle vigueur depuis une quarantaine d'années. Ces villes ont profité à la fois des progrès de l'agriculture, de l'établissement des voies ferrées, de l'essor pris par l'exploitation des richesses minérales et de l'éveil de l'industrie dans la région Prahova-Buzeu. Leur aspect témoigne d'un eiïort de rénovation encore impuissant à transformer complètement la vieille cité. Les quartiers extérieurs présentent seuls, parfois, un réseau régulier de rues parallèles et perpendiculaires, où s'égrènent des maisons espacées. De la gare, située généralement très loin, on arrive, par une longue avenue plantée d'arbres, bordée de jardins, et, en approchant de la ville, décorée de quelques édifices publics tout neufs. Plusieurs places et rues bâties à la mode occidentale, un grand terrain vague, où se tient la foire à bestiaux forment le centre de la cité, autour duquel s'étalent et se ramifient une foule de ruelles tortueuses, bordées de jardins, de petits hôtels et de maisonnettes. Dans une grande ville comme Ploiesti (fig. 48), la surface bâtie est encore dans une très faible proportion ; on ne compte pas plus de 450 habitants à l'hectare, et le rapport de la surface bâtie à l'européenne à la surface bâtie à la mode orientale est de 0,026.
Malgré sa population de près de 300,000 âmes, malgré l'air de grande ville occidentale que donnent à certains quartiers les constructions modernes et les magasins, c'est encore à ce type de ville qu'appartient Bucarest. Ce n'est pas, en effet, une de ces cités neuves, qui datent de la seconde moitié du siècle ; les habitudes anciennes et les souvenirs du passé y sont trop incrustés pour qu'elle ait pu se métamorphoser déjà entièrement. L'accroissement en a été aussi trop rapide, depuis 50 ans, pour se faire sans un peu de désordre.
Xée de la fusion de plusieurs gros villages, Bucarest continue à s'agrandir par le même procédé. Toute une auréole de bourgs de plusieurs milliers d'habitants l'entoure, prêts à se fondre avec la capitale, mais en gardant leur aspect de groupements ruraux. Au fur et à mesure que disparaissent, à l'intérieur de la ville, les terrains vagues, où l'Oltéan allait dormir au soleil, et où le tzigane allumait
son feu, on en voit de nouveaux apparaître à la périphérie. Les habitudes du Roumain, qui aime à avoir sa petite maison et son jardin, empêchent d'ailleurs la transformation de la ville. Les rues les plus aristocratiques sont encore des voies tortueuses, bordées de jardins et de petits hôtels, bâtis souvent avec une recherche voisine du mauvais goût, tantôt en retrait, tantôt en avance sur l'alignement. Le long des grands boulevards, percés depuis peu, on trouve bien de hautes maisons qui donnent l'illusion d'une grande ville occidentale, mais, dès qu'on s'éloigne du centre, reparaissent les jardins, et les maisons récemment construites redeviennent la villa coquette ou prétentieuse entourée de son petit parc. Plus loin, on s'arrêtera, étonné, devant de misérables cabanes qui ne dépareraient pas un catun perdu au cœur du Bàrâgan.
!m(,i re 48. — Plan de Ploiesli, d'après la carte topographique au 1 /50,000e ; échelle, 1/75, 000e. Mêmes signes que pour la figure \1.
Toutes ces raisons expliquent suffisamment le caractère original d'une capitale comme Bucarest. Suivant le quartier parcouru, on peut en remporter l'impression d'une véritable ville moderne ou d'un
gros village. Le voyageur venant d'Orient s'y arrête avec plaisir, les boulevards, la lumière électrique, les tramways, les grands hôtels, les calés luxueux, les librairies, où s'étalent les livres et les journaux français, l'élégance des costumes, lui donnent la première impression de civilisation occidentale. Pour celui qui arrive de Tienne, c'est déjà l'Orient qui se révèle, avec le désordre des constructions, les baraques sordides coudoyant les coquettes villas, les magasins aux enseignes tapageuses, balançant d'énormes cliapeaux ou des ombrelles fantastiques à leur devanture, avec des silhouettes pittoresques, comme celle du paysan conduisant son char attelé de bœufs aux longues cornes, ou de YOltean, maraîcher, portant ses deux paniers remplis de légumes au bout d'un bâton appuyé sur l'épaule. . .
D'après le plan exécuté par l'Institut géographique de l'Armée, la surface de Bucarest serait actuellement d'environ 3,000 hectares, ce qui donne à peine 100 habitants à l'hectare.
D'après des évaluations faites il y a 15 ans, la surface occupée par les maisons était de 423 hectares, celle des places et rues 251 hectares, celle des vergers et jardins potagers 717 hectares 1.
C'est sur la rive gauche de la Dâmbovita, dans les quartiers commerçants, qui occupent à peu près exactement l'emplacement de la vieille ville du XVIIe siècle 2, que les maisons sont le plus serrées. Là, plus de jardins ; tous les rez-de-chaussée sont occupés par des magasins. Les divers genres de commerce se groupent encore à la manière orientale. Dans telle rue sont les bacani (épiciers), presque tous Grecs, dans telle autre les marchands de fer, à côté les changeurs, arméniens ou juifs, plus loin les marchands de modes, allemands ou français. Dans ces rues, souvent étroites et tortueuses, le piéton trouve difficilement son chemin au milieu des tramways, des voit mes chargées, des fiacres luxueux traînés par deux chevaux fringants et conduits par le birjar, drapé dans sa robe de velours.
Les édifices publics, où se concentre la vie administrative, intellectuelle et commerciale, sont tous groupés dans un cercle de 120 hectares environ de superficie : l'Université, sur le grand boulevard qui traverse la ville de l'E. à l'O., sous les noms successifs de Bulevardul
1. Jannescu. Bucuresci, Extr. Enciclopedia Romand. La surface que nous donnons est pour Bucarcsl comme pour les autres villes mentionnées plus haut celle de l'agglomération urbaine cl non de la commune. La commune de Bucarest telle qu'elle est constituée actuellement a une surface de 55 kmq.
2. Licherdopol. Bucuresli. — Monnier, article Bucarest, de la Gr. Encyclopédie.
Elisabeta, B. Universtâtei et B. Carol I ; le Palais de Justice, sur le quai de la Dâmbovija, en face la charmante petite église de Doamna Balasa; l'Eglise métropolitaine, sur son tertre isolé, près du Bulevard Maria; la Banque nationale, entre les rues Carageorgevici, Smârdan et Lipscani, la Caisse des Dépôts, avec la nouvelle Poste en face; la Préfecture de Police, le Palais Royal et le théâtre Calea Yictoriei. Cette rue de la Victoire, autrefois Podul Mogosei, où les magasins luxueux, le brillant éclairage, la "société élég-ante qui se promène à la tin de F après-midi, font oublier le tracé irrégulier et l'étroitesse de la voie, a toujours été l'artère principale de Bucarest. C'est là que circulaient à grand fracas les voitures des boyards, éclaboussant les passants, et ébranlant les poutres placées en travers qui constituaient encore, au début du siècle, le pavage primitif 1.
L'image que présente le Bucarest actuel est sans doute quelque chose de transitoire ; on peut cependant croire qu'elle ne changera pas sensiblement pendant encore un bon nombre d'années. Dans les cinquante dernières années, tous les grands changements se sont accomplis, les rues ont été pavées, de grands boulevards percés, des lignes de tramways établies, les édifices publics ont été presque tous reconstruits. On ne reconnaît plus le Bucarest que nous décrivent les voyageurs du début du siècle 2, avec ses 127 églises et ses 80 mahale, groupes de maisons perdues dans les vergers et séparées par des terrains vagues, avec ses rues commerçantes sans trottoirs, cloaques de boue en hiver et chemins poussiéreux en été. L'état actuel semble être un état d'équilibre et correspond assez bien à la situation économique du pays.
La vie de Bucarest a déjà les caractères de la vie des grandes villes. La population y croît moins par excès des naissances sur les décès que par immigration. La moyenne des naissances, de 1893 à 1897, est de 37 %0, et celle des décès, pour la même période, est de 29 %0 3. La proportion des étrangers est de près de un tiers (96,374 sur 282,071, soit exactement 34 %), parmi lesquels 43,000 juifs